Côte d’Ivoire : 11 ans après, Hervé Renard est-il encore le fit parfait pour les Éléphants ?

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Onze ans après avoir conduit la Côte d’Ivoire vers sa deuxième étoile continentale, Hervé Renard retrouve les Éléphants. Le technicien français, qui sera présenté ce jeudi, succède à Emerse Faé et hérite d’une sélection très différente de celle sacrée en 2015 : plus jeune, très talentueuse et déjà tournée vers la CAN 2027 puis la Coupe du monde 2030.

Sur le papier, le mariage semble évident. Mais retourner là où l’on a été heureux n’offre jamais la garantie de retrouver les mêmes sensations…

L’homme qui avait libéré la génération dorée ivoirienne 

En 2015, Hervé Renard avait réussi ce que plusieurs sélectionneurs avant lui n’étaient pas parvenus à accomplir : transformer le grand potentiel ivoirien en titre continental.

Autour de Yaya et Kolo Touré, Gervinho, Wilfried Bony, Serge Aurier, Salomon Kalou ou encore Max-Alain Gradel, l’homme à la chemise blanche avait construit une équipe suffisamment solide mentalement pour mettre fin à vingt-trois années d’attente en Coupe d’Afrique des Nations.

Comme avec la Zambie en 2012, son sacre s’était joué aux tirs au but. Face au Ghana, les Éléphants avaient résisté jusqu’au bout d’une séance interminable remportée 9-8. Plus qu’un triomphe tactique, ce succès avait consacré la capacité de Renard à convaincre un groupe qu’il pouvait enfin dépasser ses frustrations.

Le charisme et son aptitude de l’homme à la chemise blanche pour créer une dynamique émotionnelle avaient alors parfaitement matché avec les besoins d’une sélection souvent brillante, mais régulièrement bloquée au moment décisif.

Hervé Renard avec la Côte d'Ivoire en 2015
Hervé Renard avec la Côte d’Ivoire en 2015. Crédits photo : MB Media / Icon Sport

Une équipe déjà reconstruite par Faé

Le contexte de son retour est pourtant très différent. Renard ne prend pas les commandes d’une sélection en crise ou d’un groupe en manque de repères.

Emerse Faé lui laisse une équipe en très bon état. Après avoir remporté la CAN à domicile, le jeune technicien a également permis à la Côte d’Ivoire de franchir la phase de groupes d’une Coupe du monde pour la première fois de son histoire.

Les Éléphants ont ensuite été éliminés de justesse par la Norvège en seizièmes de finale, après avoir notamment battu l’Équateur et Curaçao. Quelques semaines plus tôt, ils avaient également dominé la France en amical.

Tout n’était pas parfait. Certains choix de Faé ont été discutés, le jeu a parfois manqué de tranchant et la sélection n’a pas toujours donné l’impression d’exploiter pleinement son potentiel. Mais Renard hérite d’un groupe structuré, ambitieux et déjà compétitif.

Sa mission ne sera donc pas de réparer. Elle consistera plutôt à faire franchir un nouveau cap à une génération dont les limites semblent encore très éloignées.

Un potentiel offensif exceptionnel à disposition de Renard

Avec une moyenne d’âge d’à peine plus de 25 ans au Mondial, la Côte d’Ivoire disposait de l’effectif le plus jeune de la compétition. Seuls quatre joueurs avaient atteint la trentaine.

Yan Diomandé symbolise cette nouvelle vague. À seulement 19 ans, l’ailier sur le point de devenir le joueur africain de l’histoire en signant au Real Madrid a confirmé pendant la Coupe du monde qu’il appartenait à la catégorie des phénomènes capables de faire basculer une rencontre à eux seuls.

Pour un entraîneur comme Renard, capable de libérer les joueurs offensifs à travers un cadre simple et une forte confiance collective, le matériel est particulièrement séduisant.

Renard retrouvera d’ailleurs Franck Kessié, qu’il avait lancé en sélection, en 2014, sans toutefois l’embarquer à la CAN 2015.

Yan Diomandé, Côte d'Ivoire
Yan Diomandé célèbre la victoire de la Côte d’Ivoire. Crédits photo : ANP / Icon Sport

Le charisme qui manquait aux Éléphants ?

La défaite sur le fil face à la Norvège a donné l’impression qu’il manquait encore quelque chose à cette équipe : une forme de dureté mentale, cette conviction profonde qu’un match à élimination directe peut être renversé jusqu’à la dernière seconde.

