La Tunisie est une République. Mais son football connaît un « empereur », en la personne de Tarak Dhiab. Le meneur de jeu est le seul joueur tunisien à avoir remporté le trophée du Ballon d’Or africain (1977) et fait partie de la première équipe africaine à avoir remporté un match de Coupe du Monde (1978). Homme au caractère bien trempé, le Tunisien fait les choux gras de la presse en 2008 en refusant de serrer la main au ministre des Sports.


Le geste a défrayé la chronique. Le 6 juillet 2008, Tarek Dhiab, alors vice-président de l’Espérance de Tunis, refuse ostensiblement de serrer la main du Ministre des Sports, Abdallah Kaabi, alors que son club se fait remettre la Coupe de Tunisie. « Tarak était persuadé que le ministre avait mis un veto à sa nomination, explique un journaliste bien introduit dans les sphères dirigeantes du football tunisien à Jeune Afrique. Le contentieux remontait à quelques mois. Tarak, qui commentait la rencontre sur la chaîne privée Hannibal TV, avait eu des mots très durs pour les autorités après les débordements qui avaient émaillé un match de troisième division entre El-Fahs et Makthar. Kaabi s’était senti personnellement visé. » Résultat: l’ancien milieu offensif est démis de ses fonctions le 11 juillet. Trois jours plus tard, Dhiab est arrêté au volant de sa voiture , alors qu’il sortait du parc d’entraînement de l’EST. Conduit au poste parce que l’assurance de son véhicule n’était pas en règle, il est relâché en fin de journée, puis reconvoqué le lendemain pour « s’expliquer ».  En octobre de la même année, il est condamné à un mois de prison avec sursis et une amende de 300 dinars pour délits en rapport avec le code de la route, propos blasphématoires et tentative de corruption sur un agent de police. Il qualifiera le procès de « coup monté ». Cet épisode est révélateur de la personnalité de Tarak Dhiab, un homme dont le franc-parler et la gouaille ne lui confère pas que des amis dans le football tunisien. Ainsi, le natif de Tunis a souvent eu des relations houleuses avec Slim Chiboub, l’ancien président de l’EST de 1991 à 2005. Mais les déboires judiciaires de Dhiab ne doivent pas faire oublier que le natif de Tunis a aussi fait couler beaucoup d’encre par le passé, mais pour de biens plus nobles raisons.

Vingt ans plus tôt, Dhiab remporte en effet le Ballon d’Or africain (1977), grâce notamment à ses excellentes prestations lors des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 1978. A ce jour, l’ancien meneur de jeu est le seul joueur tunisien à avoir reçu cette distinction. Dhiab porte alors le maillot saoudien d’Al Ahly Djeddah. Mais après des débuts à l’AS Ariana, c’est surtout sous le maillot de l’Espérance de Tunis que le maghrébin écrit sa légende, contribuant à la domination des Sang et Or sur le football tunisien dans les années 1970 et 1980 (six titres de champion en 1975, 1976, 1982, 1985, 1988, 1989 ). Cela lui vaut le surnom d' »empereur du football tunisien ». Son entraîneur à l’EST et en équipe nationale, Antoni Piechniczek ne tarit pas d’éloges sur lui : « Ce joueur est un génie et son complice est un ballon dont il fait ce qu’il veut. Ce qui m’a le plus séduit en lui, c’est qu’il prend le football comme une fête permanente. »

Madjer et Platini plein d’éloges pour le n°10 tunisien

Le « génie » aura aussi l’occasion de montrer son talent sur la scène internationale, et notamment en cette date du 2 Juin 1978. Ce jour-là, la Tunisie affronte le Mexique pour son premier match dans la phase finale de la Coupe du monde 1978. Tout au long de la partie, Dhiab n’a eu de cesse de tirer les ficelles au milieu de terrain avec l’habileté consommée d’un grand marionnettiste. Omniprésent dans la récupération, il fait parler son excellente vision du jeu et sa technique individuelle sans faille pour toujours servir ses coéquipiers dans les meilleures conditions. Preuve en est sa passe décisive pour Ali Kaabi à la 55e minute du match, qui permet aux Aigles de Carthage, menés à l’issue de la première mi-temps, de revenir dans la partie. Au final, la Tunisie s’impose trois buts à un et devient ainsi le premier pays africain à remporter un match de Coupe du Monde. En équipe nationale, Dhiab ne parviendra toutefois pas à écrire de ligne sur son palmarès. Disputant plusieurs phases finales de la Coupe d’Afrique des nations, le numéro 10 n’a disputé qu’une seule demi-finale en 1978. Mais tout au long sa carrière internationale, Dhiab a marqué les esprits, notamment parmi ses plus prestigieux adversaires. Rabah Madjer confiait sur l’ancien site internet du ballon d’or africain 1977 « avoir été un fan de Tarak pour le chef de file qu’il était en équipe nationale tunisienne. Sa conception du football, sa vision de jeu, sa technique parfaite en font l’un des joueurs les plus fins et les plus subtils du continent « . Michel Platini, l’ancien meneur de jeu des Bleus, se souvient de « la classe pétillante du n° 10 tunisien, ses touches de balle subtiles et son sens aigu de l’organisation. Il était question que Tarak vienne à Nancy prendre ma place, mais il avait préféré les  » pétrodollars ». »

Après s’être retiré des terrains en 1992, Tarak est devenu homme d’affaires et dirigeant. Il a dirigé son propre magasin d’articles de sport, et présidé l’AS Ariana, son club d’enfance. Aujourd’hui, « l’empereur » est consultant pour Al Jazeera Sport. Le meilleur joueur tunisien du XXe siècle est ainsi aux premières loges pour voir émerger ses dignes successeurs.