RDC : Sébastien Desabre – “ça a dépassé ce que j’imaginais, on tenait à aller à Kinshasa pour fêter la qualification au Mondial”

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Cela fait presque deux semaines que la RD Congo s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2026, après cinquante-deux ans d’absence. Déjà tourné vers la préparation de son équipe pour la phase finale, Sébastien Desabre, le sélectionneur des Léopards, est revenu pour la première fois, pour Afrik-Foot, sur ce moment historique et les jours qui ont suivi. Le technicien français a aussi fait le point sur les relations avec les clubs, qui ont accueilli l’absence prolongée de leurs joueurs avec plus ou moins de compréhension.

Entretien réalisé par Alexis Billebault

Sébastien Desabre, près de quinze jours après cette qualification obtenue face à la Jamaïque à Guadalajara (1-0 après prolongation), mesurez-vous pleinement la portée de cette performance ?

Je savais que l’attente était immense en RD Congo, après cinquante-deux ans sans qualification pour la Coupe du monde. Mais cela a dépassé ce que j’imaginais. Après la victoire face à la Jamaïque, puis lors des festivités à Kinshasa, j’ai pleinement pris conscience de ce que représente la sélection nationale pour les Congolais, et donc une qualification pour une Coupe du monde.

La RDC est un vrai pays de foot, et les Léopards font partie du patrimoine national. Les gens aiment leur sélection, ils en sont fiers. Cette qualification rend les Congolais heureux. Imaginez comme cela a été long pour eux d’attendre cette qualification… Certains n’étaient même pas nés en 1974. 

Ce détour par Kinshasa, quatre jours après la qualification, à la demande du président Félix Tshisekedi, avait-il été envisagé ?

Pas du tout. Rien n’était prévu. Nous étions totalement tournés vers ce match face à la Jamaïque. Après la victoire, le chef de l’Etat a souhaité que nous venions fêter cette qualification. Nous étions donc encore au Mexique, et les joueurs étaient attendus dans les clubs au plus tard le vendredi. Certains des clubs concernés avaient d’ailleurs félicité la RDC pour ce succès. Nous avons donc discuté avec les dirigeants de ces clubs pour leur expliquer la situation, en insistant sur le fait que ce que cette qualification représentait pour le pays et pour les joueurs.

“Dans la majorité des cas, les clubs ont été compréhensifs et conciliants”

Les discussions semblent avoir été assez compliquées avec certains clubs. Lille, West Ham United, notamment, ont émis quelques protestations…

Les clubs sont dans leur rôle. Lille a fait revenir Ngal’ayel Mukau avant le week-end. Mais je veux rappeler que nous avons toujours respecté les règles de la FIFA. Les clubs savent aussi que les joueurs voyagent toujours dans d’excellentes conditions. Certains ont donc été compréhensifs. Ils ont saisi pour les joueurs l’importance d’aller fêter cette qualification avec les Congolais. 

Certains internationaux sont nés en RDC, ils ont grandi dans des conditions parfois difficiles car ils viennent de milieux très modestes, ils ont débuté dans le championnat local avant de partir à l’étranger. Et participer à une Coupe du monde, c’est extraordinaire. Vraiment, on voulait tous aller à Kinshasa pour fêter cet évènement avec les Congolais, dont l’accueil a été extraordinaire. Le chef de l’Etat, qui est un passionné de football, et plus largement le gouvernement, nous soutiennent depuis des années dans ce projet. Avec cette qualification, la RDC est de nouveau à la place qui est la sienne.

Sébastien Desabre, sélectionneur RDC
Crédits photo : Majt Esseddik/BackpagePix

Des sanctions pourraient-elles être prises par des clubs envers les joueurs ?

C’est possible, puisque certains dossiers sont à la FIFA. Il faut garder en mémoire que c’était un contexte exceptionnel et particulier. Et encore une fois, je veux répéter que dans la majorité des cas, les clubs ont été compréhensifs et conciliants. 

“Quand je suis arrivé en 2022, j’y croyais, ce qu’ont fait les joueurs est énorme”

Ce match face aux Jamaïcains a-t-il été un des plus compliqués depuis que vous êtes en RDC ?

