CAN U17 : que devient le meilleur joueur de chaque édition ?

La CAN U17 cuvée 2023, qui se déroulait en Algérie, s’est clôturée vendredi par la victoire du Sénégal en finale devant le Maroc (2-1). Comme lors de chaque édition, différentes récompenses individuelles ont été décernées. La plus prestigieuse est sans conteste celle de meilleur joueur. Et cette année, c’est Souleymane Alio (Burkina Faso) qui a remporté le Graal. De quoi envisager une grande carrière ? Avant de se prononcer, voyons un peu ce qu’on fait les lauréats des précédentes éditions…

Le Burkina Faso a réalisé un excellent parcours lors de cette CAN U17, se classant à la troisième place. Une grande partie de son succès peut être attribué à Souleymane Alio, qui a brillé tout au long de la compétition et a notamment inscrit deux buts. Pour illustrer son tournoi réussi, son match face au Nigeria (1-2) en quarts de finale est sans doute la plus belle illustration. Fort de ce tournoi remarquable, l'ailier s'est vu décerner une distinction amplement méritée : celle de meilleur joueur du tournoi. Il a donc su se démarquer parmi les autres talents, y compris le jeune crack (14 ans) du Sénégal Amara Diouf, qui était également un sérieux prétendant à ce titre avec ses 5 buts. Quoi qu’il en soit, cette victoire fait de lui un joueur à suivre de près dans les années à venir, à commencer par le Mondial U17 qui aura lieu en début d'année prochaine.

2019 : Steve Mvoué (Cameroun)

Le Cameroun s’était adjugé la CAN U17 en 2019 au détriment de la Guinée (0-0, 3 tab à 5) avec dans ses rangs un certain Steve Mvoué. Un seul but durant le tournoi, mais deux passes décisives et des performances très convaincantes qui lui ont permis de glaner le titre de meilleur joueur. Le milieu de terrain, qui est aujourd’hui âgé de 21 ans, avait rejoint Toulouse six mois plus tard. Il se contentera de quelques apparitions avec les pros (dont quatre en Ligue 2) en l’espace de deux saisons. Après ses débuts timides dans le grand bain du monde professionnel, Steve semble aujourd’hui s’épanouir en première division belge du côté du RFC Seraing, formation avec laquelle il a disputé 22 matchs (pour 1 but) cette saison. Après avoir pris part à un match avec la sélection A juste avant la CAN 2019, il a d'ailleurs été récompensé de ses progrès par une présélection lors du dernier rassemblement des Lions Indomptables de Rigobert Song.

Steve Mvoue, Seraing
© Iconsport

2017 : Abdoulaye Diaby (Mali)

En 2017, au Gabon, Abdoulaye Diaby éclabousse le tournoi de son talent, qu’il remporte avec les Aiglons face au Ghana (0-1). Ce longiligne défenseur axial, qui fêtera ses 23 ans le 4 juillet prochain, aura largement contribué à l’épopée de son équipe notamment en empêchant les défenseurs adverses de faire parler la poudre (seulement 2 buts encaissés dans le tournoi). Appelé ensuite avec les U20 (7 sélections, 1 but), il atteindra les quarts de finale de la CAN 2019 en se distinguant notamment grâce à un but contre l’Argentine (2-2, 5 tab à 4) en huitièmes de finale. Côté clubs, il effectue deux passages infructueux en Belgique : au Royal Antwerp (aucun match en pro) puis au KSC Lokeren en deuxième division belge (10 matchs, 1 but). Il évolue depuis 2021 au Újpest FC, en D1 hongroise, avec qui il continue de faire parler ses qualités offensives (7 buts en 54 matchs) dans un relatif anonymat.

2015 : Karim Danté (Mali)

Ce défenseur central de 24 ans ne connaît lui non plus pas une carrière à la hauteur des folles promesses affichées lors de cette CAN U17 2015, qu’il avait remporté devant l’Afrique du Sud en finale (0-2). Une édition durant laquelle un certain Victor Osimhen avait d'ailleurs fini meilleur buteur (4). Après avoir achevé sa formation avec Anderlecht, il ne s’imposera pas avec les pros (4 apparitions), ni à Virton en D2 belge (3 matchs) lors de la saison 2019-2020. Sans pour autant devenir un titulaire incontestable, il trouvera davantage de temps de jeu les deux saisons suivantes du côté du RWD Molenbeek, toujours en D2 (30 matchs, 3 buts). Depuis l’été dernier, le Malien évolue au Luxembourg, à Swift Hesperange, l'actuel leader du championnat. Cette saison, il n’a disputé que 6 rencontres (1 but). Une trajectoire de carrière assez tragique au vu du potentiel montré dans les catégories jeunes, ce qui lui avait notamment permis de goûter à la sélection A du Mali (2 capes) dès sa majorité.

2013 : Isaac Success (Nigéria)

L’édition 2013 de la CAN U17, qui s’était déroulée au Maroc, nous ramène déjà 10 ans en arrière. Et à cette époque, les récompenses individuelles n'étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Le titre de meilleur joueur n’existait pas officiellement. Il n’était donc qu’officieux. Et c’est Isaac Success des Golden Eaglets qui se l’était adjugé ! Meilleur buteur devant Kelechi Iheanacho grâce à ses 6 réalisations, il ne remportera toutefois pas le tournoi, perdu en finale contre la Côte d’Ivoire (1-1, 4 tab à 5).

Qu’importe, l'ailier continuera sa route avec les U20 et même avec les A en 2017 (4 capes). Sa carrière en club le mènera en Liga (Grenade, Malaga) puis en Premier League avec Watford et aujourd’hui en Serie A du côté d’Udinese. Cette saison, il a disputé 30 matchs pour un seul but. Un ratio assez pauvre pour un joueur offensif, mais à l'image de sa carrière (26 buts en 197 matchs). Si son parcours n’est ni celui d’Osimhen, ni celui de son ex-coéquipier Iheanacho (avec qui il formait un duo redoutable en jeunes), il n’a toutefois pas en à rougir puisqu’il a tout de même évolué dans les meilleurs championnats du monde.

iconsport lp 20892131

Hormis Issac Success donc, qui réalise une carrière honnête même s'il est très loin d'être devenu une star mondiale, et Steve Mvoué qui a su rebondir après ses difficultés du côté de Toulouse, les deux autres derniers vainqueurs du trophée de meilleur joueur (Diaby et Danté) d'une CAN U17 réalisent des carrières dans l’anonymat général. Preuve en est qu’il est important de prendre du recul et de faire preuve de prudence quant aux attentes placées sur les jeunes joueurs qui se distinguent lors de ce type de tournoi.

On souhaite un maximum de réussite à Souleymane Alio (Burkina Faso), mais il ne faut pas oublier que le succès précoce dans une compétition de jeunes ne garantit pas nécessairement une trajectoire fulgurante dans le monde professionnel. De nombreux facteurs, tels que le développement physique, la gestion de la pression, les opportunités de carrière ou encore l’entourage, entrent en jeu pour façonner le destin d'un joueur, aussi prometteur soit-il.

drogbaciv.jpg
Anthony Olivier

Explorateur et gratte-plume du football africain, j'aime brosser le portrait des nouvelles pépites du continent.