Algérie : Ciani – “il a suffi d’un semi-alignement pour que Petkovic soit furieux” [Exclu]

Officiellement nommé sélectionneur de l’Algérie jeudi, Vladimir Petkovic est attendu dimanche à Alger. Avant son intronisation, Afrik-Foot.com est parti à la rencontre de l’ancien international français Michaël Ciani. L’ex-défenseur central a été entraîné par Petkovic pendant plus d’un an à la Lazio Rome entre 2012 et 2013. Méthodes, tactiques, langues parlées, l’ancien roc de Bordeaux nous a tout dit au sujet du technicien suisso-bosnien.

Entretien réalisé par Yoro Mangara,

Vous avez évolué sous les ordres de Vladimir Petkovic, que pouvez-vous nous dire sur lui ?

Je l'ai eu lors de ma première saison à la Lazio. C'est le coach qui m'a fait venir, c'est le coach qui m'a voulu. J'ai eu une très bonne relation avec lui. C'est un coach que j'ai pu recroiser aussi quand il est venu sur la France, quand il est venu à Bordeaux. J'ai fait une saison avec lui, on a fait un très bon championnat et on gagne surtout la Coupe d'Italie, mythique, face à l'AS Roma. Donc j'ai eu une belle saison. J'ai eu un entraîneur qui s'était adapté au football italien, qui faisait beaucoup et même énormément de tactique. Et donc j'avais vraiment l'impression d'avoir un Italien en tant qu'entraîneur.

Qu’en est-il de son mangement ?

Il a su s'adapter au football italien, aux grosses personnalités aussi, parce qu'il y avait des joueurs importants aussi à la Lazio. Derrière, il a pu coacher, après, la Suisse. Ça s’est un peu moins bien passé à Bordeaux, mais c'est aussi la culture et la mentalité, peut-être, qui ne collaient pas avec ce qu'il proposait. C'est du 50-50, ça peut-être une bonne chose pour l'Algérie, il va lui falloir du temps. Il faut que son projet soit compris par les joueurs, que les joueurs lui fassent confiance, qu'ils puissent mettre en action ce qu'il propose aux entraînements ou en tout cas que sa philosophie, sa vision du jeu soient prises en considération. C'est un coach qui aime beaucoup la tactique.

Il va falloir qu'il gère aussi quelque chose de très important pour l’Algérie, c'est à dire le renouveau. Il y a des jeunes joueurs qui doivent se faire une place, il y a des plus anciens qui doivent être encore présents pour pouvoir passer le relais et mettre de la discipline. Mais voilà, il y a une bonne alchimie entre ces deux aspects et c'est à lui, dans sa gestion, de mettre ça en place.

“Il comprend le français”

Les supporters algériens se posent beaucoup de questions sur sa langue parlée. Est ce qu'il parlait français avec vous ?

Un petit peu. Alors, il avait des notions en français. Je parlais beaucoup en italien, forcément. Son italien est très bon. Même quand je l'ai revu à Bordeaux, j'ai parlé très peu français avec lui, on parlait plus italien qu'autre chose. Il comprend le français, je pense qu'il le parle un peu mieux que quand je l'ai connu en Italie. Bon, ce n’est pas sa langue maternelle donc il se débrouille, mais il s'exprime mieux dans d'autres langues.

Quand vous voyez son échec à Bordeaux, l'échec de Jean-Louis Gasset en Côte d'Ivoire parce qu'il ne connaissait pas l'Afrique lui non plus… Est-ce que vous avez des craintes à ce niveau-là ?

C'est là la difficulté, c'est l'adaptation. Après, ce ne sera pas le premier coach qui vient sur une première sélection en Afrique, et ce n’est pas synonyme d'échec. C'est juste la capacité aux joueurs, à la délégation algérienne de lui faire confiance, de pouvoir mettre tout en œuvre pour qu'il puisse performer. Après oui, la méconnaissance du football africain, de l'ambiance, de tout ce qui est autour du football africain peut aussi être un frein pour lui. Donc il se lance dans une nouvelle aventure. On lui souhaite le meilleur déjà pour lui et aussi pour la sélection algérienne.

“C'est quelqu'un qui a du charisme. Il impose par sa présence”

Relationnellement, il est comment avec ses joueurs ?

Alors moi, de ce que j'ai connu de lui, ça fait des années, donc il y a peut-être eu de l'évolution aussi dans son management. Mais je l'ai connu un peu distant, il prend de la hauteur. C'est quelqu'un aussi qui a du charisme. Il est grand de taille, il est assez imposant, donc il impose par sa présence. Et souvent les coachs qui ont beaucoup de charisme comme ça, ils n’ont pas trop besoin de parler.

Michael Ciani, Lazio Rome
© Iconsport

Il faut aussi être assisté par un très bon coach adjoint. C'était le cas de Petkovic, de Laurent Blanc par exemple, qui avait Jean-Louis Gasset quand j'étais à Bordeaux. Ce sont des managers plus que des entraîneurs. Donc ils prennent du recul. Il connaît son sujet, il arrive à expliquer exactement ce qu'il désire. Je pense que c’est un coach qui peut faire de très bonnes choses. Mais après, est-ce qu'il aura le temps justement de mettre son projet en place ? Ça, c'est la grande question.

“C'est là où je vois cette rigueur”

Est-ce que vous avez une anecdote à nous raconter au sujet de Petkovic ?

Oui. Sa rigueur ! J'étais arrivé peut-être deux semaines avant, je joue mon premier match à domicile face au Genoa (0-1). Je fais un gros match, je me sens bien dans la partie, je gagne mes duels. Je suis présent, je suis très dur sur l'homme : je fais un très gros match et on prend un but à la dernière minute de Marco Borriello où le défenseur central Giuseppe Biava va au duel de la tête avec lui. Il perd son duel et, quand il court vers le but je ne sais pas, il est pris d'une crampe ou d'un claquage. Je reviens sur Borriello, mais je suis un peu court et Borriello marque. Moi je suis sûr d'avoir fait un bon match, tous les joueurs viennent m'encourager dans le vestiaire en me disant « c'est bien, c'est bien ».

On fait la vidéo le lendemain. Là, il me prend à partie, et c'est là où je vois cette rigueur, c'est un vrai enseignement en fait. Je l'ai mal pris sur le coup parce que ça m'a blessé, mais j'ai beaucoup appris par rapport à cette critique. Il a dit que la tactique c'était fondamental et que je n’étais pas assez en couverture. Et c'est le fait que je ne sois pas assez en couverture – même si Biava s'est blessé, et qu’il aurait pu rattraper. J'aurais pu éviter ce but si j'étais mieux placé. Et c'est ce petit détail qui fait comprendre que la rigueur, c'est indispensable dans le football. On ne peut pas se permettre de perdre 5 secondes de concentration, on peut faire le meilleur match de sa saison, il suffit d’une erreur de placement, surtout en tant que défenseur, pour être, je ne dirais pas fautif parce qu'on est onze sur le terrain, mais pris à partie par le coach. Il faut être présent et être concentré pendant tout le match. Il a suffi d’un semi-alignement pour que Petkovic soit furieux !

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Yoro Mangara