Le sélectionneur national de l’équipe camerounaise de football, Winfried Schäfer, a été remercié, mercredi, par la Fédération camerounaise de football. Au pays, la décision ne surprend personne, aux vues des résultats médiocres de l’équipe nationale. Cependant, la manière utilisée par la Fédération laisse à désirer. L’ex sélectionneur promet de poursuivre ses anciens employeurs pour licenciement abusif, et non paiement d’arriérés de salaire. Loin de régler définitivement les affaires des Lions Indomptables, cette situation est l’occasion de s’interroger sur l’avenir d’une des fiertés sportives africaines, et surtout l’occasion de situer les responsabilités des uns et des autres.


L’Allemand Winfried Schäfer risque de se souvenir du mercredi 17 novembre 2004. En effet, les Lions Indomptables, qu’il entraîne, affrontent en match amical la sélection allemande de Jurgën Klinsmann, au Zentralstadion de Leipzig. Le sélectionneur de l’équipe nationale camerounaise est loin de s’imaginer que ce match sans enjeux est son dernier à la tête du onze camerounais. La première période se clôture avec un score vierge, promettant aux quelques 45 000 spectateurs présents une deuxième entame des plus folles. Côté camerounais, l’espoir est même de mise. Malheureusement, le score final est sans appel, et la désillusion au rendez-vous, une fois de plus. Les Camerounais ont encaissé 3 buts en une mi-temps. Trois buts de trop. Le verdict du ministre camerounais de la Jeunesse et des sports (Segfried David Etamè Massoma) et de la Fédération tombe peu après la conférence de presse d’après match. C’est dans les vestiaires du Zentralstadion, devant les joueurs, le staff technique, et les journalistes, que Winfried Schäfer apprend son éviction pour « faute lourde et absence de résultats ».

Bien entendu, cette décision ne surprend personne, à l’exception du coach des Lions Indomptables, qui n’a pas hésité à manifester son mécontentement, et à s’en prendre à la Fédération camerounaise de football et au Minjes (Ministère de la Jeunesse et des sports) qu’il accuse d’avoir saboter la préparation des joueurs. L’entraîneur allemand a perdu le contrôle de lui même, après avoir accusé le coup. Il a ensuite cherché à avoir des explications auprès des officiels camerounais, mais en vain. Selon la presse camerounaise, Schäfer aurait tenté de bloquer le bus des Lions, se donnant ainsi en spectacle devant les caméras des télévisions allemandes. Ce renvoi spectaculaire laisse l’équipe nationale camerounaise sans sélectionneur officiel. Rappelons également que le ministre camerounais des Sports a officialisé la dissolution de la cellule provisoire de gestion de l’équipe nationale, créée en septembre 2002.

Chronique d’une éviction annoncée

Les déboires de la sélection camerounaise remontent, semble-t-il, à leur sacre lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) à Bamako en 2002. Il a dès lors commencé à souffler sur l’équipe, comme un vent de désinvolture, voire d’arrogance. Les Lions Indomptables ne sont pas les seuls à avoir été les victimes de cette brise. Les supporters nigérians et sénégalais pourraient faire le même -triste- constat. En ce qui concerne Winfried Schäfer, le sélectionneur des Lions, la CAN 2004 n’aura vraiment pas été un bon cru. Son équipe a quitté la compétition par la petite porte, éliminée en quarts de finale. Puis les mauvais résultats se sont accumulés, obligeant les instances du football camerounais à parler de crise.

Les résultats en demi-teinte des Lions ont suscité bien des réactions. Ils ont été de plus en plus nombreux à souhaiter le limogeage du sélectionneur, à défaut de le voir démissionner. Sur le plan purement technique, les responsables ayant en charge la gestion de l’équipe nationale camerounaise de football reprochent à l’Allemand, son manque de pertinence dans la vision du jeu, mais surtout son manque d’autorité sur les joueurs. Les rapports entre la fédération et l’entraîneur se sont dégradés au fur et à mesure des résultats peu reluisants des Champions d’Afrique. A fortiori, en refusant de résider sur le territoire camerounais, l’allemand aurait fait preuve d’insubordination. (Il lui a été assigné une villa au quartier Bastos).