C’est précisément dans ce domaine que Renard possède encore une immense crédibilité.

Son aura en Afrique reste intacte. Ses titres avec la Zambie et la Côte d’Ivoire, mais aussi la qualification du Maroc pour le Mondial 2018, lui ont offert un statut particulier sur le continent.

Là où Faé apparaissait parfois plus réservé, le Savoyard apporte une communication directe, une forte présence médiatique et une capacité reconnue à souder un vestiaire autour d’un objectif.

Sa personnalité pourrait donc convenir à un groupe très jeune, appelé à gérer rapidement des attentes considérables.

Mais un retour n’est jamais sans danger

Le principal doute vient justement de ce passé glorieux.

Un entraîneur qui revient dans un environnement où il a connu un immense succès est forcément comparé à sa première version. Or, le football de 2026 a évolué par rapport à 2015, en Afrique peut-être plus qu’ailleurs.

Les joueurs, les attentes, le rapport aux médias et les exigences tactiques ont changé. La nouvelle génération ivoirienne ne connaît Renard qu’à travers son palmarès et son image. Elle devra désormais adhérer à ses méthodes.

Le Français lui-même a déjà constaté qu’un retour pouvait se transformer en désillusion. Après un premier passage réussi en Arabie saoudite, marqué par la victoire contre l’Argentine au Mondial 2022, il était revenu à la tête des Faucons verts en 2024. Cette seconde aventure n’a jamais retrouvé la même dynamique et s’est achevée par un licenciement deux mois avant la Coupe du monde 2026.

En Tunisie, le pompier de service Renard n’a pas réussi éteindre le brasier du nid des Aigles en pleine Coupe du monde. Il faut toutefois rappeler qu’il avait accepté une mission à haut risque dans un contexte profondément dégradé, où les problèmes dépassaient largement la seule question du sélectionneur.

Hervé Renard , Tunisie
© KOEN VAN WEEL / ANP – Photo by Icon Sport

Un entraîneur plus expérimenté, mais encore adapté ?

À 57 ans, Hervé Renard n’est plus le jeune technicien affamé qui cherchait à se faire un nom en Afrique. Il a dirigé le Maroc, l’Arabie saoudite, l’équipe de France féminine et Lille, avec des fortunes diverses.

Il a donc pris de l’expérience, mais aussi accumulé quelques échecs. La question est de savoir si son approche, très fondée sur le leadership, l’intensité et la psychologie, reste suffisamment moderne pour exploiter un effectif technique, polyvalent… et aussi jeune.

Son passage au Maroc avait démontré qu’il pouvait gérer les fortes personnalités, notamment lors de la réconciliation avec Hakim Ziyech. Il avait également ramené les Lions de l’Atlas en Coupe du monde après vingt ans d’absence. Mais l’élimination contre le Bénin à la CAN 2019 avait révélé certaines limites face à un bloc fermé et avait précipité son départ.

Avec la Côte d’Ivoire actuelle, il devra proposer davantage qu’un supplément d’âme. Il faudra organiser la concurrence, construire des automatismes et faire progresser une équipe qui a déjà beaucoup avancé sous Faé.

Renard-Côte d’Ivoire : un choix logique, mais pas sans risque

Renard aurait privilégié le projet ivoirien alors que le Sénégal et l’Algérie s’intéressaient également à son profil. Ce choix traduit sans doute la force du lien qui l’unit encore aux Éléphants.

Son premier match aura lieu lors de la fenêtre internationale comprise entre le 21 septembre et le 6 octobre, à l’occasion du lancement des éliminatoires de la CAN 2027. Sa première liste sera forcément observée de près.

Onze ans après, Hervé Renard reste-t-il le fit parfait ? Il possède l’expérience, l’aura, et la connaissance du pays nécessaires. Il hérite surtout d’une génération qui semble construite pour gagner.

Mais son succès dépendra de sa capacité à ne pas chercher à reproduire 2015. Cette Côte d’Ivoire n’a pas besoin de revivre son passé. Elle a besoin d’un sélectionneur capable de comprendre son présent et d’accompagner son prometteur avenir.

Côte d’Ivoire : 11 ans après, Hervé Renard est-il encore le fit parfait pour les Éléphants ?

Louis Mukoma Fargues