Libye et Tunisie alliés pour 2010

La Libye et la Tunisie ont annoncé la semaine dernière leur volonté d'organiser conjointement la Coupe du monde de football 2010. Les deux pays voisins prennent un risque important après la prise de position du président de la Fifa, en mai dernier, contre ce type d'organisation.


« La Libye et la Tunisie vont soumettre un projet de co-organisation de la Coupe du monde 2010 » à la Fédération internationale de football (Fifa). C'est ce qu'a annoncé vendredi dernier Al-Saadi Khaddafi, vice-président de la fédération libyenne de football et responsable de la candidature nationale, à l'issue d'un entretien avec le Président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali. « D'autres étapes, comme l'organisation de comités communs, suivront pour faire de ce projet un succès », a poursuivi le fils du « Guide de la Révolution libyenne », Muhammar Khaddafi. Al-Saadi a expliqué qu'il comptait sur la proximité culturelle, religieuse et politique entre les deux pays du Maghreb pour organiser la Coupe du monde 2010. Les deux régimes sont frontaliers, arabo-berbéro-musulmans et s'appuient sur une police politique omniprésente.

Pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde ira en 2010 à un pays africain : l'Afrique du sud, l'Egypte, la Libye, le Maroc, le Nigeria ou la Tunisie. L'une des six nations qui se sont portées candidates avant la date butoir du 30 mai dernier.

La co-organisation en question

La Libye et la Tunisie savent qu'elles marchent sur des œufs. Dès décembre 2002, le Nigeria a annoncé son intention d'organiser la compétition en collaboration avec le Ghana, le Cameroun, le Bénin et le Togo. Mais en mars 2003, le président de la Fifa a rafraîchi les ardeurs du géant ouest-africain en jugeant son projet « infaisable ». « J'ai discuté avec Blatter, qui n'approuve pas les co-organisations en raison des difficultés que la Fifa a rencontré en 2002 lorsque le Japon et la Corée du Sud ont organisé la Coupe du monde. Mais nous devons travailler pour le faire changer de point de vue et le faire revenir à une co-organisation à deux pays », s'est défendu Al-Saadi Khaddafi. La Tunisie et la Libye ont un avantage que les prétendants ouest-africains n'avaient pas : tous deux se sont officiellement portés candidats à l'organisation du Mondial 2010. Or, seul le Nigeria avait pris cette précaution dans le cadre du projet ouest-africain.

Projet avantageux

En quelques mois, Al-Saadi Khaddafi, également actionnaire au sein du club italien de la Juventus de Turin, semble avoir revu ses ambitions à la baisse. « Nous allons affecter 6 milliards de dollars à cet événement, déclarait-il en mars. Nous avons un budget annuel de 3 milliards de dollars pour les programmes de développement, auquel nous allons soustraire 1 million par an à partir de l'année prochaine et jusqu'en 2010. A part l'Afrique du Sud, qui sera notre seule menace, je ne vois aucun concurrent sérieux. » Depuis, la Libye s'est fait de son concurrent « non-sérieux » un allié et compte bien en profiter pour faire baisser son investissement initial. Les deux pays ont jusqu'à la fin du mois de septembre pour rendre leur projet à la Fifa.

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Saïd Aït-Hatrit