CAN 2023 : Kameni – « quand le Cameroun va quelque part, c’est pour gagner » [Exclu]

À bientôt 40 printemps, le 18 février prochain, Idriss Carlos Kameni a remis les gants et retrouvé le rectangle vert du côté de d’Antequera (D3 – Espagne). Un rebond inattendu pour le talentueux gardien de but international camerounais. Pour l’une de ses toutes premières sorties médiatiques, l’ex-portier de Malaga a accordé une interview exclusive à Afrik-Foot.com. Exercice au cours duquel il n’a pas totalement fermé la porte à un retour en sélection. La légende du club de Malaga a aussi partagé ses impressions sur l’état actuel des Lions indomptables et bien d’autres sujets, notamment autour de sa reconversion. Première partie.

Entretien réalisé par Yoro Mangara,

Bonjour Idriss Carlos Kameni. À 39 ans, vous avez décidé de remettre les gants. Quelles sensations ça vous fait de retrouver le terrain ?

De très bonnes sensations dans la mesure où je m’entraîne tous les jours. Mais c’est vrai que ce n’est pas la même chose qu’être sur le terrain. Ça m’a fait du bien de retrouver le terrain. Les sensations étaient très bonnes.

Vous revenez en 3ème division espagnole. Pourquoi avoir accepté ce challenge ?

J’ai eu des offres dans des catégories supérieures dans d’autres pays. J’ai privilégié la famille avec la proposition d’Antequera. J’ai attendu de meilleures propositions étant un joueur libre. C’est vrai que le club est à côté de la maison et ils avaient un gardien blessé. Ils m’ont contacté pour donner un coup de main.

Quels sont vos objectifs avec le club d’Antequera ?

Pour le moment, je suis là jusqu’en janvier. Une façon de les aider à aller de l’avant. Le club est actuellement 4ème au classement, dans la zone des play-offs pour la montée en 2ème division. Pour le moment cela se passe bien. Ils aimeraient discuter en janvier d’une prolongation. On verra bien.

« Je ne reviendrai pas prendre la place d’un jeune »

Au mois de janvier, il y a le début de la CAN. Est-ce que vous rêvez de faire partie de la liste de Rigobert Song ?

Rêver à cet âge, avec toutes les équipes dans lesquelles j’ai évolué ? Non ! Je pense avoir fait mon temps dans cette sélection. Il y a de très bons gardiens actuellement dans cette sélection. Ils sont jeunes et peuvent faire l’affaire. J’ai toujours dit que je répondrai présent à la sélection que s’il y a urgence de dernière minute. Je ne le souhaite à personne parce que je parle d’une blessure ou d’une défaillance. Je ne reviendrai pas aujourd’hui prendre la place d’un jeune qui a besoin de l’équipe nationale pour continuer dans sa progression. Ça non !

Fabrice Ondoa joue peu en club. Vous avez peut-être une chance d’en faire partie…

Il ne s’agit pas d’être compétitif pour moi par rapport à mes jeunes frères. Je ne me compare pas à eux. Même si malheureusement, il ne joue pas en club, c’est du ressort du sélectionneur. Il prend ses décisions en âme et conscience et pour le bien de la nation. Je ne serai pas appelé pour que l’un des deux manque à l’appel. Je ne viendrai qu’en cas d’urgence.

Quand on dit le nom de Kameni, on pense aux JO de Sydney. Pouvez-vous revenir sur cette expérience exceptionnelle que vous avez vécu avec le groupe Cameroun ?

Ça prendrait plus d’une journée pour revenir dessus (rires). J’estime que ça restera une expérience à jamais gravée dans ma mémoire mais aussi celle du peuple camerounais et de tous les sportifs. Parce que, à 16 ans, faire partie de ce groupe et ramener la médaille d’or, c’est quelque chose à la base, inimaginable. On a écrit l’histoire et j’en suis fier.

« Nous, Camerounais, ne connaissons pas la figuration »

À 16 ans vous étiez au Havre. Quels souvenirs gardez-vous de ce passage au HAC ?

