Pourquoi la Coupe du monde U15 annoncée par Infantino représente une formidable opportunité pour l’Afrique

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La FIFA veut encore élargir son offre de compétitions de jeunes. Gianni Infantino a annoncé la création, dès cette année, d’une Coupe du monde U15 ouverte aux 211 associations membres. Un projet encore flou dans son format, mais qui pourrait offrir une opportunité immense au football africain.

Pour l’instant, peu de détails ont filtré sur la formule exacte. Le président de la FIFA a néanmoins donné l’essentiel : les 211 fédérations membres de la FIFA seraient invitées, pour un rassemblement qui réunirait plus de 4 000 jeunes joueurs.

Un Mondial U15 géant, ouvert à tous

Celui qui tente de redorer son image depuis son controversé projet de privatisation de l’instance a indiqué :

« Cette année, nous organiserons pour la première fois à la FIFA une Coupe du monde U15 où les 211 pays de la FIFA sont invités », a annoncé le président de l’instance.

Il présente davantage l’événement comme un immense festival mondial de la jeunesse que comme une compétition traditionnelle.

Si tous les pays peuvent effectivement participer, l’Afrique bénéficierait d’une exposition rarement offerte à cet âge.

L’Afrique possède déjà une tradition exceptionnelle chez les jeunes

Le continent n’arriverait certainement pas sans arguments.

À l’échelon supérieur, le football africain a historiquement excellé en Coupe du monde U17. Le Nigeria détient toujours le record avec cinq titres, tandis que le Ghana en compte deux. Le Mali a déjà atteint une finale et le Burkina Faso, s’est invité dans le dernier carré.

Ce succès précoce n’est probablement pas anodin.

À 15 ou 17 ans, les écarts liés aux infrastructures, aux moyens financiers des clubs et à la qualité de la post-formation sont beaucoup moins prononcés qu’ils ne le deviennent chez les professionnels.

Le talent brut, la capacité athlétique, la créativité et la précocité occupent encore une place importante. Or l’Afrique possède un réservoir considérable dans ce domaine.

C’est souvent dans les années qui suivent que les différences se creusent. Les meilleurs jeunes européens intègrent des académies dotées de moyens considérables, bénéficient d’un suivi médical, tactique et physique ultra-poussé, tandis qu’une partie des talents africains évolue encore dans des environnements beaucoup moins favorisés.

Un Mondial U15 pourrait donc offrir au continent une fenêtre où les inégalités structurelles ont encore moins eu le temps de peser.

Une vitrine exceptionnelle pour les talents africains

L’intérêt ne serait d’ailleurs pas uniquement de gagner. Une compétition réunissant toutes les fédérations permettrait à des pays rarement exposés dans les tournois FIFA de montrer leurs meilleurs jeunes joueurs.

Des recruteurs, académies et clubs internationaux pourraient identifier beaucoup plus tôt des profils issus de nations qui disposent de talents mais accèdent rarement aux grandes vitrines internationales. À condition évidemment que cette exposition soit correctement encadrée et que les intérêts des mineurs restent prioritaires.

Pour les fédérations africaines, de bonnes performances pourraient également devenir un argument supplémentaire pour investir davantage dans les centres de formation, l’encadrement et les infrastructures de base.

La CAF possède déjà une excellente rampe de lancement

L’Afrique dispose justement d’un outil qui pourrait parfaitement alimenter cette nouvelle compétition : le Championnat Africain de Football Scolaire de la CAF, aussi surnommé CAN U15. Lancé en 2022, le programme est devenu gigantesque.

Selon les chiffres communiqués par la CAF, plus de trois millions de garçons et de filles y ont participé depuis sa création, avec des dizaines de milliers d’écoles représentées à travers presque tout le continent.

Le système repose notamment sur des qualifications zonales avant une phase finale continentale. En 2026, celle-ci s’est déroulée à Harare, au Zimbabwe, avec des représentants du Maroc, du Sénégal, sacré chez les garçons, de la RDC, du Bénin, de la Tanzanie, du Ghana, vainqueur chez les filles, ou encore du Burkina Faso.

Et la compétition ne se limite pas au terrain. Les champions continentaux chez les filles comme chez les garçons reçoivent 300 000 dollars, les finalistes 200 000$ et les troisièmes 150 000$.

L’utilisation de ces sommes est encadrée et elles doivent être utilisées pour financer des projets éducatifs dans le football : installations sportives, salles de classe, bibliothèques ou autres équipements. La CAF organise également des programmes de formation pour jeunes arbitres, reporters, entraîneurs ou personnels médicaux.

Autrement dit, une structure existe déjà pour identifier très tôt les talents, et la plupart des pays africains devraient être en mesure de composer une équipe U15 à laquelle la future Coupe du monde pourrait offrir un débouché mondial particulièrement naturel.

Mais l’Afrique devra régler l’éternel problème de l’âge

Il existe toutefois un énorme préalable : la crédibilité.

Le football africain traîne depuis longtemps une mauvaise réputation autour des fraudes sur l’âge, malheureusement structurelles dans le football sur le continent. La FIFA utilise notamment des examens IRM du poignet afin d’évaluer la maturité osseuse des joueurs.

Plusieurs affaires ont sérieusement entaché l’image de l’Afrique. En 2023, le Cameroun avait ainsi écarté pas moins de 21 joueurs sur 30 lors de tests réalisés avant une compétition U17. En 2019, la Guinée avait été disqualifiée de la Coupe du monde U17 après une affaire concernant l’identité et l’âge de joueurs. Le Sénégal avait également dû retirer plusieurs éléments avant le Mondial de la même année. Certains joueurs aujourd’hui internationaux, comme l’Ivoirien Franck Kessié, avaient été accusés de fraude sur l’âge au moment des compétitions.

Le Nigeria a de son côté été confronté à de nombreuses polémiques similaires par le passé. Avec une catégorie U15, le sujet deviendrait encore plus sensible.

La CAF et les fédérations devront donc être absolument intransigeantes, en généralisant les contrôles très en amont et non simplement quelques jours avant les tournois. Car une Coupe du monde U15 pourrait devenir une magnifique vitrine du talent africain.

Mais si elle s’accompagne de nouveaux scandales liés aux âges, elle produirait exactement l’effet inverse.

Bien encadrée, cette nouvelle compétition peut permettre à l’Afrique de montrer ce qu’elle possède peut-être de plus précieux : un réservoir de talents immense, avant même que les inégalités de formation du football mondial ne commencent à faire leur œuvre.

Pourquoi la Coupe du monde U15 annoncée par Infantino représente une formidable opportunité pour l’Afrique

Louis Mukoma Fargues