Le commissaire national de la police aurait suggéré, fin mars, que l’Afrique du Sud légalise la prostitution et autorise la consommation d’alcool en public pendant le Mondial 2010 de football, qui se déroulera dans la Nation Arc-en-ciel. Problème : ses compatriotes sont contre à 79%, selon un sondage de l’agence African Response publié cette semaine.


Pour les Sud-Africains, football ne rime pas avec sexe et beuverie. « Nous avons interrogé face à face 399 personnes, pendant le mois de mai, dans quatre villes : Johannesburg, Pretoria, le Cap et Durban », précise Kate Slade, manager marketing de l’agence de recherches African Reponse. Le 11 juin, le verdict tombe : 79% des habitants de la Nation Arc-en-ciel s’opposent à la légalisation de la prostitution et au droit de boire de l’alcool en public dans les villes où se tiendra le Mondial de football de 2010 – que l’Afrique du Sud organise.

Légaliser pour mieux contrôler

Les personnes sondées devaient simplement répondre par oui ou par non à la question posée. Impossible, donc, de savoir quelles étaient leurs motivations. Une chose est sûre, l’idée du sondage est venue après une suggestion du commissaire national de police. Fin mars dernier, Jackie Selebi a en effet demandé à l’Assemblée nationale « de considérer sérieusement ce qu’il faut faire à propos de la prostitution et de la boisson pendant la Coupe du monde », rappelle African Response dans son communiqué.

Avec son adjoint, Andre Pruis, ils se seraient déclarés en faveur de quartiers dédiés à la prostitution et de lieux ouverts destinés la consommation d’alcool. Une circonscription qui devrait permettre de mieux « contrôler » ces activités, d’éviter des arrestations de masse et ainsi faciliter le travail de la police. Les réactions hostiles sont légions. Des Sud-Africains interrogés par le quotidien sud-africain Daily News ont estimé que la légalisation risque d’entraîner une hausse de la criminalité et des problèmes sanitaires, dans un pays ravagé par le VIH/sida.

D’aucuns se demandent par ailleurs si les autorités parviendront à réguler le commerce du sexe et regrettent que la proposition de Jackie Selebi ne prenne pas en considération les conditions de travail des travailleurs du sexe. Les églises sont aussi réticentes. Les leaders religieux ont récemment considéré qu’une telle autorisation serait immorale et porterait atteinte à la dignité des femmes.

Crainte de la traite d’être humains

Pendant ce temps, l’organisation Doctors for life international (DFL) faisait part de son inquiétude. D’après Citizen Reporter, elle craint que la légalisation ne favorise la traite d’êtres humains et ne décourage les policiers qui luttent contre elle. Et que dire des Kaiser Chiefs, du nom d’une équipe de football de Johannesburg, qui avaient donné le coup d’envoi, lors d’un match amical en 2006, d’une campagne de sensibilisation destinée à réduire ce phénomène d’ici la Coupe du monde de 2010.

Les craintes de DFL, qui a appelé le gouvernement à protéger les victimes potentielles d’exploitation sexuelle, se basent sur l’expérience de l’Allemagne, hôte du Mondial 2006. Quelque 40 000 femmes et enfants auraient en effet été trafiqués dans le pays pour répondre à la demande. Et ce, malgré la vaste campagne menée par le gouvernement et les ONG de ce pays européen pour éviter que l’événement ne favorise la traite d’êtres humains.