Les frères ivoiriens Bonaventure et Salomon Kalou ne se retrouveront pas sur les pelouses allemandes, cet été, lors de la Coupe du monde de football. Soutenu par Marco Van Basten, Salomon a vu lundi la redoutable ministre néerlandaise de l’Immigration, Rita Verdonk, lui refuser pour la troisième fois sa demande de naturalisation express.


Salomon Kalou ne jouera pas pour les Pays-Bas lors de la Coupe du monde 2006, du 9 juin au 9 juillet prochains, en Allemagne. Le footballeur d’origine ivoirienne, qui souhaite jouer avec les autres « Oranje » – la Côte d’Ivoire joue aussi avec cette couleur – a trouvé sur sa route Rita Verdonk, ministre de l’Immigration et véritable Carlos Mozer du gouvernement néerlandais. Intraitable, elle oppose la même défense aux candidats lambda à la naturalisation qu’aux stars : « le test de langue et de culture néerlandaise ». Lundi, elle a refusé pour la troisième fois au frère du capitaine de la sélection ivoirienne, Bonaventure Kalou, l’accès à la nationalité par voie accélérée. « La ministre a rendu sa décision et estimé que les réclamations présentées par le joueur et son avocat étaient infondées », a indiqué le ministère de la Justice.

En réalité, elle a accepté de ne pas attendre que le footballeur justifie des cinq ans de résidence réglementaires pour demander la naturalisation, mais seulement s’il réussissait le fameux test, le 10 mai prochain. Soit cinq jours avant que le coach des Pays-Bas, Marco Van Basten, ne donne sa liste des joueurs sélectionnés pour le Mondial. Même s’il le réussissait, il ne pourrait obtenir son passeport à temps pour aller en Allemagne.

Les sélectionneurs le veulent

« Intérêt spécifique » ? Tous les entraîneurs néerlandais perçoivent ce que le jeune attaquant, âgé de 21 ans, pourrait apporter à la sélection batave. Arrivé au Feyenord Rotterdam en 2003, Salomon Kalou a fait éclaté
son talent en 2004-2005, après une saison de prêt à l’Excelsior de Rotterdam, inscrivant 20 buts en 31 matches de championnat. Dès septembre 2004, il a fait état de sa volonté de jouer pour les Pays-Bas, visant alors la Coupe du monde des moins de vingt ans qu’organisait le pays en juin 2005.

« Ce sera mieux pour ma carrière d’avoir un passeport européen », avait également fait valoir le jeune homme. Il est alors soutenu par le coach des moins de vingt ans, Foppe de Haan, qui déclare le vouloir dans sa sélection, le convoque à un camp d’entraînement et lui prédit le meilleur avenir avec les « Seniors ». Plus dure sera la chute. Le 2 juin 2005, il essuie sa première défaite face au gouvernement, qui rejette sa demande de naturalisation express. Salomon fonde alors tous ses espoirs sur « La » Coupe du monde et attend la fin du mois d’août pour faire appel.

En novembre, devant le tribunal de Rotterdam, le sélectionneur national, Marco Van Basten, vient en personne plaider en sa faveur : « Salomon a des qualités exceptionnelles. S’il obtient un passeport néerlandais, il sera d’un immense apport à notre équipe en Coupe du monde », explique l’ancien International et génie du Milan AC, qui l’assure même d’une place en sélection. Le 9 décembre, la justice oblige le gouvernement à revoir sa copie ; la Cour de Rotterdam n’est « pas convaincue par les arguments apportés par la ministre de l’Immigration ». Rita Verdonk, qui indiquait que le footballeur serait sans doute attiré par un autre club européen après avoir obtenu sa nationalité, fait à son tour appel, mais est déboutée par le Conseil d’Etat, plus haute autorité administrative du pays.

« Une énigme »

Lundi, elle a rendu sa dernière décision sur la saga Kalou. « C’est une énigme », se plaint la conseillère juridique de Salomon, Jelle Kroes, qui s’est finalement appuyée sur un point de la loi censé favoriser les sportifs de haut niveau. « Il est écrit que Salomon doit passer le test car en tant que sportif de haut niveau, il est un modèle. Tous les sportifs de haut niveau qui veulent avoir la nationalité néerlandaise devront apparemment passer le test de naturalisation, même si la section 10 leur offre précisément la possibilité de l’éviter », se plaint-elle en lisant les justifications de la dame de fer néerlandaise. « Nous avons encore des moyens légaux à notre disposition, mais ce sera à Salomon de décider », conclut-elle.

Comme les choses sont mal faîtes, le frère de Salomon, Bonaventure, 28 ans, qui a joué de 1997 à 2003 à Rotterdam et remporté avec le club la Coupe de l’UEFA, en 2002, dispose de la double nationalité néerlandaise/ivoirienne. Mais il a choisi les Eléphants, avec lesquels il compte quarante sélections et dix buts. Après avoir vu plusieurs convocations restées lettres mortes et lui avoir fixé un ultimatum, Jacques Anouma, président de la Fédération ivoirienne de football, a décidé fin mars 2005 de fermer la porte à Salomon. L’été prochain, la Côte d’Ivoire et les Pays-Bas se retrouvent dans le même groupe de la Coupe du monde, en compagnie de l’Argentine et de la Serbie-Montenegro.