Le 31 mai 2002 à Séoul, en match d’ouverture de la Coupe du monde organisée par la Corée du Sud et le Japon, le Sénégal dominait la France (1-0), créant une immense sensation. A la veille retrouvailles entre les deux sélections, mardi 16 juin, Ferdinand Coly, alors défenseur des Lions de la Teranga, revient sur cette performance majeure en exclusivité pour Afrik-Foot.
“A l’époque, je jouais à Lens, comme El Hadji Diouf, Pape Sarr et Papa Bouba Diop. Et quasiment tous les internationaux sénégalais évoluaient d’ailleurs en France lors de la saison 2001-2002, à quelques exceptions près”, se remémore Coly. Les souvenirs sont les bons, 19 joueurs de champ sur 20 évoluaient en D1 française, un total très rare pour une sélection. L’unique joueur de champ qui jouait hors hexagone n’était autre que Pape Thiaw, l’actuel sélectionneur des Lions de la Téranga, à l’époque à Lausanne (Suisse).
La relation particulière entre France et Sénégal
“Quand le tirage au sort de la Coupe du monde a eu lieu, fin 2001, ce fût évidemment une sensation particulière, ajoute Coly. Je me souviens que nous étions en déplacement à Monaco au moment du tirage. On savait que ça allait être un match pas comme les autres : certains d’entre nous étaient nés en France, il y a une relation particulière entre les deux pays et surtout, nous allions affronter la meilleure équipe de la planète, championne du monde et d’Europe en titre.“
Avant la Coupe du monde, il y avait la CAN au Mali, où le Sénégal avait atteint la finale face au Cameroun. “Mais ce match contre les Bleus, on y pensait quand même“, éclaire l’ancien défenseur sénégalais. Je me souviens de certains titres de la presse française, qui semblaient dire que la France avait fait une bonne affaire en héritant du Sénégal (le Danemark et l’Uruguay complétaient le Groupe A). Mais ça chambrait gentiment entre Français et Sénégalais. Nous, on savait qu’on pouvait poser des problèmes à n’importe qui, et nous avons commencé à nous préparer à ce match.“
« On connaissait mieux les Français qu’eux ne nous connaissaient »
Bruno Metsu, avait décidé d’organiser un stage de régénération d’une semaine à Saly. Ferdinand Coly se souvient de cette préparation : “On s’entraînait sur la plage, l’ambiance était cool, mais on travaillait quand même sérieusement. Metsu nous répétait qu’on pouvait entrer dans l’histoire, qu’il ne fallait pas craindre la France. Qu’il faudrait tout donner. Ensuite, on a pris la direction de l’Arabie Saoudite pour jouer un match amical (2-3), puis un autre au Japon contre l’Equateur (2-1). Il y avait de la fatigue, on était un peu lourds. Mais l’essentiel, c’était d’être prêts face aux Bleus, lesquels, de leur côté, savaient que Zinedine Zidane, blessé contre la Corée du Sud en amical, ne jouerait pas contre nous. Mais les Français avaient tellement de grands joueurs que j’avais l’impression que l’absence de Zidane n’était pas un problème insurmontable.”
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Le plan de jeu inspiré par Metsu était clair : “Notre objectif, c’était de d’abord bien défendre, un de nos points forts, et d’aller les provoquer en contres. Et évidemment, plus longtemps on tiendrait le score, plus ils se mettraient à douter. Bruno Metsu nous avait redit dans son discours que c’était un match historique pour nous. Hormis Zidane, il y avait une équipe très forte : Djorkaeff, Henry, Vieira, Desailly, Trezeguet, Barthez, Lizarazu, Thuram, etc… Je ne pense pas que les Bleus nous ont pris de haut. Ils nous connaissaient, peut-être pas autant que nous les connaissions.”
La danse autour du maillot de Bouba Diop
“Et puis, à la trentième minute, il y a cette action bien construite, le centre de Diouf et le but inscrit par Papa Bouba Diop, avec un peu de réussite, évoque l’ancien défenseur de Lens. Et là, on se rend compte qu’on vient de marquer contre la meilleure équipe du monde, qu’on peut la battre. On se retrouve vers le poteau de corner, on danse autour du maillot de Papa, c’est l’euphorie. Mais on sait aussi que les Français vont avoir la rage, qu’ils vont vouloir égaliser et que les cinq minutes qui vont suivre vont être difficiles.”
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En effet, la France pousse pour égaliser. La pression devient difficile à gérer pour les Bleus, au bord de la contre-performance, et Coly se replonge dans le match : “Ils ont eu des occasions, on a eu de la chance sur certaines d’entre elles, et Tony Silva faisait les arrêts qu’il fallait. A la mi-temps, le score est de 1-0, et on sent les Français un peu moins confiants. Pour nous, c’est un super résultat, mais on sait qu’il faut continuer à ne pas se contenter de défendre, mais de sortir à chaque fois que c’est possible. Pourtant, on tient. Les Bleus ont des occasions, mais nous aussi. Et plus les minutes défilent, plus on voit les joueurs français comprendre qu’ils risquent de perdre ce match, alors que presque tout le monde les voyait s’imposer. Les Bleus ont des occasions, ils ne sont pas loin d’égaliser, mais on fait face, tout en essayant de rester dangereux en contre. Au coup de sifflet final, alors que nos adversaires rentrent vite au vestiaire, on profite de cet exploit en restant le plus longtemps possible sur le terrain.”
Une fête sans excès
Coly raconte l’après-match, lorsque le stade se vide et que la sélection retourne dans son camp de base. “Quand on rentre à notre hôtel, le repas est animé, joyeux, il y a de la musique, on chante, on danse et on rigole, débite-t-il. Mais il n’y a pas d’excès, car derrière, il y a le match contre le Danemark, qui va nous placer sur la voie de la qualification (1-1), validée ensuite face à l’Uruguay (3-3). On venait de réaliser une performance extraordinaire contre la France. Vous connaissez la suite : on sort la Suède (2-1), puis on perd face à la Turquie en quarts de final (0-1), sur ce fameux but en or. On rêvait d’affronter le Brésil en demi-finale. Et qui sait ce qui se serait produit…”
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