Au lendemain de leur non qualification à l’Euro 2008, les Anglais se demandent si la présence de nombreux étrangers dans leur championnat empêche l’éclosion de talents nationaux. L’ancien Galactique du real Madrid, David Beckham, rejette l’idée, même s’il estime que la Fédération anglaise a beaucoup à faire en matière de formation.


Samedi prochain, aucun des onze joueurs qu’Arsenal va aligner en championnat, pour tenter de garder la tête de la Premier League, ne devrait être de nationalité anglaise. Après la défaite de l’Angleterre face à la Croatie, mercredi, synonyme pour elle de non qualification à l’Euro 2008, la presse se demande si la médiocrité du jeu offert par leur sélection est due à la forte présence de joueurs étrangers dans les grands clubs du pays, repoussant les nationaux sur le banc.

D’après le quotidien The Independant, les clubs anglais disposeraient en moyenne de 17 joueurs étrangers dans leurs effectifs, quand ce chiffre chute à dix en Italie, en Espagne ou en France. Arsenal, le club londonien de l’entraîneur français Arsène Wenger, est particulièrement visé par les critiques qui se lèvent contre le fonctionnement du championnat qui génère le plus d’argent au monde et dont deux équipes ont participé aux trois dernières finales de la Ligue des Champions. La question de la concurrence étrangère se pose même pour les entraîneurs, alors que la Fédération anglaise ne parvient pas à trouver de technicien anglais assez qualifié pour remplacer Steve McLaren à la tête de la sélection anglaise.

« Les étrangers ont haussé la qualité du jeu »

David Beckham, qui a évolué au sein du Real Madrid des Galactiques, la plus belle brochette de stars jamais réunie dans un club, à l’époque où les Espagnols se demandaient eux-mêmes si leurs meilleures équipes étaient assez espagnoles, a son avis sur la question : « Je pense que c’est juste une excuse. Pour moi, les étrangers qui viennent en Premier League et dans notre pays ont haussé la qualité du jeu », explique-t-il au quotidien Daily Telegraph. Quant aux « coachs étrangers, comme Arsène Wenger, Mourinho (Jose, ex-Chelsea), Rafa (Rafaël, Liverpool FC) Benitez, [ils] sont venus et ont rendu notre jeu plus intéressant, ils ont emmené de grands joueurs avec eux et haussé le profil du jeu », explique Beckam, qui est entré en jeu mercredi soir et se souvient sans doute sans regret de l’époque presque révolue du kick & rush (shoot et court, un jeu stéréotypé fait de longs dégagements et de jeu de tête).

Le chroniqueur sportif du quotidien The Independant explique pour
sa part que la forte présence de joueurs étrangers peut être « un facteur, mais [qu’] il est loin d’être le seul, ni même le plus important ». Comme Beckham, qui évolue aujourd’hui aux Etats-Unis, Glenn Moore rappelle que le championnat anglais comportait 90% de joueurs nationaux quand l’Angleterre a laissé échapper sa qualification pour les Coupes du Monde 1974 et 1978 et pour l’Euro 1976. De plus, ajoute-t-il, « malgré l’afflux d’étrangers, le réservoir des joueurs anglais de haut niveau n’a pas diminué. La plupart des footballeurs qui en ont été chassés sont Ecossais, Gallois et Irlandais ».

Ce qui n’empêche pas la Fédération anglaise d’avoir un gros travail à effectuer en matière de formation. Georges Prost, qui s’occupe de ce domaine à l’Olympique lyonnais, après avoir passé 5 ans à Southampton (première division anglaise), estimait en septembre dernier dans un journal régional qu’« au plan de la formation, les Anglais ont trente ans de retard ». Un problème qui aurait pour origine l’opposition entre la Fédération et les riches clubs anglais. Ces derniers seraient réticents à l’idée de laisser la Fédération s’intéresser de trop près à la formation et prendre ainsi une place trop importante dans leurs affaires. Dans ces conditions, et à voir ce qu’apporte un Didier Drogba, l’Ivoirien de Chelsea, ou le Brésilien Blumer Elano à Manchester United, en matière de jeu et de merchandising, on imagine mal comment les clubs pourraient tenter – et sûrement échouer – de limiter la délivrance de permis de travail aux footballeurs non communautaires.