A une semaine du début de l’Euro Espoirs, organisé en Israël, Frédéric Kanouté lance un nouvel appel à boycotter la compétition. Soutenu notamment par l’archevêque Desmond Tutu, l’attaquant malien dénonce les contradictions de l’UEFA, qui prend des mesures contre le racisme, mais maintient l’organisation de l’Euro dans un pays qui pratique des discriminations.


Frédéric Kanouté est un fervent défenseur de la cause palestinienne. L’attaquant malien ne s’en est jamais caché. En janvier 2009, en plein cœur de l’opération « Plomb Durci », le joueur, qui évoluait alors au FC Séville, avait fêté un but en relevant son maillot pour laisser apparaître un t-shirt de soutien à Gaza. En novembre 2012, ce musulman pratiquant, converti lorsqu’il avait une vingtaine d’année, témoigne à nouveau de son soutien au peuple palestinien en lançant une pétition appelant à boycotter l’Euro U21 (ou « Espoirs »), qui doit être organisé en Israël du 5 au 18 juin prochains.

Plusieurs collègues du Malien signent le texte. Mais la pétition vire rapidement au fiasco : parmi les 61 signataires, de nombreux joueurs se rétractent ou démentent avoir signé. C’est le cas notamment de Didier Drogba, Souleymane Diawara ainsi que des frères Ayew. D’après Frédéric Kanouté, les pressions exercées sur les joueurs, souvent par leur club, sont à l’origine de ces multiples désistements.

Le deux poids, deux mesures de l’UEFA

Néanmoins, une semaine avant le lancement de la compétition, l’attaquant du Beijing Guoan n’abdique pas. Une lettre ouverte a été adressée au Guardian le 27 mai, appelant une nouvelle fois à boycotter l’Euro. Parmi les signataires, on retrouve Frédéric Kanouté en compagnie d’une vingtaine de personnalités, comme le réalisateur britannique Ken Loach et, surtout, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, lauréat du Nobel de la paix en 1984 ; une personnalité très influente sur le continent africain et mondialement respectée.

La tribune dénonce les contradictions de l’UEFA : alors que l’instance européenne a annoncé la semaine dernière une série de mesures destinées à lutter contre la racisme et les discriminations, elle reste « insensible aux discriminations flagrantes et anciennes infligées aux sportifs et sportives palestiniens par Israël« , s’insurgent les signataires.

Les joueurs palestiniens pâtissent toujours des restrictions à la liberté de mouvement imposées par l’Etat hébreu. D’autre part, les autorités israéliennes bloquent les fonds et équipements sportifs que les donateurs internationaux ont offert à la Palestine, indique Le Monde Diplomatique. Pis, le joueur palestinien Mahmoud Sarsak a passé deux ans dans les geôles israéliennes, où il a été torturé, après avoir été arrêté sans raison alors qu’il se rendait à un rassemblement de la sélection nationale. Et son cas n’est pas isolé, plusieurs de ses coéquipiers étant toujours emprisonnés.

Mises en garde restées lettre morte

Michel Platini, le président de l’UEFA avait d’ailleurs haussé le ton en septembre 2010. « Ils (Israël, ndlr) doivent respecter le message des lois et réglementations sportives internationales, faute de quoi leur présence en Europe n’aura pas lieu d’être. Je vais peser de tout mon poids pour mettre un terme à la souffrance du joueur palestinien. Israël n’a qu’un seul choix : laisser le sport palestinien se développer ou il doit assumer tout seul les conséquences de son attitude« , avait menacé l’ancien joueur de la Juventus.

Une mise en garde restée au stade de la déclaration d’intention puisque, quelques mois plus tard, l’Etat hébreu se voyait confier l’organisation de l’Euro Espoirs 2013. La réception d’une délégation de militants européens par l’UEFA le 25 janvier dernier n’aura rien changé. « Le sport ne peut se mêler de politique, c’est pourquoi l’UEFA n’envisage pas de prendre des sanctions contre Israël« , a rétorqué le président de l’instance européenne.

L’UEFA ne veut pas mêler sports et politique

« L’UEFA récompense le comportement cruel et sans foi ni loi d’Israël en lui accordant l’honneur d’organiser la compétition« , s’indignent les signataires de la tribune. L’instance dirigée par Michel Platini « ne doit pas autoriser Israël à utiliser un événement footballistique prestigieux pour blanchir son déni raciste des droits des palestiniens et sa colonisation illégale des terres de Palestine« , conclut le texte.

Frédéric Kanouté et les co-signataires exhortent l’UEFA à emboîter le pas à Stephen Hawking. L’astrophysicien britannique a récemment refusé de participer à une conférence internationale qui devait avoir lieu en Israël. Bien que l’UEFA soutienne que sports et politique ne font pas bon ménage, des exclusions sportives ont déjà été prononcées pour des motifs politiques : de 1964 à 1992, durant l’apartheid, la sélection de football d’Afrique du Sud a été suspendue de toute compétition par la FIFA et la CAF. A une semaine du début de l’Euro Espoirs, une volte-face de l’UEFA apparaît cependant très improbable…