Promu sportivement en Ligue 2, Luzenac a été interdit de montée par les instances dirigeantes du football français. Alors que les championnats ont repris, le club ariégeois ne sait toujours pas à quel étage il évoluera. Loin des terrains, son avenir se joue dans les salles d’audience de la LFP, de la DNCG et des tribunaux administratifs. Les dirigeants de Luzenac ont été entendus ce mercredi par le CNOSF : l’un des derniers espoirs de montée pour le club et ses joueurs dont le moral varie au gré des décisions rendues. Milieu de terrain de Luzenac et international mauritanien, Oumar N’Diaye, 25 ans, témoigne pour Afrik-Foot.com de cette situation d’incertitude permanente, usante pour les joueurs.


Oumar, en tant que joueur de Luzenac, comment vivez-vous la situation qui règne depuis près de trois mois ?

Ce n’est pas facile à vivre. Derrière chaque joueur, il y a une femme, des enfants, un foyer, qui est en péril. Sur un plan purement sportif, ça nous pose vraiment problème parce qu’on ne sait pas de quoi notre avenir sera fait. Pourtant, cette accession en Ligue 2 on l’a mérité sur le terrain.

Vous considérez que la décision du conseil d’administration de la LFP de refuser l’accession à Luzenac est injustifiée ?

Voir un tel acharnement des dirigeants du football français contre ce petit club nous désole complètement. On ne comprend pas pourquoi. Et Frédéric Thiriez (le président de la LFP) qui dit que ce n’est pas de l’acharnement… On a l’impression qu’il y a deux poids-deux mesures. Lens par exemple a eu le droit d’accéder en Ligue 1 avec un déficit de quatre millions d’euros qui n’a toujours pas été résorbé.

Dans le cas de Luzenac, se pose aussi la question du stade

Au début, il manquait 800 000 euros. Notre président n’a pas ménagé ses efforts pour réunir cette somme puis présenter le dossier aux normes à la DNCG. Malheureusement, la LFP trouve encore un autre motif pour nous mettre des bâtons dans les roues, avec le stade (Ernest Wallon à Toulouse, où Luzenac a prévu de jouer, ndlr). Soi-disant il n’est pas aux normes mais le Toulouse Football Club y a joué pendant une saison en 2001. En rugby, le Stade Toulousain y évolue et y dispute ses matches de H Cup (Coupe d’Europe, ndlr). L’équipe de France Espoirs y a joué deux matches en novembre. Le stade est toujours rempli et il n’y a jamais eu de problème de sécurité.

« Totalement confiance en nos dirigeants« 

Malgré cette situation mal embarquée, vous gardez espoir ?

On est tous présents tous les jours à l’entraînement même si c’est compliqué mentalement. On a totalement confiance en nos dirigeants. Depuis le début, ils se donnent à 200% pour pouvoir valider l’accession. En tant que joueurs, on persiste à y croire parce qu’on est dans nos droits tout simplement. Nos dirigeants et les avocats du club nous l’ont confirmés.

Récemment, Frédéric Thiriez, a déclaré, « je suis triste pour les joueurs de Luzenac, (…) mais il faut qu’ils s’en prennent au management du club qui a été incapable d’assumer ses responsabilités ». Qu’en pensez-vous ?

Ça c’est facile. Maintenant au moins tout le monde voit le copinage qui peut exister dans les instances du football français. Certes, on vient du football amateur. Mais la FFF devait nous aider à franchir des paliers, obtenir certaines dérogations si besoin, nous laisser le temps de grandir parce que le club est amateur et se structure petit à petit avec l’aide de Fabien Barthez, le directeur général, mais on ne peut pas tout avoir tout de suite : le stade aux normes, le budget. C’est impossible. Luzenac c’est une petite ville de 650 habitants ! Ma colère aujourd’hui serait plus dirigée vers la FFF qui devait nous accompagner. Après, Mr Thiriez affirme qu’il adore le football amateur dès qu’un club réussit à accéder en quart de finale de Coupe de France. Il parle des valeurs du foot, mais j’ai l’impression que ce n’est qu’une apparence qu’il essaie de donner : dès qu’un petit club monte au niveau professionnel, il n’y a plus personne et on le laisse tomber…

« Aujourd’hui, on est inscrit nulle part« 

Jusqu’au communiqué commun publié la semaine dernière, les joueurs de Luzenac sont restés assez muets sur la situation alors qu’ils en sont les premières victimes. Pourquoi ?

Notre job se situe sur le terrain, même si Mr Thiriez et ses amis ne veulent pas qu’on exerce notre profession. Le maître-mot, c’était de ne pas gueuler, de ne pas dériver parce que les dirigeants ont le dossier bien en main. Ça ne servait pas à grand chose d’étaler nos rancoeurs vis-à-vis de la FFF chacun de notre côté. C’est une décision prise en interne. Mais à un moment donné, il faut aussi faire valoir nos droits en tant que joueurs et pour le bien du club. C’est pour ça qu’on a décidé à l’unanimité de faire un courrier pour expliquer notre situation parce que ça ne se passe pas que sur le terrain. Derrière, il y a des familles comme je l’ai dit.

Le président de Luzenac a laissé entendre que le club pourrait mettre la clé sous la porte si la LFP reste sur sa position. Certains joueurs commencent-ils déjà à chercher des portes de sortie ?

C’est assez compliqué. Les championnats ont repris, la plupart des clubs ont bouclé leur recrutement ou presque. Si par malheur on n’obtient pas la montée en L2, je ne sais pas ce que le président et la LFP vont décider. Va-t-elle nous réintégrer en National ? Ce n’est pas gagné. Aujourd’hui on est ni en L2, ni en National, ni en CFA. On est nulle part. Quant au président de Luzenac, d’un côté, je le comprends parce que même si on parvient à nouveau à monter dans deux ans, est-ce que ça ne sera pas la même histoire ? Aujourd’hui on parle de Luzenac mais ça peut très bien arriver à d’autres clubs amateurs qui aspirent à devenir professionnels. Notre combat n’est pas que celui de Luzenac.

« De plus en plus compliqué« 

La reprise des championnats amateurs compromet la tenue de matches amicaux. A part les entraînements, comment allez-vous vous entretenir physiquement ?

Ce mercredi, on a fait une petite opposition entre nous. Ce n’est pas grand chose mais ça permet de travailler physiquement. Mais avec les têtes qui sont pleines à cause de la situation, les entraînements deviennent compliqués. On a effectué notre dernier match il y a une dizaine de jours contre Balma (CFA2, 1-1). Ça devient de plus en plus compliqué, on espère que cette situation va vite se régler. Cette semaine ou au plus tard en début de semaine prochaine.

Malgré la situation, les joueurs restent solidaires ?

Les joueurs, le staff, on est tous solidaires, tous derrière le club. Je n’en doutais pas parce que la saison dernière, il y avait un bel état d’esprit et c’est aussi grâce à ça qu’on a fait cette saison magnifique. Ce n’est donc que confirmation, la plupart des joueurs sont toujours là et viennent tous les matins à l’entraînement. On voit bien l’état d’esprit qui règne au club.

Vous avez aussi reçu beaucoup de soutiens, certains vous ont touché en particulier ?

Du fond du cœur, je remercie mon ami, mon frère, Cheikh M’Bengue (Stade Rennais) avec qui j’ai grandi. Il a fait une interview après Rennes-Evian (6-2), samedi, où il apporte son soutien à Luzenac et s’indigne de la situation. C’est dans les moments difficiles qu’on voit les vrais amis et Cheikh en fait partie.