Alors que le projet de filiale commerciale porté par Gianni Infantino provoque une fronde ouverte en Europe, les fédérations africaines se trouvent face à un dilemme beaucoup plus complexe.
A la différence des autres confédérations qui ont catégoriquement fermé la porte au projet de la FIFA, la Confédération africaine de football (CAF) a annoncé qu’elle l’examinera en comité exécutif la semaine prochaine.
Tandis que les critiques pleuvent sur le positionnement isolé de l’Afrique dans ce dossier, Saïd Ali Saïd Athouman, président de la Fédération comorienne, a livré à L’Équipe un discours sur les besoins financiers du continent, tout en reconnaissant les dangers d’une perte d’indépendance de la FIFA.
« Notre problème, c’est comment obtenir de l’argent »
Le dirigeant comorien refuse que l’Afrique rejette immédiatement la proposition sans l’étudier.
« Notre problème, c’est : comment obtenir de l’argent ? En ce moment, nous n’avons aucun sponsor », explique-t-il, rappelant que Comores Télécom versait seulement entre 100 000 et 150 000 euros par an, soit à peine de quoi couvrir l’organisation d’un match.
Pour Athouman, les petites fédérations ne vivent tout simplement pas dans la même réalité que les grandes nations européennes ou africaines.
« Comment fait-on pour rivaliser avec le Maroc, l’Algérie ou la Côte d’Ivoire ? Les nations les plus riches peuvent former, avoir des infrastructures et des équipements. Ce n’est pas un hasard si elles obtiennent ensuite des résultats. »
D’où cette déclaration très pragmatique : « Si j’avais été Européen, je n’aurais peut-être pas cette idée. Mais je vis une autre réalité. »
Une manne financière pour l’Afrique, mais à quel prix ?
Le projet de Gianni Infantino prévoit la création d’une filiale commerciale de la FIFA ouverte à des investisseurs privés. Chaque fédération adhérente pourrait recevoir une aide supplémentaire considérable, estimée à environ 20 millions de dollars.
« Je ne cracherais pas dessus », reconnaît Athouman. « Si on prend 20 millions, sous certaines conditions, c’est énorme pour nous. Vous savez que nous avons du mal à payer nos salariés. (…) En tant que président de fédé, je ne cracherais pas dessus mais attention. »
En effet, le président comorien n’ignore pas les risques.
« Ce que l’on gagne en enveloppe, on peut le perdre en autonomie », prévient-il. Il redoute notamment que les États réduisent leurs subventions en considérant les fédérations désormais suffisamment financées, ou que les investisseurs privés finissent par influencer les décisions sportives.
« Et si on vire un pays parce qu’il ne rapporte rien en termes de marketing ? », interroge-t-il.
Une ouverture vers l’UEFA
Athouman ne ferme donc pas la porte au projet de la FIFA, mais il se dit aussi prêt à écouter les contre-propositions européennes.
« Si les Européens ont de meilleures propositions, cela peut nous intéresser », assure-t-il.
Sa position résume le tiraillement africain : accepter une manne susceptible de transformer le football local, tout en évitant de céder une partie de son autonomie à des investisseurs dont les priorités seraient avant tout commerciales.
En effet, le problème ne se limite pas au manque d’argent. Sur le continent, la corruption et la mauvaise gouvernance risquent de détourner une partie de ces fonds de leur objectif initial.
L’Afrique ne souhaite donc ni suivre aveuglément Infantino ni s’aligner automatiquement sur l’UEFA. Elle demande surtout des garanties. Car pour les petites fédérations, refuser 20 millions est facile en théorie. Beaucoup moins lorsqu’il devient difficile de payer les salaires.
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