Effectuer un retour aux sources, en signant dans un club du « bled ». L’idée séduit certains footballeurs français d’origine maghrébine. Mais l’expérience vire parfois au cauchemar. Franco-algérien, formé au PSG, et attaquant au Grenoble Foot 38 (CFA), Malik Rouag peut en témoigner. Entretien avec Afrik-Foot.


Reportage à Grenoble (Isère)

« Je n’avais qu’une hâte : que cela se termine » . Malik Rouag n’y va pas par quatre chemins lorsqu’il évoque son passage dans les rangs de l’USM Blida (Algérie). En janvier 2011, l’attaquant de 31 ans s’engage en faveur du club, alors en Ligue 1. Pour le joueur né en région parisienne, mais issu d’une famille algérienne, il s’agit d’une première expérience « à l’étranger » Malgré les « mauvais échos » entendus sur le football algérien, il est déterminé à « tenter l’expérience par lui-même. »

« Au début, cela s’est bien passé » , se rappelle l’ancien international espoir algérien. Mais, très vite, les difficultés font surface. Principal problème pointé du doigt par l’attaquant du Grenoble Foot 38 (CFA) : « l’organisation catastrophique ; les clubs n’ont de professionnel que le nom. » A l’époque, les deux terrains de la ville sont en travaux, et les pensionnaires de l’USM Blida doivent parcourir une heure et demie en bus tous les jours pour s’entraîner.

« La récupération en prend un coup » , déplore Malik Rouag. Les travaux obligent aussi les Blidéens à disputer « tous leurs matches à l’extérieur. » Les entraînements « à 40°C sur des synthétiques de première génération » ont raison de la patience de l’attaquant. « En rentrant chez moi, j’avais les pieds en feu ! » , peste-t-il.

« Comme un blond aux yeux bleus »

Plus que les matches amicaux annulés à la dernière minute, un épisode marque particulièrement le joueur formé au PSG. « Le jour d’un match important » , en guise de traditionnelle promenade, les joueurs ont eu droit à trois heures de bus pour aller marcher quelques minutes ! Un périple effectué au détriment du repos d’avant-match. « Dans ces conditions, ce n’est plus un match que tu prépares ! »

Au-delà de l’organisation défaillante, Malik Rouag est surtout déçu sur le plan humain. « Je n’ai pas accroché avec l’ambiance. On sent que les locaux font la différence entre eux et les ‘immigrés’, comme ils disent. Quand on débarque, ils voient arriver un blond aux yeux bleus. Ils pensent qu’en France, c’est l’eldorado, qu’on est plein aux as…. » Pourtant, c’est en Algérie que le Grenoblois, qui a surtout porté les couleurs de clubs amateurs, perçoit les salaires les plus élevés de sa carrière : « 7 000-7 500 euros par mois. Mais il faut souvent insister pour être payé… »

« D’avantage étranger en Algérie qu’en France« 

Sur le rectangle vert, la division du groupe en deux « clans  » est évidemment palpable : « Les locaux se connaissent depuis longtemps. Ils se disent ‘lui, il arrive de France, il a tout ce qu’il veut là-bas, mais il vient ici pour prendre la place de mon pote. Je ne vais pas lui faire de passe !’ Un groupe ne peut pas avancer comme ça… On joue presque les uns contre les autres. »

Gueugnon, Pau, Albi : l’attaquant a arpenté les pelouses de la « France profonde » au cours de sa carrière. Pourtant, « je me suis davantage senti étranger là-bas qu’en France » , assure-t-il. « C’était simple : je finissais l’entraînement et je rentrais chez moi. Hors du terrain, il n’y avait rien avec les joueurs. On était quatre ‘immigrés’, dont trois à vivre dans la même résidence. Entre nous, ça allait. Mais, sinon, on ne voyait personne. »

Pour couronner le tout, Malik Rouag a dû composer avec une presse sportive locale aux pratiques particulières. « Les journalistes font les interviews à ta place. Ils disent qu’ils t’ont eu au téléphone alors que c’est faux. Parfois, on m’accusait d’être rentré sur Paris alors que j’étais au bled ! »

En juin 2011, le buteur quitte le club et rentre en France. « Mon passage à Blida a duré six mois qui m’ont paru aussi long que six ans. J’avais un sentiment de dégoût. On aura beau me dire tout ce qu’on veut, je ne rejouerai plus jamais là-bas. » Pour Malik Rouag, désormais, le bled c’est seulement « en famille » , du côté de Biskra, un peu plus au sud.