Les avocats de la famille de Marc-Vivien Foé ont assigné en référé, mardi, à la Fédération française de football pour obtenir des informations sur les mesures de sécurité mises en œuvre lors de la dernière Coupe des confédérations. Les juristes espèrent ainsi répondre aux interrogations qui entourent encore le décès, le 26 juin 2003, du footballeur camerounais.


Un an après, la douleur est toujours aussi vive. Et l’envie de comprendre, exacerbée. La famille de Marc-Vivien Foé, par le biais de deux avocats, a assigné en référé, mardi, la Fédération française de football (FFF). Pour savoir ce qui a vraiment tué le footballeur camerounais lors de la dernière Coupe des Confédérations, organisée par la FFF sur le sol français. Selon les hommes de loi, il semble que de sérieux manquements en matière de sécurité ont rendu la défaillance cardiaque du joueur fatale. Ce nouveau rebondissement, après la longue polémique qui a suivi la mort du milieu de terrain international, est une épreuve de plus pour la famille. Mais aussi pour le Cameroun, qui, le 26 juin dernier, commémorait le premier anniversaire du départ de Marc-Vivien Foé. Certains proches du milieu du ballon rond camerounais estiment qu’une action en justice n’était pas nécessaire.

« Nous souhaitons que la FFF nous communique le cahier des charges de cette compétition. C’est le document où sont prescrites toutes les mesures de sécurité », explique Prosper Abega, l’un des avocats, basé à Marseille (sud de la France). Car pour lui et son confrère, il est clair « que les images parlent d’elles-mêmes. Pratiquement rien n’a été fait entre le moment où Marc-Vivien Foé s’est effondré et son évacuation hors du terrain. Environ 26 minutes se sont écoulées sans qu’aucun véhicule ou personnel spécialisé ne se présente », poursuit le défenseur du défunt, qui assure n’accuser personne mais simplement s’interroger quant à ce manque d’informations.

Silence radio à la FFF

Pour Alain Jakubowicz, l’autre avocat, il ne fait aucun doute que de graves erreurs ont été commises du côté de la FFF. Il estime qu’« il n’y avait que des médecins du sport, des kinésithérapeutes, mais aucun médecin et aucun matériel capable de prendre en charge un malaise d’une telle gravité ». Le défenseur, dont les bureaux sont à Paris, renchérit même que « la mort de Foé n’a rien à voir avec le destin. Il a été clairement établi qu’il était en pleine santé. Il est mort d’une attaque cardiaque, ce qui peut arriver, mais le problème est l’échec des services de sécurité à agir lorsque la tragédie s’est produite ».

Une audience devrait avoir lieu lundi prochain. Devrait, car tout dépend de la réaction de la FFF. « Si elle se manifeste ou nous fait parvenir des documents il pourrait ne pas y avoir d’audience lundi. Dans le cas contraire, non seulement elle aura lieu, mais il pourrait y en avoir d’autres », précise Prosper Abega, qui estime que « cette assignation est le début d’une histoire qui risque de causer une déflagration importante ». La FFF est pour l’instant restée silencieuse sur le sujet. Un silence que l’avocat de Marseille explique par le fait que « la Fédération se réserve le droit de gérer le problème en interne ». La suite des événements lui a donné raison. « L’avocat de la compagnie d’assurance de la FFF a transmis le cahier des charges à Maître Abega », annonce en souriant Alain Jakubowicz, en précisant qu’il n’est pas encore sûr de la tenue de l’audience lundi.

Ne plus remuer le passé

Au Cameroun, la nouvelle de cette assignation surprend, mais ne fait pas plaisir à tout le monde. Un haut responsable de la Fédération camerounaise de football, qui était dans les gradins le 26 juin 2003, assure, sous couvert d’anonymat, que le jour du drame « des médecins compétents de l’équipe nationale du Cameroun étaient présents ». Un autre proche des Lions indomptables, qui a souhaité que son nom ne soit pas cité, tombe aussi des nues. Il a rendu visite à la famille de Marc-Vivien Foé pour commémorer le premier anniversaire de sa mort et rien n’a filtré concernant une assignation. Il finit par s’emporter : « Tout a été dit sur la mort de Foé. On a tout entendu. Il faut maintenant respecter le défunt qui a beaucoup fait pour le football camerounais et international ».

Cette nouvelle affaire montre que pour la famille de Marc-Vivien Foé, le deuil n’est pas encore fait. D’aucuns assurent que la douleur reste vive et que le quotidien est difficile à assumer. D’autant plus qu’en dépit de toutes les déclarations de bonnes intentions, la veuve de l’international, qui élève seule ses trois enfants, n’a toujours reçu aucune aide concrète.