A 43 ans, Hervé Renard est en plein rêve. Le sélectionneur français a emmené sa Zambie sur le toit de l’Afrique. Les Chipolopolos, que personne n’attendait à pareille fête, ont battu tous les favoris pour remporter un titre mérité dans cette CAN 2012. Du grand art.


(de notre envoyé spécial à Libreville)

Afrik-Foot: Hervé, c’est la première fois dans l’histoire de la Zambie qu’elle remporte un titre. Comment vous sentez-vous?

Hervé Renard: C’est la première fois pour la Zambie. C’est la première fois pour moi. C’est la première fois pour nous tous. Je l’ai dit depuis les quarts de finale, c’est NOTRE Coupe d’Afrique. On y a cru. Aujourd’hui, c’était notre jour. C’est fantastique.

Est-ce que 1993 a joué?

Bien sûr. Ce n’était pas facile de revenir au Gabon mais les joueurs y ont trouvé une motivation et une force. Je leur ai dit que, en 1994, une équipe de remplaçants avait atteint la finale et que donc, eux, ils pouvaient faire mieux.

Est-ce que vous réalisez?

Non, je ne réalise pas. J’ai l’habitude de relativiser les choses, bonnes ou mauvaises. Nous sommes ensemble depuis le début du tournoi. On s’est retrouvé dans des endroits où personne ne venait nous voir, on n’avait pas l’impression d’être à la CAN. C’est aussi ça la clé du succès. On n’avait pas la pression. On n’avait pas peur: on est allé sur le terrain pour montrer nos qualités. Je ne peux qu’être content. On a marqué à jamais l’histoire du football zambien. J’ai la chance d’avoir été sélectionneur de cette équipe. Je veux juste remercier Claude Leroy, qui m’a offert mes premiers pas en Afrique, et Kalusha Bwalya, qui m’a fait confiance. Sans eux, je ne serais pas où je suis.

Vous revenez de loin, vous voilà sur le toit de l’Afrique…

Dans la vie, tout est difficile. Le plus dur, c’est la confirmation. On a gagné la CAN. Maintenant, il faudra montrer qu’on le mérite et garder le pied sur la pédale. Je suis jeune, j’ai 43 ans. J’ai encore beaucoup de rêves. Remporter la Coupe d’Afrique en était un. Mais aller à la Coupe du monde avec la Zambie en est un autre.

Est-ce le début d’une grande histoire pour la Zambie?

Sans doute. J’ai la chance d’avoir de jeunes joueurs. Et, soyez-en sûr, il y encore plus de talents et de qualités en Zambie.

Quel parcours! Vous avez battu le Sénégal, le Ghana, la Côte d’Ivoire…

C’est la preuve qu’on mérite ce titre. La seule déception, c’est peut-être de s’imposer seulement aux tirs au but. Ce n’est pas la meilleure des façons mais on ne va pas se plaindre. Les joueurs ont su faire ce qu’il fallait. On savoure. On a réalisé quelque chose de grand. Je pense que c’était écrit. Physiquement, on était meilleur qu’eux. On y a cru. Depuis le début, on a été exceptionnel psychologiquement. Les joueurs ont été exceptionnels, je n’en ai pas reconnu certains tellement ils ont joué à un haut niveau. On n’a pas de joueurs qui évoluent dans des clubs de haut niveau, mais on savait qu’ensemble, on pouvait faire quelque chose.

Allez-vous rester à la tête des Chipolopolos?

Bien sûr que je reste.