Abderaouf Zarabi : “Les Algériens racistes ? C’est du n’importe quoi”

Ancien international algérien au temps de Djamel Belmadi et Ali Benarbia, mais aussi après, avec les Karim Ziani, Karim Matmour, Madjid Bougherra et Antar Yahia, Abderaouf Zarabi est le fils d’Abdelzaiz, lui-même ancien Fennec des années 1970, et le frère de Kiko qui a joué au Portugal. Cette famille puise ses racines dans le sud algérien, où se concentre la majorité de la population de couleur. Il est l’un des rares joueurs de couleur de l’équipe d’Algérie. Nous l’avons contacté afin qu’il nous donne son avis sur le racisme supposé dans son pays, mais aussi pour l’entendre parler sur d’autres sujets d’actualité tout aussi intéressants. Il a ouvert son cœur au micro d’Afrik Foot.com. Découvrez sans plus attendre la première partie de notre interview.

Par Nacym Djender,

Vous qui avez longtemps joué dans le championnat d’Algérie et qui êtes un homme de couleur, en toute franchise, avez-vous été confronté à des insultes ou des remarques racistes durant votre carrière ?

Franchement, lorsque j’entends dire ce genre de choses, j’ai mal au cœur. C’est du n’importe quoi ! Le peuple algérien est un peuple des plus accueillants qui existent dans ce monde. Vous n’avez qu’à voir le nombre de joueurs d’autres nationalités et qui évoluent depuis des années dans le championnat d’Algérie sans qu’ils soient inquiétés. Ils vivent en toute tranquillité et semblent très heureux de vivre avec leurs frères algériens. On a entendu beaucoup de personnes raconter des bêtises concernant les Algériens. Nous savons très bien comment accueillir nos frères africains. Nous sommes un peuple fier et nous n’avons de leçon à recevoir de personne en matière d’humanité.

On peut donc déduire d’après vos propos, que vous n’avez jamais subi la moindre remarque raciste en Algérie, que ce soit sur les terrains ou en dehors, ni vous personnellement, ni votre famille ?

Personnellement, de ce que j’ai vécu sur les terrains que ce soit en Algérie ou ailleurs, j’estime que ce genre de remarques font partie d’une culture malheureuse du sport, mais ça reste uniquement dans les stades, en général. C’est vrai qu’on peut entendre des supporters chanter des chants pour taquiner l’adversaire, juste pour rigoler. Je ne les prend pas au sérieux, tant que ça reste dans le but de déstabiliser l’adversaire. Mais certains en profitent pour montrer du doigt l’Algérie, la Tunisie ou le Maroc pour salir l’image de tout les peuples. Je parle de l’Algérie qui est un pays musulman et croyez-moi, je connais mon peuple. On sait très bien qu’il n’y a pas la moindre différence entre un blanc ou un black. L’islam nous l’interdit formellement.

Donc, vous n’avez jamais ressenti de racisme à votre égard dans votre quartier, même en étant gamin ?

Je n’ai jamais ressenti cela depuis que je suis tout petit. De plus, il faut savoir que nous les blacks, dans notre quartier, on nous a toujours appelés « les beaux gosses » et cela est plutôt valorisant pour un enfant. Je ne le dis pas pour dénigrer les blancs, mais c’est comme ça qu’on nous a toujours considérés en Algérie. (Il rigole). Sincèrement, je n’ai jamais ressenti de racisme en Algérie. Prétendre que ça existe, c’est vraiment du n’importe quoi !

“Ce n’est pas parce qu’un entraîneur ne te fait pas jouer pendant le Ramadan qu’il est islamophobe”

Christophe Galtier a maille à partir avec la justice en France pour une affaire de propos racistes présumés envers des joueurs de couleur et/ou musulmans. N’avez-vous jamais été confronté à ce genre d’histoire ?

On va dire un petit peu… En fait, on était avec un coach qui nous disait : « Pour préserver la santé des joueurs, je ne veux pas que vous jeûniez pendant le mois de Ramadan ». Après, on est majeur et vacciné. On doit savoir prendre ses responsabilités et c’est au coach de juger qui est apte à jouer, qu’il jeûne ou pas. Avec le coach Ruud Krol, l’ancien joueur de l’Ajax Amsterdam, que j’avais comme entraîneur à Ajaccio, c’est quelqu’un qui a vécu avec les musulmans et il a, en plus, roulé sa bosse un peu partout, il me disait : «Abdel, pour moi, que tu fasses ou pas le Ramadan, l’important est d’être bon sur le terrain. Chacun est libre de faire comme il veut. Je ne te jugerai qu’à l’entraînement. Si tu es bon, tu joueras, et si tu n’es pas bon, tu ne joueras pas ». Et il me l’a bien prouvé puisque j’avais joué tous les matchs avec lui et en plein Ramadan ! Et souvent, mes meilleures prestations, je les avais réalisées en étant à jeun en plein mois du Ramadan.

Après, quand un entraîneur ne veut pas te faire jouer parce que tu fais le Ramadan, eh bien, il faut assumer et c’est tout. La vie continue malgré tout. Il ne faut pas créer d’histoire à cause de ça. Ce n’est pas parce qu’un entraîneur ne te fait pas jouer pendant le Ramadan que tu vas dire de lui qu’il est raciste ou islamophobe. C’est juste que, de son angle de vue, il a jugé que tu n’étais pas prêt, c’est tout. C’est aussi cela le football et on doit l’accepter et travailler.

Abderaouf Zarabi, Nimes
© IconSport

D’aucuns estiment qu’il y a très peu de joueurs de couleur retenus en sélection d’Algérie, par rapport à la population nationale qui renferment beaucoup de bons joueurs de couleur… Partagez-vous ce point de vue ?

