« Tous les Marocains qui ne sont pas assez bons ici finissent par jouer pour le Maroc. Il n’y a que Ziyech que j’aurais voulu dans l’équipe. » En mars dernier, Rafael van der Vaart n’avait pas fait dans la nuance. Fidèle à sa réputation de consultant provocateur, l’ancien milieu offensif du Real Madrid et de Tottenham estimait que les Lions de l’Atlas ne mangeaient que les miettes néerlandaises dans la bataille des binationaux.
Quelques mois plus tard, le hasard du calendrier offre un savoureux clin d’œil. Les Pays-Bas et le Maroc se retrouvent en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026 dans la nuit de lundi à mardi. Mais van der Vaart avait-il vraiment raison ?
Les meilleurs choisissaient les Pays-Bas…
Au-delà de l’affiche sportive, c’est aussi une confrontation entre deux pays liés par une importante histoire migratoire. Plus de 400 000 personnes d’origine marocaine vivent aujourd’hui aux Pays-Bas, soit environ 2,4 % de la population. Une communauté née des vagues d’immigration ouvrière des années 1960, qui a profondément marqué le football néerlandais… et marocain.
Et dans les années 2000 et le début des années 2010, la réponse semblait évidente. Les meilleurs talents néerlando-marocains optaient très souvent pour les Pays-Bas.
Khalid Boulahrouz, Ibrahim Afellay puis Anwar El Ghazi une décennie plus tard avaient choisi les Oranje. Tous étaient considérés comme des joueurs capables de s’imposer au plus haut niveau européen, tandis que le Maroc traversait alors une longue période d’instabilité sportive.
À cette époque, les Lions de l’Atlas apparaissaient souvent comme le deuxième choix des binationaux, une sélection de cœur davantage qu’un projet sportif capable de rivaliser avec les grandes nations.
Le TOP 10 des meilleurs binationaux néerlando-marocains
Ils ont choisi le Maroc ou les Pays Bas : ces 10 binationaux ont marqué l’histoire.
… mais Ziyech et Mazraoui sont arrivés
Le premier grand tournant s’appelle Hakim Ziyech.
Peu de supporters s’en souviennent aujourd’hui, mais l’ancien meneur de jeu de l’Ajax était tout proche de débuter avec les Pays-Bas. L’ancien sélectionneur Guus Hiddink comptait même le lancer contre la Lettonie en 2014 avant qu’une blessure ne bouleverse totalement les plans de la sélection néerlandaise. Un an plus tard, Ziyech choisissait définitivement le Maroc. Une décision qui allait changer sa carrière… mais aussi l’image de la sélection marocaine auprès des générations suivantes.
Puis est venu Noussair Mazraoui.
Attendu titulaire ce lundi soir, le latéral, pourtant né et formé aux Pays-Bas, n’a jamais vraiment hésité. Il a même raconté avoir rencontré Ronald Koeman “par respect”, avant que ce dernier ne comprenne rapidement que son choix était déjà arrêté.
« Au bout de cinq minutes, il m’a dit : ‘Tu sais déjà ce que tu vas faire, n’est-ce pas ?’ Je lui ai répondu : ‘Oui’. Il l’a vu dans mes yeux : le Maroc est là », expliquait récemment le défenseur.
Deux décisions qui ont marqué un véritable changement de perception.
Noussair Mazraoui sur son choix entre les Pays Bas et le Maroc : « Lorsque j’ai rencontré Koeman au bout de 5 minutes il savait déjà ce que je voulais »
— SOCCER212 (@SCCR_212) June 18, 2026
Traduction en français complète de l’extrait pic.twitter.com/AkvapvAIjf
Le Maroc ne gagne pas encore toutes les batailles…
Pour autant, parler d’un changement de rapport de force et d’une domination marocaine serait précipité.
Oui, les Lions de l’Atlas séduisent désormais davantage. Né en France, Ayyoub Bouaddi a choisi le Maroc. En Belgique, Chemsdine Talbi et Rayane Bounida ont suivi la même voie. En Espagne, Brahim Diaz a fini par rejoindre la sélection après de longues hésitations, tandis qu’Achraf Hakimi avait montré le chemin bien avant lui. Autant de talents qui, avec un peu de patience, auraient sans doute pu représenter leurs pays de naissance.
Aux Pays-Bas, la tendance évolue également, mais plus progressivement.
Mohamed Ihattaren avait initialement choisi les Oranje avant de finalement se tourner vers le Maroc plusieurs années plus tard après être resté sur le banc lors de ses uniques convocations avec les Oranje, en 2020, et avoir vu sa carrière décliner. Couhaib Driouech, lui, a un temps sembler hésiter malgré des perspectives limitées avec les Pays-Bas. Quant à Anass Salah-Eddine, son avenir semblait totalement bouché chez les Oranje lorsqu’il a opté pour les Lions de l’Atlas.
Autrement dit, le Maroc a largement réduit l’écart… sans encore remporter toutes les batailles… aux Pays-Bas ou ailleurs, comme le prouve l’exemple Lamine Yamal.
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… pour l’instant
C’est peut-être là que se situe le véritable enjeu des prochaines années.
Avec l’arrivée de Mohamed Ouahbi à la tête de la sélection A, la Fédération marocaine mise sur un technicien qui connaît parfaitement le football du Benelux, ainsi que les jeunes générations issues de la diaspora.
Par ailleurs, la Fédération marocaine déploie depuis deux ans un système très efficace de séduction des jeunes binationaux à travers l’Europe. Et les résultats sont déjà visibles. Plusieurs jeunes formés aux Pays-Bas, comme Ayoub Ouarghi, Oualid Agougil, Benjamin Khaderi, Aymean El Hani ou encore Sami Bouhoudane, ont choisi de représenter le Maroc. Sans oublier Abdellah Ouazane, élu meilleur joueur de la CAN U17 2025 et considéré comme l’un des plus grands espoirs du football marocain.
De quoi confirmer que la stratégie marocaine porte ses fruits.
Reste désormais à savoir si elle permettra, à terme, de convaincre systématiquement les plus grands talents néerlando-marocains.
Car c’est probablement le prochain crack issu des centres de formation néerlandais qui apportera la véritable réponse au débat lancé par Van der Vaart. Pendant longtemps, le choix des meilleurs semblait naturellement conduire vers les Oranje. Aujourd’hui, le Maroc est capable de rivaliser. Demain, il pourrait bien devenir la destination privilégiée.
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