“Casser pour reconstruire : le football tunisien a besoin de compétences, pas de copains”… Ben Saada plaide pour une révolution après le fiasco au Mondial 2026

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Battue lourdement par deux fois, la Tunisie, qui a décidé de changer de sélectionneur en pleine compétition, est d’ores et déjà éliminée de la Coupe du monde 2026 avant de disputer son dernier match jeudi soir face aux Pays-Bas. Pour Afrik-Foot, Chaouki Ben Saada, ancien international des Aigles de Carthage, a livré son regard sur une campagne qui, il l’espère, restera dans les mémoires… pour permettre de tout changer. Entretien.

Un cauchemar. La Coupe du monde 2026 de la Tunisie ressemble pour l’instant à un véritable désastre. Les Aigles de Carthage ont perdu leurs deux premières rencontres. Lourdement. 5-1 face à la Suède, 4-0 contre le Japon.

« Il y a beaucoup de déception, mais quand on voit le niveau de la poule, on se dit que c’est limite normal. Ce qui est rageant, c’est qu’on n’est pas dans nos valeurs. On a toujours été habitué à être très solides, très disciplinés tactiquement et, aujourd’hui, force est de constater qu’on n’y est pas et qu’on n’y arrive pas », regrette Chaouki Ben Saada, interrogé par Afrik-Foot.

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Au moment d’analyser les raisons de ces échecs cuisants, synonymes d’élimination prématurée, l’ancien international tunisien (40 capes, 5 réalisations) est dans l’impasse. « Je ne sais pas si c’est le changement de coach, si c’est la fragilité à certains postes qui nous rend fébriles, mais c’est vrai que c’est décevant. Est-ce que c’est la fragilité sur le poste de gardien peut-être qui rend les défenseurs aussi fragiles ? Les réponses à cette question sont en interne », a-t-il expliqué, livrant son analyse sans détour sur les fragilités défensives de l’équipe maghrébine.

Des Aigles sans défense…

« Quand je regarde les matches, on est en nombre derrière, il y a énormément de joueurs, à limite pour protéger le but pourquoi pas, mais on n’est pas structuré à l’intérieur. Les joueurs sont en nombre dans la surface, mais pas aux endroits où ils doivent être et les marquages sont souvent laissés, constate Ben Saada. C’est un problème récurrent et qui est flagrant à la Coupe du monde. Quand on voit un des buts encaissés contre le Japon, il y a un joueur à prendre au marquage, il y a 5 ou 6 Tunisiens et le ballon lui arrive quand même… »

Elloumi, Chaouat, Tunisie
Les joueurs tunisiens dépités au coup de sifflet final du match contre le Japon à la Coupe du monde 2026, à l’Estadio Monterrey, au Mexique, le 20 juin 2026. © Xinhua/Wu Wei/Icon Sport

Pour l’ex-milieu offensif, le constat est sans appel.  « C’est décevant, un peu inquiétant aussi, peut-être qu’aujourd’hui, on n’est pas prêt à jouer au très haut niveau », a-t-il lancé, pointant du doigt les responsables de cette campagne ratée. « On est retard dans tout. J’ai connu les infrastructures actuelles quand j’étais encore joueur. Il n’y a pas un centre d’entraînement qui appartient à la Fédération Tunisienne. Il n’y a pas une ligne directrice chez les jeunes, où les joueurs devraient être formés pour aller au très haut niveau. Si on prend le championnat tunisien, il est moyen. Les infrastructures et les stades sont moyens. Les matches ne sont pas de haute intensité pour les trois quarts. Tout ça est à mettre en lumière pour être amélioré », a-t-il indiqué.

Tout à reconstruire pour le football tunisien

« On est un peuple qui n’aime pas ce genre de situations. Aujourd’hui, tout le monde en a marre. Et comme il n’y a pas les résultats, on veut casser ce que qui se fait et qui ne va pas. Tout le monde en parle aujourd’hui, c’est flagrant aux yeux de tous. Je pense qu’il faut casser pour reconstruire. Il faut que l’on arrive à se professionnaliser dans cette fédération là et avoir un projet à long terme avec une ligne directrice. Aujourd’hui, la Tunisie a besoin de compétences et pas de copains », a-t-il déclaré, se disant même prêt à mettre ses qualités et son expérience de coach (il travaille à la formation du côté du SC Bastia depuis 4 ans) et son vécu au service du football tunisien.

Chaouki Ben Saada
Chaouki Ben Saada, analyse la situation du football tunisien. Crédits photo : Aude Alcover/Icon Sport

Symbole du marasme de ce Mondial 2026, le changement d’entraîneur entre les deux premières journées. Inutile selon lui. « Je pense que ce n’était pas une bonne solution. Il fallait finir la Coupe du monde avec Sabri Lamouchi et faire un bilan à la fin de la compétition. Je pense qu’on est la première nation à avoir changé de sélectionneur en pleine Coupe du monde. En interne, il y a des choses qui ne vont pas, qui ne sont pas dans les normes », a-t-il regretté, assurant que, dans ces conditions, Hervé Renard, le nouveau sélectionneur, ne pouvait pas faire de miracles.

Hervé Renard, “pas un magicien

« Si Hervé Renard était arrivé avec 11 joueurs, j’aurais dit que c’était une bonne solution (rires) ! Mais ce n’est pas un magicien… Je sais que c’est un meneur d’hommes et que sur l’aspect mental, il va tirer le maximum des joueurs. Mais pour moi, le mal n’est pas mental. On manque de discipline, on manque de repères et on a de gros manques à des postes cruciaux », a-t-il constaté.  Il souhaite désormais que les joueurs donnent tout lors du dernier rendez-vous face aux Pays-Bas pour quitter la compétition la tête haute.

« J’espère juste qu’ils vont se lâcher et essayer de prendre du plaisir. On voit qu’on n’est pas en confiance, ça c’est une évidence. Si j’avais été sélectionneur, peut-être que j’aurais pensé au futur avec des joueurs d’avenir, à fort potentiel, pour leur offrir cette expérience du haut niveau. Il faut au moins essayer de prendre du plaisir et d’en donner aux supporters en étant difficiles à jouer et en essayant de retrouver cette solidité, même si on sait que ça va être très compliqué. Au moins, essayer de ne pas faire d’erreurs individuelles et de ne pas donner de buts cadeaux », a-t-il confié. Le message est passé.

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Alexis Fonseca