Présent au Forum des Halles dans le cadre du flashtalk France Ô consacré au racisme dans le football, Pascal Chimbonda s’est exprimé sur cette thématique pour Afrik-Foot. Alors qu’il passe ses diplômes d’entraîneur, l’ancien défenseur international, passé par Bastia et Wigan, dénonce aussi les discriminations qui frappent les techniciens de couleur, notamment sur le continent africain.


Lors de tes huit années passées en Angleterre, tu as indiqué ne pas avoir été confronté au racisme. En revanche, peu de temps après ton retour en France, sous les couleurs d’Arles-Avignon, tu as été ciblé par des insultes racistes à Clermont-Ferrand en novembre 2014. L’Angleterre est-elle plus tolérante ?

Les Anglais sont plus stricts. Il y a des vidéos et les personnes impliquées dans des incidents racistes sont arrêtées et directement interdites de stade. Depuis que je suis en Angleterre, je n’ai jamais connu le racisme, jamais. Même en dehors du terrain, quand je sors. C’est pour cela que je suis parti de France quand j’y ai été confronté (à deux reprises alors qu’il évoluait à Bastia en 2004/2005, ndlr) parce que là, cela m’a touché et fait mal, pour moi et ma famille. Donc c’était mieux de partir.

La société anglaise est plus apaisée ?

Le climat est plus serein, les gens sont plus ouverts qu’en France. C’est ce que j’aime bien, c’est pour ça que je suis resté longtemps là-bas et que j’y vis encore.

Face aux comportements racistes, quelle est la meilleure attitude à adopter lorsqu’on est joueur ? Faut-il quitter le terrain ?

Moi j’ai failli le faire. On m’a dit que ce n’était pas la bonne solution, mais je pense que c’est la bonne. Comme ça le match s’arrête et c’est tout.

« Il y a eu trop de laisser-aller »

Est-ce plus à la justice, comme c’est le cas en Angleterre, ou aux instances sportives d’intervenir ?

Cela revient à la justice, aux clubs et aux instances, c’est un tout. Mais, comme je dis, cela ne va jamais s’arrêter. On ne pourra rien faire, ils ont trop laissé faire et je pense que le racisme a pris le dessus sur tout.

Il paraît que tu passes tes diplômes pour devenir entraîneur. On sait que les techniciens de couleur sont sous-représentés, ce constat ne te décourage pas ?

Comme je dis, le foot est politique et ce n’est pas tout le monde qui réussit, il y a un facteur « chance ». Donc tant que ce sera comme ça, la situation ne changera pas. Je vais passer mon diplôme, après on verra, peut-être que je ne serai pas entraîneur, peut-être que je serai boycotté. Ils feront peut-être tout pour que je ne sois pas entraîneur, mais je vais tenter ma chance.

« Un entraîneur noir ne sera pas respecté« 

Ce débat renvoie aussi au mythe du sorcier blanc en Afrique, avec des techniciens locaux qui restent sous-cotés.

Un entraîneur noir qui entraîne dans son pays sera boycotté. Il ne sera pas respecté et c’est ça le problème. Alors qu’ici, on voit que les entraîneurs blancs sont respectés dans leur pays. C’est pour cela que les pays africains font appel à des entraîneurs blancs, ils savent qu’il n’y aura pas de problème avec les supporters.

Si tu obtiens tes diplômes, pourrait-on te voir un jour à la tête d’un club ou d’une sélection africaine ?

Oui, une sélection peut m’intéresser mais je préfère d’abord viser « petit » pour finir plus « grand » ensuite.