Ali Boumnijel, un recordman de longévité à son poste, aura été un homme fidèle (neuf ans à Gueugnon, six à Bastia et trois au Club Africain). Révélé sur le tard, le gardien de but tunisien qui a vécu une trajectoire atypique est le prototype de l’homme patient, aussi précieux sur le terrain que sur le banc.


D’une certaine manière, Ali Boumnijel est un danseur. Pas un danseur devant les cages, à la façon d’un Bruce Grobbelaar mais plutôt un danseur de valse à contretemps. Car si le le natif de Menzel Jemil, né un 13 avril 1966, avait dû adopter une devise, « Mieux vaut tard que jamais » aurait sans doute eu sa préférence.

Ali Boumnijel, c’est l’homme patient, celui qui a attendu 4 ans avant de disputer un match pro après avoir signé son premier contrat, celui qui a reçu sa première convocation à 25 ans pour l’équipe nationale, celui qui a ensuite mis cinq longues années avant de revêtir le survêtement de titulaire… pour un match. Le joueur est alors en pleine bourre, il enchaîne les matches en Deuxième Division avec Geugnon depuis sa première convocation. Entré dans le costume de titulaire en club, il peut enfin enfiler celui de remplaçant en sélection.

Convoqué par carte postale

Jamais à un paradoxe près, les dieux du football laisseront passer de nouveau cinq longues années avant de le voir s’installer, enfin, dans la peau de dernier rempart officiel des Aigles de Carthage, lors la Coupe du Monde 2002. Le joueur a alors 36 ans et sort de quatre saisons sous le maillot bastiais où il a disputé en tout et pour tout… 9 matches. Au Pays du Soleil Levant, les Tunisiens ne voient pas le jour, et, derniers de leur poule, prennent l’eau. Poule mouillée ? Ce n’est pourtant pas le genre du personnage qui n’a pas la langue dans sa poche, que ce soit pour critiquer la Fdération et son président, son indigence et sa veulerie, ou ses partenaires en sélection.

Pourtant, il serait trop simple de retenir le cliché d’un Papy flingueur à la grande gueule. Si l’homme a dû être patient, il a su se forger un caractère au fil des événements qui en ont fait un joueur apprécié pour son expérience et sa régularité. En 1987, à 22 ans, c’est d’ailleurs un peu par hasard qu’il signe à Gueugnon, après un essai concluant. Ses débuts sous le maillot de la sélection ? Là aussi un concours de circonstances.

Celui qui préparait un diplôme dans l’industrie papetière, reçoit un jour une carte postale qui lui demande sa nationalité, un observateur ayant simplement remarqué ses origines nord-africaine ! Sa convocation arrivera quelques jours plus tard, en 1991. Repéré en Angleterre par West Ham, le gardien aux 213 matches de D1 française fait cette fois-ci face à l’appétit d’un manager trop gourmand et finit en beauté, sur l’île de Corse (1997-2003). Toute sa carrière, le natif du nord de la Tunisie sera poursuivi par le syndrome du Capitaine Lévitine (le type qui, dans la vie, vous passe toujours devant alors que vous êtes meilleur), cher à Emmanuel Carrère.

Titulaire en sélection et viré en douce

Le premier obstacle sur son ascension se nomme alors Olivier Durand, qui garde les cages gueugnonaises, l’obligeant après 4 saisons passées sans un match dans les jambes à rejoindre Nancy, où en 7 matches de D1, il convaincra et le sélectionneur national et ses dirigeants. En sélection ,c’est un certain Chokri El Ouaer qui se dresse sur sa route. Le joueur le plus titré de l’histoire lui bouchera le pasage jusqu’en 2002. Enfin à Bastia le « prince » Ali a peut être maudit l’indéboulonnable jeune premier, Nicolas Penneteau, pendant ses six années à Bastia avec seulement 16 matches disputés. Devenu incontestable en sélection, où il entre dans l’Histoire en étant un des plus vieux joueurs à disputer la Coupe du monde 2006, le joueur sera lâché par ses dirigeants en club.

Alors que l’Espérance de Tunis lui avait promis une prolongation, l’international, en fin de contrat, est laissé sur le carreau. Mais Boumnijel, le patient tunisien, ne s’est pas offusqué de cette fausse note, ou plutôt de ce clin d’œil. Ses diplômes d’entraîneur passés, l’homme est, à 45 ans, plus ambitieux que jamais, des projets plein la tête.