De retour à Marseille pour y disputer avec Chelsea le dernier match de poule de Ligue des Champions, Didier Drogba n’a rien pu faire pour empêcher l’OM de l’emporter (1-0) dans une rencontre sans enjeu. S’il n’a eu aucune influence dans le jeu, l’Ivoirien aura en revanche eu la grande confirmation que le Stade-Vélodrome ne l’avait pas oublié. Récit.


(de notre correspondant à Marseille)

Didier Drogba se savait attendu. Un peu trop peut-être. Tiraillé, d’un côté, entre son bonheur personnel et, de l’autre, son malheur collectif, l’attaquant ivoirien a raté son retour au Stade-Vélodrome. Du moins sur le terrain. Emprunté, encore à cours de forme, « DD » n’a pas pesé sur la rencontre, perdue par Chelsea (1-0). Avec seulement deux tirs, dont un seul cadré, il est également le joueur de son équipe qui a touché le moins de ballon. « C’est difficile pour moi physiquement actuellement, a-t-il reconnu après la rencontre dans les coursives du stade. Je sors de maladie, j’ai été atteint pendant un mois de paludisme. Là, je commence à retrouver doucement les sensations, cela ira mieux dans quelques semaines, mais je ne suis pas encore à 100%. »

En revanche, côté tribunes et émotion, Drogba a largement été l’homme du match. Déjà, aux abords du stade, certains supporters avaient ressorti leur maillot version 2003-2004, floqué du nom de l’idole. Mais la première décharge d’adrénaline a eu lieu une demi-heure avant le coup d’envoi, au moment de l’échauffement. Devant une nuée de photographes et un crépitement continu de flashes, il a été le premier joueur de Chelsea à fouler la pelouse. Ses partenaires ne lui ont pas immédiatement emboîté le pas, le laissant se délecter seul de l’ovation attendue : tribunes debout, applaudissements nourris, chant à sa gloire… Drogba a effectué ses premières foulées d’échauffement en multipliant les baisers et les gestes amicaux envers chacune des tribunes. « C’était énorme, magnifique, j’étais très touché, c’est difficile à exprimer. Je savais que ça allait bien se passer, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi fort », s’est-il encore émerveillé après coup.

« Cette émotion m’a un peu freiné et m’a perturbé dans mon jeu »

Et tandis que les écrans géants diffusaient en boucle les plus beaux buts de l’OM en Ligue des Champions, le public applaudissait à chaque fois que celui de Drogba contre Porto en 2003 repassait. La fin de l’échauffement et le retour aux vestiaires était une copie conforme de son arrivée : toute en démesure. En célébrant de la sorte l’avant-centre des Eléphants, le public marseillais a certainement pris une double dose de plaisir : saluer comme il se doit un joueur qui aura certainement laissé la trace la plus forte à l’OM sur une seule saison, et en même temps lui faire perdre ses moyens pour lui éviter de marquer.

Mission doublement accomplie. Car Drogba a vécu un trop plein d’émotion : « C’était fort. Je me sens un peu privilégié, car très peu de joueurs vont connaître ça dans leur carrière. Mais disons que cette émotion m’a un peu freiné et m’a perturbé dans mon jeu. C’était dur de se concentrer. » Un sentiment partagé par son entraîneur, Carlo Ancelotti : « Il a essayé de faire ce qu’il a pu, mais ce n’est pas une bonne performance pour lui, peut-être pour une raison émotionnelle », a estimé le technicien italien, qui l’a remplacé peu après l’heure de jeu par Daniel Sturridge. Là aussi, un autre moment fort pour l’ex-Guingampais de 32 ans, qui a joué la montre… Acclamé par un stade tout entier reprenant le célèbre « Didier Drogba la la la la la… », il a pris son temps pour quitter la pelouse avant de rejoindre le banc de touche des Blues, juste devant la d’habitude très sage tribune Jean-Bouin, en fusion pour l’occasion.

Chaussures et survêtement lancés aux supporters

Au coup de sifflet final, malgré la défaite, il est allé saluer son public. Lequel ? Les deux à la fois. D’abord les quelque 1000 supporters de Chelsea, puis l’autre, le marseillais, celui qui l’a adulé pendant une saison et qui rêve de son retour à chaque intersaison depuis six ans… Avant de s’engouffrer dans le tunnel qui mène aux vestiaires, « DD » fera don de ses chaussures et de son haut de survêtement au virage Nord. Une relique inestimable pour les chanceux qui ont pu s’en saisir. Une fois douché et prêt à repartir, Drogba s’est ensuite longuement arrêté devant les médias. Pour répondre évidemment aux questions, mais aussi pour y signer quelques autographes… Télé, radio, presse écrite, il s’est acquitté de la tâche avec professionnalisme. Un exercice habituellement perçu comme une corvée pour les joueurs. Mais qui, pour lui, sonnait la fin de son frissonnant périple marseillais et qu’il fallait prolonger le plus longtemps possible.

Car désormais, Drogba va devoir vite redevenir « Drogbadaboum » s’il veut enrayer le déclin de Chelsea, qui hormis le court succès en Ligue des Champions contre Zilina le 23 novembre dernier, n’a plus gagné depuis près d’un mois, enchaînant trois défaites et deux nuls. Un club qu’il avait rejoint à contre cœur mais où maintenant, « à part revirement de situation », il finira sa carrière. A Marseille, tous espèrent encore ce revirement…