Gambie : Tom Saintfiet – “ce serait un honneur d’entraîner le Sénégal” [Exclu]

Dans la deuxième partie de l'entretien exclusif qu'il a accordé à Afrik-Foot.com, le sélectionneur de la Gambie, Tom Saintfiet, s'est exprimé sur sa méthode et le groupe qu'il va emmener à la CAN 2023. Ce globe-trotter, qui a entraîné une trentaine de clubs et sélections à travers le monde, a aussi confié qu'il espère un joueur conduire une des grandes équipes africaines au titre de champion du monde.

Entretien réalisé par Yoro Mangara,

Quel est le secret de Tom Saintfiet ?

C’est difficile à dire. Même moi j’ai du mal à le savoir. Je suis entraîneur en Afrique parce que j’aime l’Afrique. J’ai commencé comme jeune entraîneur principal à l’âge de 24 ans en Belgique et j’ai toujours dit que je veux être sélectionneur en Afrique. Il y a des Européens qui viennent en Afrique parce qu’ils n’ont pas de travail en Europe ou alors qu’ils n’ont pas le niveau pour travailler en Europe. À mon niveau, j’ai toutes les licences, j’ai travaillé avant en D1 aux Pays-Bas, en Finlande. C’est juste que j’aime l’Afrique et j’aimerais vraiment réussir en Afrique. Le continent me passionne. Un de mes modèles, c’est Philippe Troussier. Il a travaillé en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Nigeria. C’est un exemple pour les jeunes entraîneurs.

Travailler en Afrique est un rêve pour moi, c’est une ambition. Je vis en Afrique, je connais l’Afrique, je suis marié à une femme africaine et nous avons une petite fille de 7 ans. Je suis plus africain que peut-être beaucoup d’Africains (rires). Je connais aussi le monde du football, je connais parfaitement la mentalité des joueurs et naturellement, je ne suis plus le même entraîneur qu’il y a 5 ou 10 ans. J’ai aussi évolué comme entraîneur, avec plus d’expérience, je suis meilleur qu’avant. Ce n’est pas seulement moi, je suis un team leader mais aussi un team player. J’aime travailler avec mon staff mais aussi avec toutes les personnes impliquées. Ensemble, on peut créer une équipe forte et c’est peut-être ma principale qualité. Je ne suis pas un dictateur, j’aime vraiment travailler avec mon équipe pour gagner ensemble.

“Sénégal, Nigeria, Ghana, Cameroun, Algérie peuvent être champions du monde”

Quelle serait la prochaine étape pour vous après la Gambie ? Pouvez-vous viser le Sénégal ?

Pour le moment j’ai toujours un contrat en Gambie, je suis très heureux ici. Je travaille avec une fédération fantastique. Tout le comité exécutif me soutient, avec un excellent manager général, Ousmane Dramé, de bons joueurs, un bon staff. L’ambition n’est pas de quitter la Gambie. Mais en tant qu’entraîneur, naturellement j’ai beaucoup d’ambitions. Ma plus grande ambition c’est d’aller en Coupe du monde. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de travailler en Afrique. Au fond de moi, je pense que les grands pays du continent, je pense au Sénégal, au Nigeria, au Ghana, au Cameroun, à l’Algérie, ils peuvent être champions du monde. Vu les qualités de ces grands pays, tous leurs joueurs jouent au très haut niveau en Europe. Avec un bon entraîneur, une bonne stratégie et une bonne préparation, on peut battre l’Argentine, la France, remporter la CAN.

C’est mon grand rêve de travailler dans le futur avec un des grands pays d’Afrique, et pourquoi pas le Sénégal. Ils ont presque la même mentalité que les Gambiens. C’est juste un rêve, pour le moment le Sénégal a un très bon entraîneur. Aliou Cissé est l’un des meilleurs entraîneurs de l’histoire du football africain. Il est là, il travaille dur. Je suis très content en Gambie. Quand le moment de quitter la Gambie arrivera, et que le Sénégal cherchera un entraîneur, ce serait un honneur d’entraîner le Sénégal.

