Maroc : qui est Yusi, la pépite du Real présent lundi en tribunes ?

Youssef Enriquez Lekhedim, dit “Yusi”, possède la double nationalité espagnole et marocaine. À 17 ans, le jeune joueur du Real Madrid a sans doute encore du temps avant de choisir le pays qu'il souhaite représenter avec les A, si l'occasion se présente un jour. Toujours est-il qu'il était présent lundi à Rabat pour assister à la rencontre des Lions de l'Atlas face au Cap-Vert. Si le match, ponctué par un triste 0 à 0, n'a pas franchement dû l'enthousiasmer, sa simple présence permet de penser qu'il est attaché au pays de sa mère (son père est espagnol), même s'il évolue actuellement dans les rangs de la Roja U17. En attendant, on a décidé de vous dresser son portrait.

Yusi est arrière gauche. Né à Madrid le 7 octobre 2005, il n'est pas encore majeur mais suscite déjà de nombreux espoirs chez les suiveurs du football marocain, en particulier ceux qui s'intéressent aux futures pépites potentielles des Lions de l'Atlas. Preuve en est : son compte Instagram, qui est garni de plus de 11 000 followers à l'heure où nous rédigeons ces lignes. Normal, vous direz nous, puisqu'il évolue dans les rangs d'un des plus prestigieux clubs au monde : le Real Madrid.

Encore trop tendre pour avoir sa chance en équipe A ou B, il parfait ses gammes, en attendant son heure, au sein de la “Fabrica”, c'est-à-dire l'académie du club Merengue. Il vient notamment de remporter le championnat national U18, suite à la victoire face au Real Betis (1-3), le 20 mai dernier. Cette saison, il a aussi disputé 6 rencontres d'UEFA Youth League, pour un but inscrit. L'aventure des jeunes joueurs de la Maison Blanche dans cette compétition, équivalent de la Ligue des champions chez les jeunes, a été stoppée nette par l'AZ Alkmaar (Pays-Bas), lors des quarts de finale le 15 mars dernier. Le futur vainqueur de cette édition 2022-2023 a infligé une véritable raclée aux Madrilènes (4-0). Mais qu'importe, Yusi en vivra d'autres, des matchs de coupe d'Europe. Du moins, c'est ce à quoi son talent le prédestine.

Un profil “à la Andy Robertson”

Passé par différentes écuries dans son enfance (San Fernando, Rayo Vallecano, Moratalaz et Getafe) avant d'atterrir au Real Madrid à l'été 2017, à 11 ans, “Youssef”, comme l'appelle les Merengue, est aujourd'hui considéré au sein de la Maison Blanche comme un latéral “à la Andy Robertson”. L'international écossais (62 sélections, 3 buts), joueur de Liverpool depuis 2017, est un arrière gauche dit “moderne” : c'est-à-dire porté vers l'avant, avec des qualités de vitesse, capable de déborder et donc particulièrement à l'aise dans les phases de jeu offensives. Yusi n'a évidemment pas atteint la même expérience ni le même niveau physique au vu de son jeune âge, mais il possède des caractéristiques assez semblables au Britannique, de 12 ans son aîné. Du haut de son mètre 80, il dépasse en tout cas déjà par la taille de deux petits centimètres le joueurs des Reds. Dépasser son palmarès (1 Ligue des champions et une place de finaliste, vainqueur de la Premier League, FA Cup…), ce n'est en revanche pas pour tout de suite. D'autre part, le Madrilène doit encore faire des progrès au niveau comportemental – il a tendance à récolter des cartons inutiles – et sur le plan de la discipline, en particulier lors des phases défensives. Il gagnerait également à diversifier encore davantage son répertoire de dribbles, afin de devenir moins prévisible dans certaines situations.

Jurisprudence Mastour

Évoluer au sein d'une écurie prestigieuse à 17 ans ne garantit en rien une grande carrière. De nombreux éléments peuvent venir interférer et gâcher une trajectoire qui paraissait toute tracée (le facteur chance, l'entourage, les mauvais choix…). C'est pour cela qu'il faut savoir rester mesuré quant au talent d'un jeune joueur, aussi important soit-il. Oui, le jeune Yusi a des qualités. D'immenses qualités même. Oui, il est sans doute sur la bonne voie en étant formé au sein de la Maison Blanche. Mais encore une fois, on parle d'un gamin de 17 ans, qui a encore tout à prouver.

Rappelez-vous d'Hachim Mastour, considéré en son temps comme le futur des Lions de l'Atlas. Même s'il n'évolue pas au même poste, lui aussi en avait du talent à revendre, le bougre. Et même s'il n'a aujourd'hui que 25 ans, l'éphémère international marocain (1 cape en 2015, à l'âge de 16 ans) n'a jamais percé au Milan AC, qu'il avait rejoint à 14 ans, époque à laquelle il émerveillait le monde entier grâce à ses “skills” sur YouTube. Il a évolué successivement en Espagne (Málaga CF), aux Pays-Bas (EC Zwolle), en Grèce (PAS Lamía) puis de nouveau en Italie, du côté de la Reggina et au sein du club de Carpi, dans le modeste championnat de Série C (3ème division italienne). Au total ? Un bilan famélique de 35 matchs pour 1 but. Après un an sans club, il tente de rebondir depuis l'été dernier du côté de la Renaissance Zemamra, en deuxième division marocaine. Bien loin des sommets auxquels il était promis… Preuve en est que la médiatisation outrancière dès l'adolescence, couplée à un entourage malsain et des choix douteux, peut s'avérer fatale. On souhaite un parcours plus vertueux au jeune Yusi.

Maroc : qui est Yusi, la pépite du Real présent lundi en tribunes ?
Anthony Olivier

Explorateur et gratte-plume du football africain, j'aime brosser le portrait des nouvelles pépites du continent.