Le contrat de Winfried Schäfer devait s’achever en 2006, mais il semblerait qu’il ait bénéficié d’un sursis de bien courte durée. Certains journaux camerounais parlaient déjà de son renvoi bien avant le début de la rencontre contre la Mannschaft allemande de Klinsmann. Des rumeurs faisaient également état de démarches déjà entreprises afin de lui trouver un remplaçant.

« FC Hollywood »

Outre les choix du sélectionneur allemand, beaucoup pointent du doigt le comportement désinvolte des joueurs, qui, rappelons le sont les principaux acteurs sur le terrain. Le Messager parle d’amateurisme, en expliquant comment après leur défaite face à l’Allemagne, les joueurs ont fait la fête, lors d’une fête organisée par communauté camerounaise de Leipzig. Ils y seraient resté jusqu’aux alentours de 3h30 du matin, à danser le makossa et le coupé décalé. Le quotidien parle même d’une équipe aux abois, se reposant sur ses acquis. L’équipe serait « une constellation de stars dans laquelle chacun veut faire son show pour se faire beau, sans avoir de compte à rendre ». De plus, il est fait état de rivalités entre joueurs, de trafic d’influence et disputes diverses, même si le capitaine Rigobert Song tente de dédramatiser, en arguant que les joueurs sont conscients des espoirs placés en eux.

L’indiscipline de certains joueurs s’est manifestée à maintes reprises. Le premier à en avoir fait les frais demeure l’ex entraîneur Winfried Schäfer. Son manque d’autorité a été beaucoup décrié, surtout vis à vis de certains piliers de l’équipe, qui prennent leur titularisation comme un acquis. La fédération camerounaise de football n’a, quant a elle, aucune emprise sur les joueurs, qui selon les termes de certains dirigeants « disent bonjour par politesse ».

Qui pour succéder à Schäfer ?

Il semblerait que le prochain sélectionneur des Lions Indomptables soit de nationalité française, à en croire ce qui se dit au pays. Plusieurs noms sont évoqués : Gérard Houiller, l’ancien entraîneur de Liverpool (Grande-Bretagne), Bruno Metsu, l’ancien entraîneur du Sénégal et actuellement en poste à Al-Gharafa (Qatar), Philippe Troussier, ancien sélectionneur du Burkina Faso et du Japon. Les noms de Luis Fernandez, ancien entraîneur du Paris Saint-Germain (France), et de Jean Tigana, ex entraîneur de Monaco (France) et de Fulham (Grande-Bretagne) sont également mentionnés. Le dernier nom, est celui de l’ancien coach des Lions Indomptables, Pierre Lechantre, qui, chose étrange, avait été contraint de laisser sa place à Winfried Schäfer. Il a en tout cas l’avantage de connaître l’équipe.

Une chose est sûre, la tache du prochain sélectionneur ne va pas être de tout repos. Il devra être en mesure d’asseoir son autorité et composer avec les caprices de certains joueurs. L’enjeu est de taille, et les objectifs sont nombreux. Il s’agit avant tout de qualifier l’équipe à la prochaine Coupe d’Afrique des nations, mais également d’emmener l’équipe aux phases finales de la Coupe du monde 2006, qui se déroule en Allemagne. Pour cela, il nous faut compter sur le sursaut d’orgueil des Lions, mais également sur celui qui réussira à les dompter.

Les sélectionneurs du Cameroun

1 1970 Raymond Fobete (Cameroun) et Dominique Colonna (France)
2 1970-1973 Peter Schnittger (Allemagne)
3 1973-1975 Vladimir Beara (Yougoslavie)
4 1976-1979 Ivan Ridanovic (Yougoslavie)
5 1980-1982 Zutic Branco (Yougoslavie)
6 1982 Jean Vincent (France)
7 1982-1984 Rade Ognanovic (Yougoslavie)
8 1985-1988 Claude Le Roy (France)
9 1988-1990 Valeri Nepomniachi (URSS)
10 1991-1992 Philippe Redon (France)
11 1993-1994 Kaham, Nyongha, Manga Onguene et Sadi (Cameroun)
12 1994 Henri Michel (Cameroun)
13 1994-1996 Jules Nyongha (Cameroun)
14 1996-1997 Henri Depireux (Belgique)
15 1997-1998 Jean Manga Onguene (Cameroun)
16 1998 Claude le Roy (France)
17 1999-2001 Pierre Lechantre (France)
18 2001 Jean Paul Akono (Cameroun)
19 2001-2004 Winfried Schäfer (Allemagne)