Il y avait un enjeu énorme. Les conditions n’étaient pas simples : un long voyage, un décalage horaire important, l’altitude, la chaleur. Le match amical contre les Bermudes le 25 mars (2-0) avait permis de donner du temps de jeu à certains, de nous habituer aux conditions. On savait que la Jamaïque serait un adversaire de qualité. 

Ce fût le cas, avec un match compliqué, qui s’est joué sur un coup de pied arrêté. Mais objectivement, je pense que notre victoire était méritée. Quand je suis arrivé en 2022, j’y croyais, je savais qu’une qualification était possible. On a beaucoup bossé, en se qualifiant auparavant pour les deux dernières CAN, avec une quatrième place en 2024 en Côte d’Ivoire. 

Vous évoquez souvent la grande cohésion qui règne au sein de cette sélection…

On a beaucoup travaillé avec le staff, les joueurs, lesquels ont une très grande force mentale. C’est un groupe – staff et effectif – qui était déjà très soudé. Il l’est encore plus depuis le 31 mars. Lors de la phase de groupes, nous avions perdu face au Sénégal à Kinshasa (2-3), dans les dernières minutes, après avoir mené 2-0. Si on avait gagné, la qualification aurait sans doute été plus vite acquise. Mais nous avons dû passer par les barrages, face à des adversaires comme le Cameroun et le Nigeria, qui jouent régulièrement la Coupe du monde. Ce qu’ont fait les joueurs est énorme.

“Nous avons relevé ce premier défi en nous qualifiant. Mais il ne faut pas se contenter de ça”

En phase finale du Mondial, vous allez affronter le Portugal, la Colombie et l’Ouzbékistan. Comment analysez-vous ce groupe ?

Il est relevé. Le Portugal, qui pratique un football de grande qualité, très offensif, est une des meilleures sélections du monde, c’est un prétendant au titre. Lors de notre séjour au Mexique, nous avons regardé à la télé son match face à la sélection locale (0-0). C’est le favori du groupe. 

La Colombie a terminé troisième des qualifications, elle est tournée vers le football offensif, avec une grande qualité technique. J’ai regardé le match de l’Ouzbékistan face au Gabon (3-1) lors des FIFA Séries, et cette équipe m’a fait une bonne impression. Nous allons prendre le temps de davantage les étudier lors des prochaines semaines.

Sébastien Desabre, sélectionneur RDC
Crédits photo : PA Images / Icon Sport

Quelles seront les ambitions de la RD Congo lors de la Coupe du monde ?

Nous avons relevé ce premier défi en nous qualifiant. Mais il ne faut pas se contenter de cela. Quand on s’apprête à disputer un tournoi international, c’est avec l’ambition de faire des résultats. Avec huit équipes qui peuvent se qualifier pour les 16es de finale grâce à la règle des meilleurs troisièmes, nous avons nos chances. Rien n’est écrit à l’avance. Nous avons envie de bien figurer et franchir le premier tour me semble tout à fait possible. Jouer une phase finale de Mondial, c’est affronter des équipes de haut niveau, mais aussi avoir de l’ambition. 

Quand communiquerez-vous la liste des vingt-six joueurs retenus pour la Coupe du monde ?

Autour du 15 mai. Nous allons suivre de près les internationaux, mais il ne faut pas s’attendre à de gros bouleversements. Nous travaillons avec un groupe de joueurs depuis un certain temps. Il faudra faire quelques choix, j’espère surtout que personne ne se blessera d’ici là. Nous travaillons encore sur le programme de préparation, avec deux ou trois matches amicaux, sur le lieu du stage pour le début du rassemblement. Je sais ce que je veux, mais comme la RDC s’est qualifiée fin mars, il faut aussi tenir compte du fait que plusieurs sélections avaient déjà bouclé leur programme. Il faut donc trouver des adversaires disponibles, et cela prend un peu de temps, mais nous avançons bien.

RDC : Sébastien Desabre – “ça a dépassé ce que j’imaginais, on tenait à aller à Kinshasa pour fêter la qualification au Mondial”

Alexis Billebault

Journaliste spécialisé dans le football africain depuis le début des années 2000, j'ai travaillé sur les 11 dernières CAN.