Grand absent du match qui a opposé le Gabon à la Côte d’Ivoire, Didier Ibrahim Ndong a suscité bon nombres d’interrogations chez les supporters des Panthères. Officiellement justifiée en raison d’une fatigue après la fin de saison à Lorient, l’absence du milieu de terrain cache en réalité un refus de se plier à certaines pratiques beaucoup moins avouables qui ont lieu au sein de la sélection nationale.


Les images n’auront échappé à personne. Le 2 juin dernier, la Fédération gabonaise officialisait le choix de Mario Lemina de défendre les couleurs des Panthères, photos officielles à l’appui en présence du président de la république, Ali Bongo. Présenté en grandes pompes, le joueur de l’Olympique de Marseille a eu droit aux honneurs réservés à certaines personnalités politiques. Une arrivée concrétisée après de longs mois de négociations pour le convaincre de faire le choix de jouer pour le Gabon.

Annoncé au moment de la CAN 2015, le Phocéen avait décliné l’invitation pour attendre la fin de saison. Approché depuis des mois directement par la présidence la république, il a finalement dit oui aux Panthères. Mais à quel prix ? D’après nos informations, cet accord ne s’est pas fait sans contreparties financières, la somme de 300 millions de francs CFA (environ 458 000 euros) ayant été révélée par plusieurs de nos sources au cours de notre enquête, dont une au sein de la délégation, pour faire venir le joueur. « Montant versé directement par la présidence en plus de garanties sportives lorsque son changement de nationalité sera validé par la FIFA et d’avantages en nature pour sa famille« , nous indique Pierre B*.

Primes négociées, matches choisis, place assurée

Un cas qui serait loin d’être isolé au sein de la sélection, les frères Aubameyang ou encore Frédéric Bulot ayant été convaincus de rejoindre l’équipe nationale moyennant ce même procédé, alors que « des Johann Obiang ou Lloyd Palun son arrivés sans monnayer quoi que ce soit« , précise un journaliste local sous couvert d’anonymat. Les accords prévoient un traitement différent au niveau des primes, qui sont supérieures à celles perçues par les joueurs locaux, mais aussi certains qui évoluent pourtant à l’étranger.

« La présidence gère les primes depuis le CHAN 2014 en Afrique du Sud et l’éclatement d’une précédente affaire entre locaux et expatriés« , a-t-on appris auprès de notre observateur. « Mais depuis, elle a mis en place ce système de fonctionnement avec des primes différentes, à l’image d’un club où les joueurs n’auraient pas les mêmes salaires. Certains estiment qu’il ne peut y avoir de traitement de faveur« , au premier rang desquels Didier Ibrahim Ndong.

Ndong siffle la fin de la partie

Absent du match de dimanche contre la Côte d’Ivoire, officiellement en raison d’une « fatigue » après sa seconde partie de saison à Lorient, le milieu de terrain a surtout fait le choix de manifester son mécontentement et ainsi réclamer l’abolition des privilèges qui pèsent sur l’équipe depuis le retour de la CAN 2015, alors qu' »Ovono, Ecuele Manga, Aubameyang, Bulot ou Biyogho-Poko ont par exemple trois fois le montant des primes perçues par les locaux et ce directement de la présidence« , nous précise notre observateur au cœur de la sélection. Depuis l’annonce de sa défection, le Lorientais est ciblé par de nombreuses critiques, notamment de la part du sélectionneur et risque une suspension.

D’après nos informations, une partie de l’équipe était même en grève après le match amical de préparation (perdu 2-1 face au Niger), pour manifester son mécontentement face à des primes non-perçues. Le départ des Panthères a ainsi dû être décalé et au sein de l’équipe « il commence à y avoir un clivage entre ceux qui sont surnommés ‘les métisses’ et les Gabonais nés au Gabon. Le capitanat d’Aubame serait aussi remis en question… »

Autre point d’achoppement, les grâces accordées à certains joueurs de choisir les matches amicaux qu’ils vont disputer et ceux pour lesquels ils pourront rester au sein de leurs clubs, sans pour autant risquer des sanctions de la part d’une fédération muselée par la présidence, « preuve que la gestion de l’équipe A se fait directement depuis le Palais du Bord de mer, avec une quête folle des binationaux à n’importe quel prix. » Pour exemple, le Rennais Habib Habibou , pourtant d’origine centrafricaine, avait même un temps été approché.

Pendant ce temps, le championnat local se meurt

« Depuis l’arrivée de Jorge Costa comme sélectionneur, de moins en moins de locaux ont leur chance en sélection (ils étaient deux face à la Côte d’Ivoire, ndlr). Il y a une politique de ‘binationalisation’ au détriment des joueurs locaux« , déplore Pierre B*. « Le championnat s’affaiblit car les joueurs veulent tous partir à l’étranger pour espérer un jour intégrer la sélection et avoir droit aux mêmes avantages. Il n’y a qu’à regarder les résultats des clubs dans les compétitions continentales. »


 Subventions des clubs
Des informations recueillies, la subvention étatique pour le championnat cette saison est de l’ordre de 422 millions de francs CFA par mois (environ 644 000 euros) à raison de 30,2 millions (46 000 euros) pour chacun des 14 clubs de première division… à côté des 300 millions de francs CFA évoqués pour convaincre Lemina de rejoindre la sélection.

Car c’est l’envers du décor. Si la sélection nationale est mise en avant avec ses matches amicaux de prestige organisés à coups de millions face au Brésil ou au Portugal, le championnat local est lui en pleine déconfiture. Débuté tant bien que mal le 28 mars dernier après 10 mois de crise faute de versement des subventions promises aux clubs par l’Etat, un arrêt de l’exercice actuel couve à nouveau faute des financements. Censée débuter le 20 juin, la phase retour pourrait bien être différée.

« Comment dans ce cas peut-on dépenser de telles sommes pour un joueur, alors qu’au niveau local le championnat gabonais peine à se jouer car les clubs n’ont pas reçu la totalité de leurs subventions ?« , s’interroge notre confrère contacté. « Comment justifier qu’un président de la république se déplace en Belgique pour y rencontrer un joueur pendant 2 heures ? (Bulot, ndlr)« . Le résultat d’une politisation à outrance de la sélection. Au final, c’est le football gabonais dans son ensemble qui souffre de cette situation.

*Le nom a été modifié