Alors que Joaquín Caparrós était le grand favori pour succéder à Georges Leekens à la tête de l’Algérie, c’est finalement Lucas Alcaraz, licencié trois jours auparavant par Grenade, qui a hérité du poste. Une vraie surprise, pour plusieurs raisons.


Par François Miguel Boudet, journaliste basé en Espagne

 Un Espagnol coûte que coûte

L’Andalou n’a pas un CV impressionnant. En Espagne, il est surtout connu pour être un homme des missions maintien (Santander, Córdoba, Grenade en 2014, Levante) ou montée (Huelva et Real Murcia). Face à la personnalité de Joaquín Caparrós, passé notamment par Villarreal, le Séville FC, le Deportivo de La Corogne et l’Athletic Bilbao, la nomination d’Alcaraz semble encore plus étonnante, d’autant que Caparrós a failli devenir sélectionneur de l’Espagne après l’Euro 2016 (le capitaine Sergio Ramos militait en sa faveur).

Peut-être que le tempérament et les dernières expériences de Caparrós, notamment à l’Osasuna où il n’est resté que deux petits mois, ainsi que son départ houleux de Grenade en 2015 ont finalement rebuté la fédération algérienne. Ce qui est certain, c’est que le président Kheireddine Zetchi voulait un sélectionneur espagnol pour les Fennecs, puisque qu’Aitor Karanka, fraîchement remercié par Middlesbrough (Premier League), a également été approché. Malgré tout, vu la rapidité avec laquelle Alcaraz a été signé, on peut se demander si le président de Grenade, Jiang Lizhang, industriel milliardaire, n’a pas joué un rôle majeur pour recaser l’entraîneur, d’autant que la Chine est un partenaire économique privilégié de l’Algérie. L’avenir nous dira s’il n’y a pas eu des intérêts sous-jacents et finalement convergents dans la nomination d’Alcaraz.

 Une dernière expérience trop complexe à Grenade

Il est difficile de dresser un bilan du passage de Lucas Alcaraz à Grenade, achevé lundi. Après le départ de Giampaolo Pozzo en 2016, les Nazarís sont passés sous pavillon chinois. L’objectif affiché était simple : accéder à l’Europe avec le bouillant entraîneur Paco Jémez. Cependant, le recrutement a été catastrophique, bien trop déséquilibré. Une tour de Babel constituée de nombreux joueurs en prêt (Grenade est le premier club de l’histoire de la Liga à avoir joué avec onze joueurs de onze nationalités différentes). Le très offensif Jémez n’a pas fait long feu. Nommé en octobre 2016, Alcaraz a dû composer avec un effectif disparate qui n’était pas le sien, fondé sur l’attaque alors qu’il a une réputation plutôt défensive. Une situation intenable qui devrait s’achever par la relégation de Grenade.

 Rapidité et verticalité pour redonner des couleurs aux Fennecs

Dans une telle situation, Alcaraz a privilégié le 5-4-1 (11 fois sur 24 matches de Liga : 2 victoires, 2 nuls 7 défaites) et le 4-2-3-1 (5 matches pour un bilan d’une victoire, 2 nuls et 2 défaites), la contre-attaque et, forcément, le résultat plus que le jeu. Cela ne l’a pas empêché de pousser quelques gueulantes. Néanmoins, Grenade était trop faible et irrégulier, il n’a pas pu et su remédier à ces faiblesses. Son équipe manquait de caractère lors des matches cruciaux contre des concurrents directs. Le genre d’attitude qui ne pardonnera pas avec les dirigeants et les supporters algériens.

Dans une entrevue accordée au site futbolparaentrenadores.com, le professeur de tactique pour l’école nationale des entraîneurs espagnols expose ses préceptes de jeu : « J’aime que mon équipe domine les transitions et soit verticale, avec beaucoup d’intensité quand elle n’a pas le ballon. Le système que j’ai le plus utilisé est le 4-4-2 mais je me suis toujours adapté aux caractéristiques de mes joueurs qui sont les plus à même de définir le mode de jeu« . Une chose est certaine, Alcaraz laissera une marge de manœuvre aux inspirations individuelles. « J’analyse les mouvements et les facultés de chacun, les zones dans lesquelles ils font le plus mal. A partir de cela, je réalise un assemblage collectif. Pour que ça fonctionne, le choix se fait plus en fonction des joueurs que de l’entraîneur. »

Avant tout chose, Alcaraz privilégiera la rapidité d’exécution, aussi bien en phases offensives que défensives, sans pour autant entrer dans des concepts tactiques complexes qui brideraient ses joueurs: « Je n’aime pas les ateliers trop spécifiques ou excessivement dirigés, détaille-t-il. Une équipe doit dominer toutes les phases du jeu et connaître des conduites tactiques concrètes pour chaque situation. Pas besoin d’en avoir beaucoup, il faut surtout qu’elles soient très concrètes. C’est pour cela que je donne beaucoup d’importance à la correction individuelle. Ainsi, je trouve important de réaliser des exercices à 11 contre 11 car, une fois enregistrés et visionnés, nous pouvons corriger et grandir comme équipe. » En choisissant le méconnu Lucas Alcaraz, la fédération algérienne a fait un sacré pari, surtout après le fiasco à la CAN 2017 et un début de campagne de qualification à la prochaine Coupe du Monde presque rédhibitoire. Bien malin celui qui sait ce qu’il adviendra des Fennecs sous les ordres de l’Andalou.