Il faut d’abord savoir que les populations de couleur vivent à 90% dans le sud de l’Algérie. Moi qui suis issu de cette région justement, je peux vous assurer que dans les années à venir, vous allez voir beaucoup de talents émerger du sud. Il y a, actuellement, un travail énorme qui se fait dans toutes les villes du sud de l’Algérie. L’État a mis le paquet sur les clubs du sud et les joueurs du sud commencent à jouer en grand nombre dans les régions du nord du pays. Il y a eu aussi la création des académies qui commencent à sortir ces clubs et leurs joueurs de l’ombre. Les gens commencent à parler d’eux comme on le fait de ceux du nord. Les médias en parlent de plus en plus. Pas comme avant, parce qu’il y a aussi la distance qui séparent le nord du sud. Par exemple, moi, à mes débuts, je vivais avec mes parents dans le sud d’Algérie…

A Ouergla, c’est ça ?

Oui, à Ouergla. Je n’avais jamais été sélectionné en équipe d’Algérie dans les catégories des minimes ou des cadets. Mais le jour où on est retourné à Alger pour y vivre, j’avais signé au NAHD, les choses avaient complètement changé pour moi. Les sélectionneurs n’étaient pas loin, donc je bénéficiais de plus de visibilité. A chaque match des jeunes, tu pouvais trouver des entraîneurs de la fédération pour te superviser. A partir de là, j’ai pu intégrer les sélections nationales jusqu’à celle des A. Cela n’a rien à voir avec le racisme. C’est un problème de visibilité qui est en train de s’estomper avec la présence des réseaux sociaux. Les gens du sud sont moins marginalisés de nos jours qu’avant. Aujourd’hui, quand un jeune est bon, on le découvre très rapidement, à l’image de Moslem Anatouf, la nouvelle pépite de la ville de Tindouf qui est aussi capitaine de l’équipe nationale Espoirs et qui a signé au Mouloudia d’Alger.

« Vous allez voir émerger des joueurs du sud dans les années à venir »

Anatouf est la coqueluche des supporters qui le considèrent comme « le petit prince des guerriers du désert ». C’est le plus aimé de tous. Ce qui confirme vos dires à propos de l’absence de racisme en Algérie. Il y a eu avant lui, le cas d'Hicham Boudaoui qui vient également du sud et qui réalise une belle carrière aujourd’hui chez les Verts et à l’OGC Nice…

Dans le sud, comme je vous l’ai dit, il y a un potentiel immense dans le domaine du sport en général. Moi qui suis issu du sud, je peux vous assurer qu’il y a de très bons joueurs dans cette partie du pays. Vous allez les voir émerger dans les années à venir, notamment avec la montée de plusieurs clubs du sud en Ligue 1 et Ligue 2. Il y a déjà le MC Ouergla, anciennement CR Béni Thour avec qui j’ai joué, qui a gagné la Coupe d’Algérie en 2000. Il y a des clubs qui deviennent aussi importants en Ligue 1, à l’image de la JS Saoura, l’US Biskra, le MC El Bayadh ou l’US Souf et dans peu de temps, on va voir des joueurs du sud émerger et rejoindre la sélection nationale. C’est juste une question de visibilité. Après, c’est le meilleur qui doit jouer, quelle que soit la couleur de sa peau.

Abderaouf Zarabi, Nimes
© IconSport

Quel message pouvez-vous transmettre à nos frères africains qui pensent encore que les Algériens sont racistes envers les gens de couleur ?

Je les invite surtout à venir en Algérie pour qu’ils se fassent leur propre idée sur cette question. Ils sont les bienvenus ! C’est une fois en Algérie, parmi notre peuple qu’ils verront de leurs yeux si les Algériens sont accueillants ou pas. Ils n’ont pas à écouter les autres. L’Algérien, si tu lui demandes de te payer un café par exemple et qu’il n’ait pas de quoi te le payer, sois sûr qu’il te donnera son propre café à boire et s’en priver, juste pour ne pas te le refuser.

En fait, ce qu’il est reproché aux Algériens, c’est le malheureux drame du regretté Albert Ebossé, attaquant camerounais de la JS Kabylie mort lors d’un match au stade de Tizi Ouzou en 2014…

Franchement, j’ai joué à la JSK et c’était mon rêve de vêtir le maillot de ce grand club d’Afrique. Je peux vous assurer que je n’ai jamais eu le moindre problème avec qui que ce soit. Les supporteurs sont chauvins et adorent le club et leurs joueurs. J’ai toujours été respecté à Tizi Ouzou. Malheureusement, je ne peux pas vous dire ce qui s’est passé ce jour-là. J’ai quitté la JSK un an avant l’arrivée d’Albert Ebossé. Je ne l’ai donc pas eu comme coéquipier. J’ai entendu toutes les versions relatées dans les médias et je peux dire aujourd’hui que seul Dieu connaît la vérité de la mort d’Ebossé. Sur dix personnes, tu peux avoir dix versions différentes à ce sujet. J’ai une profonde pensée pour sa famille et ses proches et je comprends leur douleur. C’est un drame très regrettable.

J’ai des amis comme Malek Asselah qui l’ont connu de près. Il m’a dit beaucoup de bien d’Ebossé, que Dieu ait son âme. C’était quelqu’un de très aimé par ses coéquipiers et tout le monde le respectait à la JSK. C’était un très bon joueur qui avait une grande marge de progression. C’est vraiment regrettable ce qu’il lui est arrivé…

Rendez-vous vendredi pour la seconde partie de notre entretien avec Abderaouf Zarabi.

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Nacym Djender