Disqualifiée des éliminatoires de la CAN 2015 en juillet dernier, la Guinée-Equatoriale est officiellement devenue pays hôte de la 30e édition de la Coupe d’Afrique des nations, dont le coup d’envoi sera donné le 17 janvier. De quoi interpeller.


Aux grands maux les grands remèdes. Dos au mur et face l’urgence de la situation consistant à trouver coûte que coûte une solution pour organiser la CAN 2015, et ainsi éviter un report ou une annulation, la Confédération africaine de football a porté son choix sur la Guinée Equatoriale. Décision officialisée ce vendredi à l’issue d’un entretien entre Issa Hayatou, président de la CAF, et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la Guinée Equatoriale.

Céder devant l’urgence de la situation

Un choix qui a plusieurs conséquences, dont une qui fait couler beaucoup d’encre : celle de la qualification automatique des Equato-guinéens du fait de leur nouveau statut de pays hôte. Et c’est là que le bat blesse, car sur le terrain, la Guinée Equatoriale n’est pas parvenue à se qualifier. Pire, l’équipe a été tout bonnement disqualifiée des éliminatoires de la CAN 2015 en juillet dernier après une double confrontation houleuse contre la Mauritanie.

Sanction prononcée par la CAF elle même en raison de l’inéligibilité d’un de ses joueurs, Thierry Fidieu Tazemeta, qui est d’origine camerounaise et avait déjà porté les couleurs du Cameroun. « La Commission d’organisation de La Coupe d’Afrique des Nations a décidé que le joueur a changé d’association sans recevoir de preuves de la Fédération équato-guinéenne que ce dernier a respecté les règlements d’application des Statuts de la FIFA, et estime donc que son éligibilité de joueur avec l’équipe equato-guinéenne est non conforme« , avait alors fait savoir la CAF, annonçant d’autres mesures qui ne seront jamais appliquées. Cette même CAF qui avait aussi frappé la Guinée Equatoriale en lui retirant des points lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2014 avec encore des affaires de joueurs inéligibles.

L’équité et l’éthique sportive foulés aux pieds

Mais face au refus marocain d’organiser la CAN 2015 au mois de janvier, à l’urgence de trouver une solution de repli, au manque de piste crédible pour reprendre l’organisation de sa compétition phare -et surtout vu les enjeux économiques- , la CAF s’est résolue à revenir sur sa position, quitte à fouler aux pieds les principes d’équité et d’éthique sportive (elle n’en est pas à son coup d’essai). La Guinée Equatoriale en sort grande gagnante, alors que l’instance dirigeante du football africain sauve les apparences, mais ne manquera pas d’être une fois de plus pointée du doigt pour sa gestion.

Reste à savoir les termes exactes de la négociation entre la CAF et la Guinée Equatoriale, qui ont abouti à cet accord, d’autant plus que le pays hôte de la CAN 2012 en compagnie du Gabon ne possède actuellement que deux stades aux normes exigées par la FIFA. Il va donc falloir mettre les bouchées doubles pour que les enceintes de Mongomo et Ebebiyin soient mises au niveau en tout juste deux mois. Idem pour tout ce qui sera des infrastructures hôtelières, terrains d’entraînement pour accueillir 16 équipes et les supporters qui vont avec…

Tout sauf une partie de plaisir pour Kofi Amoah, président du comité d’organisation de la CAN 2008 au Ghana, pour qui organiser une compétition en deux mois est une tâche « gargantuesque » voire impossible. « Je ne pense pas qu’il y ait assez de temps pour la préparer, pour qui que ce soit« , explique-t-il à la BBC. « Ca serait une honte pour le football africain. 60 à 70 jours ne suffiront pas à la plupart des pays. Il y a beaucoup de choses –système d’accréditation, sécurité- qui sont très importantes. Sinon, cela serait un échec« , prévient-il. A la Guinée Equatoriale et la CAF de le démentir.