De très beaux souvenirs. Je suis toujours en contact avec certaines personnes au club mais aussi de la ville. J’ai une famille là-bas, la famille Lô. Boubacar Dembélé et tous ces gens de notre génération des moins de 15 ans. Je suis toujours en contact avec cette ville qui m’a beaucoup apporté. C’est ma 2ème ville. Je suis arrivé à 13 ans et j’ai passé 7 années de ma formation au Havre. Le HAC est à la base de tout.

Suivez-vous les performances du Havre ?

Oui, oui. Je regarde leurs matchs. J’ai vu qu’ils ont signé André Ayew à qui je souhaite bon vent dans cette équipe qui fait de très belles choses sans grandes stars et malgré les départs. Avec Mathieu (Bodmer) le directeur sportif et toute son équipe, le staff technique. On voit que les choses sont bien faites depuis quelques années et tout le mérite leur revient.

Revenons à l’équipe du Cameroun. Les voyez-vous aller loin dans cette coupe d’Afrique des nations ?

En tant que Lion et camerounais, je crois que cette équipe peut aller loin. Nous ne connaissons pas la figuration. Quand on part en compétition c’est pour y faire quelque chose. Le groupe tarde à trouver ses marques avec l’intégration de jeunes joueurs dans chaque stage. Mais je suis confiant et persuadé que mes jeunes frères vont faire une très bonne CAN.

La dernière fois que le Cameroun a été champion d’Afrique c’était en 2017. On a l’impression de l’extérieur que la mentalité a quelque peu changé dans le groupe Cameroun. Avez-vous la même perception ?

Vous pouvez avoir l’envie et être incapable de la réaliser sur le terrain. C’est vrai que le fighting spirit camerounais n’est plus vu comme dans le passé. Effectivement, avant ne serait-ce que dans le regard, la manière d’agir sur le terrain on sentait des joueurs enragés. C’est peut-être cela qui fait croire aux gens que ce n’est plus le même état d’esprit. Mais je vous le dis, les Lions quand ils vont quelque part, c’est pour gagner.

« La confiance que j’ai envers Rigo est très forte »

Il y a une nouvelle tendance en Afrique de mettre d’anciens internationaux à la tête des sélections. Le Maroc avec Regragui, Aliou Cissé au Sénégal, Rigobert Song chez vous. Avez-vous confiance en Song pour mener les Lions indomptables ?

Il y est depuis plus d’un an. Il ne s’agit même pas de confiance. Cette confiance que j’ai envers Rigo est très forte. On a passé 14 ans ensemble en sélection. C’est un grand frère pour moi. S’entourer de très belles personnes l’aidera à avancer. La confiance est là, il faut que les choses soient bien faites.

À votre époque on disait souvent de l’extérieur, que Samuel Eto’o faisait les listes. Qu’en est-il vraiment à l’intérieur ?

À l’intérieur du groupe, on en a toujours rigolé. Vous, de l'extérieur, vous avancez souvent des choses que nous-mêmes ignorions. Si c’était le cas, pourquoi donner un important salaire au sélectionneur ? Je ne comprends pas. Comme toutes les équipes on a souvent des leaders, qui peuvent avoir leur mot à dire sur certaines choses. Mais de là à dire que nous étions là pour faire des listes. Nous étions là plutôt pour faire gagner le pays.

Quel est ton meilleur souvenir avec les Lions indomptables ?

Je dirai la CAN 2002. J’étais remplaçant. Mais c’était une très belle aventure humaine. On est parti comme favori après avoir remporté la CAN au Nigeria deux ans plus tôt. Mais les conditions n’étaient pas faciles, on a fait une préparation au Burkina Faso où on a resserré les liens. Le logement, le transport n’étaient pas évidents mais on en a ressorti un groupe soudé qui voulait. Je suis fier d’avoir fait partie de cette épopée. Mais l’or olympique restera pour moi le plus beau des souvenirs en sélection.

Rendez-vous prochainement pour la seconde partie de notre entretien avec Carlos Idriss Kameni, qui évoquera notamment les débuts d'André Onana à Manchester United et le mandat de président de Samuel Eto'o.

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Yoro Mangara