Le plus gros gâchis du football marocain : Adel Taarabt, le génie qui laisse un énorme goût d’inachevé

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Adel Taarabt a pris sa retraite à 37 ans. Le Marocain laisse le souvenir d’un artiste dont la carrière n’a jamais égalé le talent.

Adel Taarabt a refermé mardi une carrière professionnelle longue de vingt ans. De Lens à Sharjah, en passant par Tottenham, l’AC Milan et Benfica, le Marocain aura fréquenté des institutions prestigieuses sans véritablement s’y imposer sur la durée.

Son nom demeure pourtant associé à des images de dribbles déroutants, de petits ponts et de gestes que peu de joueurs étaient capables d’imaginer. Au moment de tirer sa révérence, un sentiment domine donc : celui d’avoir admiré une étoile filante qui aurait pu briller beaucoup plus longtemps.

Taarabt, un talent à part

Martin Jol, son entraîneur à Tottenham, le présentait comme « un magicien » et estimait qu’aucun autre joueur en Angleterre ne possédait un talent comparable balle au pied. Toujours chez les Spurs, le futur Ballon d’Or Luka Modric, lui, le surnommait «Zizou».

Neil Warnock le résumera plus tard en trois mots : « talentueux, enthousiasmant et frustrant ». C’est à Queens Park Rangers que Taarabt a donné raison au premier qualificatif. Sacré meilleur joueur de Championship en 2011, il avait porté QPR vers la Premier League en évoluant dans une équipe entièrement construite autour de son inspiration.

Le changement de dimension attendu n’a pourtant jamais vraiment eu lieu. Taarabt a lui-même reconnu avoir rejoint trop jeune un Tottenham qui ne lui correspondait pas, dans une ville offrant beaucoup trop de distractions. Son travail défensif défaillant, son poids, ses sorties nocturnes, ses sautes d’humeur et son irrégularité ont progressivement pris autant de place dans les discussions que ses exploits techniques. Après quelques éclaircies à Fulham et surtout à l’AC Milan, il est arrivé à Benfica avec huit kilos superflus. Il lui faudra près de quatre ans pour enfin jouer avec l’équipe première.

Un rendez-vous manqué avec le Maroc

Sa trajectoire internationale renforce ce goût d’inachevé. Trente sélections et quatre buts constituent un bilan modeste pour un joueur d’une telle qualité. Son départ précipité d’un rassemblement en 2011, après avoir appris qu’il ne serait pas titulaire, avait durablement abîmé sa relation avec les Lions de l’Atlas. Quelques mois plus tard, il avait déjà fallu reconstruire ce lien, avant un nouveau retour en sélection après une lettre d’excuse.

Le contexte ne l’a pas toujours aidé non plus : son apogée a coïncidé avec une période d’instabilité du football marocain, bien avant la génération structurée et ambitieuse apparue à la fin des années 2010. Taarabt est resté lié à la sélection bien après ses dernières apparitions, au point de continuer à commenter régulièrement l’évolution des Lions de l’Atlas.

Taarabt a toutefois trouvé à Benfica une forme de rédemption tardive. Bruno Lage l’a transformé en milieu plus complet, capable de courir et de défendre, comme si l’artiste avait finalement accepté les contraintes du football moderne. « Ce n’est pas la faute des autres, c’est ma faute », reconnaissait-il d’ailleurs au sujet de sa carrière.

Parmi les joueurs marocains les plus accomplis, il ne peut rivaliser avec les grandes légendes. Mais parmi les talents naturels les plus doués du Royaume, il conserve une place à part. C’est précisément ce qui rend son parcours aussi fascinant que frustrant.

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Naïm Beneddra

Le football m’accompagne depuis l’enfance, et j’ai eu la chance d’en faire mon métier il y a plus de 20 ans. Depuis, j’écris, j’analyse, je râle parfois devant un match et je continue surtout à aimer raconter ceux qui font ce sport. Fan inconditionnel des Fennecs, je garde évidemment un œil très attentif sur tout ce qui touche au football algérien. Si vous aimez le foot avec passion, curiosité et un peu de mauvaise foi assumée, on devrait bien s’entendre.