Egypte-Algérie : pourquoi une telle rivalité ?

Quand on parle de football en Afrique du Nord, la confrontation entre l'Algérie et l'Égypte, qui s'affrontent ce lundi en amical, se distingue souvent comme l'une des plus électriques. Pourquoi cette rivalité est-elle si intense entre ces deux puissances du football africain ?

La rivalité entre l'Égypte et l'Algérie dépasse le cadre du simple jeu. Elle est le reflet des passions nationales, des enjeux historiques et des tensions géopolitiques. Chaque match entre ces deux géants du football africain est attendu avec impatience. Djamel Belmadi, le sélectionneur de l'équipe nationale algérienne, a d'ailleurs parfaitement résumé ce duel en déclarant dimanche en conférence de presse : “La rencontre Algérie-Égypte est considérée comme le Classico de l'Afrique du Nord. Les deux équipes seront motivées pour gagner. J'espère que le fair-play y prédominera.” Des propos qui donnent le ton avant la rencontre de ce lundi qui se déroulera au stade Hazza-ben-Zayed (25 000 places) d'Al-Ain, aux Émirats arabes unis. Mais revenons-en d'abord aux prémisses de cette rivalité.

Les flashback de 1989 et 2002

L'année 1989 reste gravée dans la mémoire de nombreux fans des deux pays. À l'époque, l'Algérie et l'Égypte se disputaient une place pour la Coupe du monde 1990 en Italie. Le premier match à Alger s'est soldé par un 0-0. Le match retour au Caire a vu l'Égypte l'emporter 1-0. La tension était à son comble lors de cette seconde rencontre, qui a vu de nombreux débordements de violence. Une bagarre a notamment éclaté, provoquant une grave blessure à l'oeil du Dr Ahmed Abdelmouneim Ahmed Abdelhadi, médecin de la sélection égyptienne, qui a déposé une plainte contre Lakhdar Belloumi, l'accusant d'être à l'origine des coups. De quoi provoquer des tensions politiques et sociales entre les deux nations.

En 2001, des tensions se sont à nouveau manifestées, bien que dans une moindre mesure, lors du match nul entre les deux équipes à Annaba (1-1), synonyme de non-qualification pour la Coupe du monde 2002 pour l'Egypte face à des Fennecs déjà éliminés mais qui ont pris un malin plaisir à contrarier les Pharaons. Chaque opposition entre ces deux nations n'est jamais anodine et illustre la profondeur de la rivalité entre les deux équipes.

Le caillassage de 2009

Vient ensuite 2009, année où les tensions relatives à cette rivalité ont atteint leur paroxysme. En route pour le match de barrage retour en Égypte après la victoire 3-1 à domicile à l'aller, le bus transportant l'équipe d'Algérie a été caillassé, causant des blessures à plusieurs joueurs. Cet incident a provoqué une indignation massive en Algérie et a encore enflammé la rivalité. Dans ce contexte, les Fennecs perdent le match retour 2 à 0, ce qui a mis les deux équipes à égalité. Un match d'appui est donc organisé quatre jours plus tard sur terrain neutre à Omdurman, au Soudan. Contre toute attente, l'Algérie l'emporte sur la plus petite des marges (1-0) et se qualifie pour la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud après 24 ans d'attente.

La revanche de la CAN 2010

Mais la saga ne s'arrête pas là. Deux mois plus tard, lors de la Coupe d'Afrique des nations 2010, l'Égypte prend sa revanche de la manière la plus cinglante possible, en écrasant l'Algérie 4-0 en demi-finales. Cette victoire a été perçue comme un règlement de comptes pour les Pharaons. Depuis ce match, les confrontations entre les deux pays se font bien rares. La dernière en date a eu lieu lors de la phase de groupes de la Coupe Arabe 2021. Les deux équipes se sont affrontées et ont fait match nul 1-1. Toutefois, il est à noter qu'il ne s'agissait que des sélections A', et non des équipes principales. En espérant que la rencontre de ce lundi (20h heure locale) soit avant tout un joli spectacle sur le terrain, mais espérons que le respect et le fair-play seront au cœur de cet affrontement pas comme les autres.

Egypte-Algérie : pourquoi une telle rivalité ?
Anthony Olivier

Explorateur et gratte-plume du football africain, j'aime brosser le portrait des nouvelles pépites du continent.