Agent de footballeur, un métier qui fait rêver… ou pas

Agent de footballeur, une profession incontournable dans le paysage footballistique. Adulé mais aussi décrié, ce métier divise. Pour le grand public, agent rime avec argent. Mais la réalité est tout autre. Entre escrocs, débutants et agents de star, un véritable fossé se creuse. Afrik-foot a fait un point sur ce métier tant controversé.


D’un côté il y a les sportifs, de l’autre le club et, entre les deux, les agents de joueurs. Jouer les intermédiaires, voyager à travers le monde à la recherche de jeunes talents, courtisés les stars et les hommes de pouvoir… À première vue, la profession d’agent de footballeurs attire. Ils sont nombreux, tombés dans la marmite du sport ou passionnés par le football à vouloir exercer le métier. À l’instar de Walid Agonhossou, un Bénino-Gabonais, qui en rêve depuis l’âge de 12 ans : “Le football depuis la Coupe du monde 98 a prit une place considérable dans ma vie. J’ai joué au foot pendant plusieurs années sans jamais percer, contrairement à certains de mes amis qui sont pro aujourd’hui. Ça m’a motivé pour continuer dans cette voie. À 15 ans, j’étais déterminé à devenir agent de joueur”, a confié le jeune homme de 24 ans à Afrik-foot.

Une détermination sans faille qui l’a amené à intégrer l’École des agents de joueurs de football (E.A.J.F) à Paris. “Avant, il n’y avait pas de structure adapté à cette formation. Quand j’ai su qu’une école ouvrait à Paris, je me suis tout de suite renseigné. Ça m’a plu et je me suis inscrit.” Un choix que ne semble pas regretter Walid qui avait déjà testé une formation sur 120 heures. “Ça ne suffisait pas pour obtenir la licence. Au moins, à l’école, on nous propose 520 heures avec des professeurs qui nous suivent tout au long de la formation. On a beaucoup de leçons de droit mais aussi d’éthique. C’est important car il y a beaucoup d’agents peu scrupuleux.”

“L’Afrique est un marché important”

Un discours certes un peu naïf mais bel et bien réel. C’est ce que nous explique Hugo Zeitoun, directeur de l’E.A.J.F : “Il y a beaucoup de personnes qui s’improvisent agents de footballeurs. Surtout en Afrique. Aucun justificatif ne leur ait demandé. Ils ne connaissent rien au droit du contrat. Ce sont des clowns qui malheureusement exploitent les jeunes joueurs africains.” Ce fléau n’est pas une exception dans le monde du football, c’est presque monnaie courante. On a d’ailleurs eu l’exemple ces derniers jours, avec Rigoberte Mbah, joueuse camerounaise d’Hénin-Beaumont menacée d’expulsion et exploitée pendant plus de trois ans par son club. Aussi, pour lutter contre ce problème, Hugo Zeitoun projette d’ouvrir des centres de formations d’agents de footballeurs en Afrique pour des raisons pratiques, explique t-il : “Il y a beaucoup de demande venant d'Afrique mais on ne peut pas y répondre, puisque pour passer l'examen de la FFF il faut justifier de deux ans de résidence en France. L'Afrique est un marché important. Ces centres permettront de structurer le secteur.” Mais aussi morales : “Le foot africain souffre vraiment de l’esclavage des joueurs. J’en ai connu qui se sont retrouvés SDF en Europe à la suite de fausses promesses.”

Un livre sur le sujet est d’ailleurs parut en 2010, “Négriers du foot” de Maryse Ewanjé-Épée, ancienne recordwoman de saut en hauteur français. Elle y évoque le scandale Edel Apoula, gardien de but arménien d’origine camerounaise du PSG, victime du chantage d’un entraîneur. Mais aussi de ceux dont le conte de fée s’est brisé une fois arrivé en Europe. Trafic d’identités, chantage, ruines familiales, disparitions… tout y est. Le livre explore l’une des zones les plus obscures du sport roi : la traite des jeunes footballeurs africains.

Du rêve à la réalité

“Le métier d’agent est né tout seul dans les années 70, expliquait Delphine Verheyden, avocate en droit du sport, lors d’un séminaire en 2005. Des joueurs se sont sentis seuls pour négocier leurs contrats, ils ont eu besoin de se sentir épaulés. Les premiers agents, anciens sportifs ou attachés de presse, possédaient une vague formation juridique et donnaient conseil, pour rendre service aux copains. Puis ils se sont aperçus que ce conseil pouvait avoir un prix. Lorsque les fédérations sportives ont voulu réglementer l’activité, une deuxième génération d’agents a émergé : celle qui détient la licence indispensable pour exercer. Ce qui n’est pas sans créer un affrontement entre les deux écoles.” En effet, depuis la loi du 6 juillet 2000, le rôle de l’agent est en effet réglementé par l’obtention d’une licence. Mais ils sont nombreux à passer à travers les mailles du filet…

C’est le cas de cet agent togolais, qui exerce le métier depuis plus de dix ans déjà et qui n’a jamais passé le diplôme : “Ce n'est pas tous les jours facile. Je n’ai pas de salaire fixe. Je touche seulement des commissions sur les transferts des joueurs et ça peut grimper jusqu’à 25 000 €. Mais parfois je ne touche rien pendant plusieurs mois et les fins de mois sont difficiles.” En effet, bien que le métier fasse un tabac auprès des passionnés de football ou même dans les grandes écoles de commerce, la réalité est bien différente. Sur les 300 agents de joueurs reconnus en France, seuls une minorité d’entre eux s’en sortent très bien. Les autres rament.

Pour Meissa N'Diaye, agent de l'international ivoirien Souleymana Bamba (Leicester City) entre autres, “la licence est la condition sine qua non pour agir légalement et légitimement.” Celle-ci s’obtient en réussissant un examen organisé par les différentes fédérations sportives. Les épreuves consistent en un tronc commun axé sur des matières juridiques (droit fiscal, social, des sociétés) et un exercice spécifique sous forme de questions relatives aux règlements fédéraux nationaux et internationaux de football. “C’est vrai que cet examen n’est pas à la portée de tout le monde. Il faut beaucoup travailler mais avec de la persévérance on n’y parvient”, a expliqué le Sénégalo-Tunisien à Afrik-Foot. Meissa N'Diaye est par ailleurs le plus jeune agent d’Europe à avoir obtenu la licence, à l'âge de 22 ans.

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Solange Droual