“Difficile d’avoir de nouveaux joueurs sans matchs amicaux”

À moins d’un mois de la CAN, peut-on s’attendre à voir de nouvelles têtes dans cette sélection gambienne ?

Peut-être oui mais ça risque d’être un peu compliqué parce qu’en octobre on n’a pas eu de matchs amicaux. On a de beaux talents. L’équipe des moins de 20 ans a réalisé de belles performances. Lors du premier match de qualifications à la Coupe du monde, j’ai sélectionné Mahmudu Bajo. On a Adama Bojang du Stade de Reims. Il n’a malheureusement pas encore disputé son premier match. C’est un peu le problème. Sans des matchs amicaux, c’est très difficile d’avoir de nouveaux joueurs. On peut avoir de nouveaux noms dans la présélection mais je ne m’attends pas à de grands changements dans la sélection.

J’espère qu’en mars, après la CAN, on aura l’occasion de disputer des matchs amicaux. Ça sera l’idéal pour tester de nouveaux joueurs parce qu’il y a des talents mais on ne peut pas prendre un risque pour un tel tournoi. Nous avons besoin de stabilité et de joueurs d’expérience. Dans la présélection qu’on a faite et qui a été envoyée à la CAF, il y a de nouveaux joueurs, quelques-uns qui joué chez les moins de 20 ans et qui sont maintenant en Europe. Mais à la CAN, je ne suis pas sûr qu’on en aura.

Où en êtes-vous avec Lamine Jarju, meilleur joueur du championnat du Sénégal en 2022 et qui est aujourd’hui à Grenoble en Ligue 2 française ?

On suit tous les joueurs et même certains évoluant au Sénégal. Auparavant, nous avions sélectionné quelques joueurs de la Ligue 1 sénégalaise. On a Adama Jammeh du Casa Sports, Faye Njie et d’autres joueurs. Le problème c’est qu’on a maintenant plus de 150 joueurs évoluant en Europe et c’est très difficile de sélectionner un joueur qui joue au Sénégal parce qu’on est limité au nombre de joueurs à sélectionner et nous n’avons pas de matchs amicaux. J’ai besoin de matchs amicaux pour inviter des joueurs comme Lamine Jarju. C’est l’occasion de le voir parce qu’il a le potentiel, tu peux lui donner du temps de jeu. Quand tu as un budget que pour des matchs de qualification et pour seulement 23 joueurs, c’est très difficile de prendre certains « risques ». On n’a pas le temps nécessaire de tester de nouveaux joueurs dans ces matchs. J’espère qu’en mars on aura deux matchs amicaux parce que lui, c’est vraiment un des joueurs que j’aimerais inviter.

Vous aviez révélé en octobre que certains avaient réclamé une place dans le 11 pour venir en sélection. Avez-vous pu, entre-temps, arrondir les angles avec ces joueurs-là ?

Je suis toujours en contact avec tous les joueurs. J’ai une liste de plus de 100 joueurs. J’échange avec eux sur WhatsApp. Lorsqu’un joueur marque, je lui écris toujours un message. Pas seulement les joueurs qui sont déjà sélectionnés mais aussi ceux qui n’ont jusqu’ici jamais été sélectionnés. Dans le monde du football, on sait que la mentalité des joueurs peut évoluer. Comme sélectionneur, je confirme que je ne peux pas garantir de place dans le 11 pour qui que ce soit. Chaque joueur doit se battre pour gagner sa place de titulaire. Tous les joueurs doivent se battre en club et en équipe nationale. Jamais je ne promets une place de titulaire à un joueur. Naturellement, il y a des joueurs avec beaucoup d’expérience qui ont presque la garantie de jouer parce qu’ils ont une trentaine de sélections, ils sont en forme. Je suis en contact avec les joueurs, je ne fais pas de concessions mais si un joueur est prêt à se battre pour l’équipe nationale il est le bienvenu.

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Yoro Mangara