Algérie – Suisse : l’heure des retrouvailles pour Vladimir Petkovic, que reste-t-il de la Nati de “Vlado” ? (Coupe du monde 2026)

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Dans la nuit de jeudi à vendredi, à Vancouver, Vladimir Petkovic vivra un rendez-vous à part en 16es de finale de la Coupe du monde 2026. Cinq ans après avoir quitté le banc de la Suisse, le sélectionneur de l’Algérie retrouvera une équipe qu’il a dirigée pendant sept ans et dont il demeure, à bien des égards, l’un des principaux bâtisseurs. Au-delà de l’aspect sentimental, cette affiche pose une vraie question : la Suisse de Murat Yakin est-elle encore celle de Petkovic ?

Pendant longtemps, Vladimir Petkovic a incarné la stabilité du football helvétique. Avec 78 matches dirigés entre 2014 et 2021, il reste le sélectionneur à la plus longue longévité de l’histoire de la Nati. L’héritage de “Vlado”, comme il est surnommé affectueusement, ne se résume pas à la victoire de prestige contre la France en 8es de finale de l’Euro 2021. Il a surtout changé l’identité de jeu de la sélection.

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Avant son arrivée, la Suisse d’Ottmar Hitzfeld était avant tout réputée pour sa rigueur défensive. Né Bosnien mais naturalisé suisse, pays où il est arrivé comme joueur en 1987, Petkovic voulait un autre style. Son ancien adjoint Vincent Cavin résume parfaitement ce virage sur le site de la FIFA : « Il a apporté quelque chose de complètement nouveau. Il voulait que son équipe soit reconnue pour la manière dont elle jouait, pas uniquement pour ses résultats. Il ne recherchait pas seulement la victoire : il voulait que les gens apprécient le football proposé par son équipe. »

Pour installer cette identité, le technicien a misé sur une équipe capable de monopoliser le ballon tout en laissant une importante liberté à ses joueurs dans les derniers mètres. Une philosophie qu’il résumait souvent auprès de son staff par une formule : le « chaos organisé », une structure collective solide dans laquelle les joueurs devaient ensuite trouver eux-mêmes les solutions.

Murat Yakin a repris les bases posées par Petkovic

Lorsque Murat Yakin succède à Petkovic en 2021, il ne repart pas de zéro. Le socle est déjà en place.

Pour Vincent Cavin, qui a également travaillé avec le sélectionneur actuel, la Suisse porte encore clairement la marque de son ancien patron. « Cette équipe de Suisse a été façonnée par Vlado. C’est lui qui a changé la philosophie de jeu de la sélection en lui donnant une identité plus ambitieuse et plus dominante. Les bases qu’il a posées sont toujours présentes aujourd’hui », poursuit le technicien pour le média algérien Compétition.

Yakin a naturellement apporté ses propres ajustements, notamment dans l’animation tactique, mais sans renier les principes installés plusieurs années auparavant.

Cavin insiste d’ailleurs sur une autre caractéristique de Petkovic : la capacité de ses équipes à s’adapter pendant les matches. « Les équipes de Murat Yakin sont parfois difficiles à décrypter, mais je ne pense pas que ce sera le principal problème de l’Algérie. Les équipes de Petkovic sont très flexibles. Il responsabilise énormément ses joueurs, qui savent s’adapter aux situations qu’ils rencontrent sur le terrain. »

Cette continuité se retrouve aussi dans l’effectif. 17 joueurs suisses sur les 26 présents au Mondial ont déjà évolué sous les ordres de Petkovic. Granit Xhaka, Manuel Akanji ou encore Ricardo Rodriguez connaissent parfaitement ses méthodes.

Une connaissance précieuse… mais réciproque

Petkovic ne s’en cache pas. Il estime connaître « parfaitement » la philosophie de la Suisse ainsi qu’une grande partie de son groupe. « Même s’il y a quelques nouveaux visages, plusieurs joueurs ont évolué avec moi. Je connais donc bien cet effectif. (…) Je sais parfaitement quelle est sa philosophie de jeu », a-t-glissé lorsqu’il a pris connaissance de cette affiche des 16es de finale du Mondial 2026.

Pour Vincent Cavin, cette familiarité pourrait avoir un impact dans la préparation du match : « Vlado n’est pas un entraîneur qui étudie habituellement beaucoup l’adversaire. Mais cette fois, il le fera davantage. Il pourra transmettre des informations très précieuses à ses joueurs, notamment sur la manière de contenir des joueurs comme Xhaka, Rodriguez ou Akanji, qu’il a entraînés pendant plusieurs années. »

L’avantage reste toutefois limité et à double sens. Les internationaux suisses connaissent eux aussi parfaitement leur ancien sélectionneur. Stéphane Chapuisat relativise d’ailleurs largement ce facteur. Pour l’ancienne légende de la Nati, interrogée par Africa Foot, le football moderne laisse peu de place aux secrets tactiques : « Avec les moyens techniques actuels et les analyses vidéo, tout le monde sait tout sur tout le monde. (…) Et puis, ce n’est pas Petkovic qui va jouer. »

Petkovic face à son propre héritage

L’ironie de cette affiche est peut-être là. Vendredi, Petkovic ne retrouvera pas seulement d’anciens joueurs avec lesquels il a partagé les plus belles heures récentes de la Suisse. Il fera aussi face à une équipe dont plusieurs principes de jeu portent encore sa signature.

Le lien tissé avec certains cadres demeure d’ailleurs très fort. Vincent Cavin se souvient encore d’une scène devenue emblématique après l’exploit contre la France à l’Euro 2021. « L’image de Granit Xhaka courant enlacer Vladimir Petkovic après la victoire contre la France reste extrêmement forte. Cet instant résumait parfaitement la relation exceptionnelle qu’ils avaient construite. »

Vladimir Petkovic, Suisse
Vladimir Petkovic avec la Suisse à l’Euro 2021. Crédits photo : SUSA / Icon Sport

Depuis son arrivée sur le banc de l’Algérie en février 2024, Petkovic a ramené les Fennecs en Coupe du monde puis en phase à élimination directe, une première depuis 2014, malgré les nombreuses critiques. Son équipe cherche elle aussi à contrôler les rencontres et à avoir le ballon, des principes qui rappellent inévitablement ceux qu’il avait instaurés avec la Nati.

Vendredi, le technicien bosnien tentera donc d’éliminer une Suisse qu’il connaît par cœur. Mais il devra aussi battre une équipe qui, cinq ans après son départ, continue de jouer avec une partie de son héritage.

Algérie – Suisse : l’heure des retrouvailles pour Vladimir Petkovic, que reste-t-il de la Nati de “Vlado” ? (Coupe du monde 2026)

Romain Lantheaume

Je suis tombé amoureux du foot africain avec Didier Drogba, puis j’ai découvert Afrik-Foot en 2013. Depuis, nous ne nous sommes plus lâchés !