Dimanche 26 février à 14h30, Emmanuel Adebayor va retrouver l’Emirates Stadium pour la première fois sous ses nouvelles couleurs de Tottenham. Une rencontre au moins aussi importante pour le Togolais que pour les fans des deux camps, qui se vouent une haîne partagée. Adebayor-Arsenal, c’est une histoire d’amour contrariée, à l’image du Derby du Nord de Londres.


12 septembre 2009, City of Manchester Stadium, 80e min : sur un centre venue de la gauche, Emmanuel Adebayor s’élève plus haut que tout le monde et décroise sa tête pour marquer le but du 3-2 contre Arsenal (4-2). Sans hésiter, le Togolais, comme halluciné, traverse tout le terrain et fonce en direction du Kop des supporters des Gunners. D’une longue glissade, ouvrant les bras en signe de victoire, le numéro 10 jubile en célébrant son but devant des fans londoniens au bord de l’émeute. Sièges, canettes, invectives pleuvent dans sa direction. Le point de non-retour était alors franchi.

Certes, l’enfant de Lomé n’était pas parti en très bons termes avec son ancien club, qui l’avait laissé partir sans regrets mais pour près de 28 M€. Pas de quoi fouetter un chat ou couper une aile à un Épervier. Pourtant des deux côtés déjà, on est amers. Après une saison en deçà des espérances d’Arsène Wenger, le Togolais a préféré une place de titulaire, et un très bon salaire, à la difficulté de se battre pour regagner sa place, lui qui a pourtant inscrit 62 buts en 3 ans.

Un tango pour le Togolais

Mais après l’épisode du 4-2, impossible de se pardonner. Alors quand Harry Redknapp annonce la signature imminente Citizens, la pilule passe toute seule auprès des fans. « Les supporters d’Arsenal le détestent, donc les nôtres vont l’adorer« , annonce le manager de Tottenham.
Et avec d’excellentes stats, l’ancien Monégasque finit de mettre les plus réticents de son côté, avec déjà 10 buts sous les couleurs blanches et marine, et une saison qui s’annonce plus que prometteuse pour les Hotspurs.

Alors que la confrontation entre les deux clubs du Nord de Londres se profile dimanche 26, Adebayor ne veut manquer le duel pour rien au monde, comme il le laisse entendre sur son compte Twitter. « Je me remets bien de ma blessure, J’espère pouvoir rejoindre l’équipe, pour m’entraîner à nouveau. Ensuite je vais me concentrer sur le match contre Arsenal, je ne peux plus attendre. »

Les fans de Totthenam non plus. Car la confrontation entre les deux clubs, le fameux « North London Derby » suscite autant de ferveur dans la capitale qu’un Barça-Real ou un PSG-OM. Tout remonte à une centaine d’années, quand voir un homme de couleur jouer au football aurait été aussi choquant que déguster un café devant Big Ben à 17 heures. Alors que ce qu’on appelle encore à l’époque le Royal Arsenal décide déménager dans le flambant neuf stade Highbury, tout juste distant de 5 kilomètres de White Hart Lane, le malaise s’installe. Les choses ne s’arrangeront pas quelques années plus tard quand l’influent président des Gunners, Henry Norris, viendra piquer la place de son meilleur ennemi pour la montée en première division.

Des fans qui ont perdu le Nord

Depuis les deux clubs se vouent une haine mémorable, alimentée par des scénarios improbables et des matches à rebondissement. Surtout, peu de joueurs se sont aventurés à affronter les foudres des supporters adverses. En plus de cent ans de rivalité, seuls huit joueurs ont fait leur « coming-out ». Le plus connu est sans doute Sol Campbell, qui y gagnera son surnom de « Judas » de la part des supporters de Lilly Whites.
Alors qu’en France le club traîne un réputation de boite à footix, Arsenal jouit d’un solide ancrage populaire à Londres, capable de contrebalancer l’impétuosité des fans du club du district de Haringey, multi-ethnique et pauvre.

Le retour de l’enfant prodigue dans son ancienne antre de l’Emirates s’annonce donc sous un ciel pour le moins agité. Pour preuve, les deux clubs ont incité dans un communiqué conjoint leurs fans à s’en tenir au soutien de leur équipe plutôt que d’accabler leur adversaire pour prouver l’amour de leurs couleurs. Titulaire lors de l’aller à White Hart Lane (2-1), le Togolais espère bien piétiner de nouveau les canonniers avec ses « chauds éperons », comme sur ce vilain geste sur Robin Van Persie où il lui avait marché sur la main lors du fameux match de City. Et entrer dans l’Histoire. Car en allumant la mèche contre un Arsenal au bord de l’implosion depuis le début de l’année, le joueur serait seulement le deuxième à faire parler la poudre sous les deux uniformes. Son entraîneur en tout cas, lui, y croit. « Il sera à la hauteur » a t-il avancé en conférence de presse. Les supporters des deux camps l’attendent.