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Les Eperviers, la sélection nationale togolaise de football, qualifiés pour la Coupe d’Afrique des nations et la Coupe du monde 2006 n’auront pas seulement Emmanuel Adébayor pour mener la vie dure à leurs adversaires. Il faudra aussi compter sur Maman Semon, la présidente de leur fan club.


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Plus qu’une mère, les Eperviers, l’équipe nationale togolaise de football, ont trouvé en Affissatou Manman, alias Maman Togo, présidente de leur club de supporters qui rassemble un centaine de membres, plus qu’un fervent soutien. C’est une mère qui suit ses petits partout où ils ont besoin d’elle depuis qu’elle s’est engagée auprès d’eux à la fin des années 70. A plus de quarante ans et mère de quatre filles, le football est, depuis l’adolescence, la passion peu commune de la commerçante togolaise. Sa carrière de supportrice démarre avec le Semassi de Sokodé, club de première division de la ville du nord du pays dont elle est originaire. Puis, petit à petit, elle commence à s’intéresser à l’équipe nationale pour finir par succéder à une autre femme au poste de présidente. Comme quoi, le football est, au Togo, aussi une affaire de femmes.

Supportrice en chef : un métier très dangereux

« Je voyage avec eux, je les suis partout, je leur donne des conseils». Elle a eu d’ailleurs l’occasion de rencontrer la nouvelle étoile du foot togolais, Emmanuel Adebayor, quand il n’était encore qu’un adolescent qui s’essayait au ballon rond. « Je suis de près des joueurs, même ceux qui sont en France. Quand ils ont un carton rouge, je les appelle et ne manque pas de leur faire savoir que ce n’est pas bon pour leur carrière. Ou encore lorsqu’ils sont restés sur le banc de touche, je leur demande pourquoi et ils m’expliquent ». Une véritable mère poule. « Je suis leur troisième pied, poursuit Maman Semon – qui signifie la guerrière en kotokoli (langue du nord du togo) – comme la surnomme les footballeurs togolais. Avec mon groupe, l’Union des animateurs des supporters des Eperviers, nous chantons et jouons du tam tam pour les encourager. Parfois au rythme de chants qu’ils ont eux-même choisis. Comme au Congo, alors qu’ils étaient à égalité, deux buts partout, nous leur avons donné du courage. « On va s’en sortir », leur disais-je, quand ils étaient découragés. Et ils ont réussi à marquer le troisième but qui nous a valu d’être qualifiés pour la Can (Coupe d’Afrique des Nations, ndlr) et la Coupe du monde. Le Togo mérite vraiment d’aller au Mondial. Nous avons été les premiers de notre poule du début à la fin ! »

Et la guerrière, quoi qu’il arrive, a toujours la foi. La moindre des choses, me direz-vous, pour cette fervente musulmane. En dépit des coups et des insultes des supporters maliens, qui l’ont déshabillée, ou des Sénégalais qui s’en sont pris à son groupe lors des éliminatoires de la Can. Alors que, constate-t-elle, « au Togo, il y a la sécurité. Aucun supporter n’est menacé ». Pourquoi tant de violence et surtout à l’égard d’une femme ? Pour Maman Togo, décorée par Gnassingbé père et fils – l’ancien et le nouveau Président togolais – et rebaptisée ainsi par le père, la raison est simple. « Quand ils me voient habillée aux couleurs du drapeau togolais, ils pensent que j’ai le fétiche des joueurs. Parce que lorsque ces derniers me voient ainsi vêtue, ils ont l’impression d’être chez eux et ça leur donne encore plus de courage ». Une qualité dont bénéficie également Maman Semon qui pour apporter son soutien à l’équipe nationale a dû, à ses débuts, mettre la main à la poche. Les choses ont changé depuis. La fédération nationale de football, dont elle « remercie beaucoup le président Roch Gnassingbé », lui apporte désormais son soutien matériel. A l’instar de sa famille pour lui permettre d’assouvir sa passion.

Maman Semon veille sur ces petits Eperviers

« Je pourrai me tuer pour ça, surtout pour mon pays », dit-elle. Son mari, également fan du ballon rond, est bien placé pour comprendre cela. De même que ses quatre filles, dont l’aînée est âgée de 29 ans, qu’elle a dû souvent abandonner pour s’occuper de ces Eperviers chéris. « Avant de partir ou quand elles revenaient de l’école, elles m’aidaient à effectuer quelques tâches ménagères. Et quand je pars en voyage, je prépare d’avance les sauces et je laisse toutes les consignes nécessaires s’il y a des choses à faire. » Maman Togo, loin d’être une mère indigne, a d’ailleurs transmis la passion du ballon rond à sa fille cadette de 17 ans, Chacha. Une belle revanche pour elle qui n’a jamais touché le ballon qu’avec les mains au handball. Chacha, qui a déjà fait ses preuves dans des clubs togolais mixtes ou féminins, comme celui de Dauphine, est actuellement en France à la recherche d’un club où elle pourra laisser s’exprimer son talent.

En attendant de la regarder fouler l’herbe des stades du monde, Dame Manman se contente, pour l’instant, d’y voir évoluer les Eperviers. Elle sera en février au Caire (Egypte) pour la Can. « Si Dieu me prête vie et santé, à moi et aux joueurs, par la grâce de Dieu, nous irons en finale », affirme cette dernière. Son pronostic pour la Coupe du monde, qui se tiendra en juillet prochain en Allemagne, est tout aussi optimiste. « Nous irons au moins au deuxième tour. Nous n’avons pas peur de la France, ni de la Suisse… Les Africains sont capables de tout, car nous les représenterons tous là-bas. Ce n’est pas parce que le Cameroun ou le Sénégal sont absents qu’il faut croire que tout est joué. Nous jouerons avec nos deux pieds comme les autres ». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec pareil atout, les Eperviers ne risquent pas d’être dépourvus.