La Coupe du monde s’achève ce dimanche au Brésil avec une finale qui opposera l’Allemagne à l’Argentine. Retour sur le parcours des sélections africaines avec Lise-Laure Etia, journaliste à TV5 Monde. Footballeuse amatrice, c’est en experte du ballon rond qu’elle a suivi l’événement sportif sur la chaîne francophone. Entretien.


Les téléspectateurs africains la retrouvent chaque lundi pour sa chronique sport dans le journal Afrique de TV5 Monde . Pendant la Coupe du monde, elle a décrypté les matchs des équipes du continent lors des spéciales de la chaîne francophone. Depuis quelques mois, elle co-présente l’émission « Africanités », nouveau venu de la grille des programmes de TV5 Monde, aux côtés d’Amobé Mévégué et de Christian Eboulé. C’est un peu cliché mais Lise-Laure Etia est une femme qui aime le foot et depuis longtemps. Un intérêt personnel, exploité sur le plan professionnel, qui n’a jamais surpris sa mère. «C’était un garçon manqué, ça ne m’étonnait pas qu’elle joue au foot», confie cette dernière.

Comme vous l’aviez pronostiqué dans le premier numéro d’ « Africanités » (le nouveau rendez-vous de TV5 Monde que l’on retrouvera à la rentrée) consacré au football en Afrique avant la Coupe du monde, le Nigeria a été la meilleure équipe africaine en atteignant les huitièmes de finales. Le pronostic était juste mais les Nigérians pouvaient-ils mieux faire ?

Le Nigeria a hérité d’une poule assez facile avec l’Iran, la Bosnie et l’Argentine. Il avait par conséquent de fortes chances de passer. Le premier match et ce score nul face à l’Iran – 0 à 0 – nous ont un peu refroidis parce que les adversaires étaient des joueurs qui évoluaient pour la plupart dans des ligues amateurs. Les Nigérians se sont ensuite rattrapés et auraient pu venir à bout des Bleus pendant les huitièmes de finale. Leurs adversaires n’ont réussi à marquer qu’à la 70e minute. Oui, les Super Eagles auraient pu aller plus loin. D’autant qu’ils ont la particularité – c’est exceptionnel sur le continent – d’être entraînés par leur compatriote Stephen Keshi, sacré meilleur entraîneur africain en 2013. Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est que va devenir le Nigeria ? Keshi est annoncé partant, Yobo a annoncé sa retraite et Enyeama pourrait être également sur le départ. A noter qu’il y a eu des problèmes de primes aussi dans cette équipe. Malgré les performances des Algériens et des Nigérians, le football africain est malade.

Les primes, un mal africain semble-t-il. Les Zaïrois avaient été battus 9 à 0 face à la Yougoslavie lors de la Coupe du monde en 1974 pour les mêmes raisons…

Les gens en avaient beaucoup voulu à cette équipe pour avoir réalisé une si piètre performance – avec leurs 7 buts à 1 face à l’Allemagne, les Brésiliens ne sont pas plus enviables – alors qu’à l’époque, c’est tout simplement parce qu’ils n’avaient pas été payés. Ils avaient par conséquent pris la décision de boycotter la rencontre. Pourtant, le président Mobutu aurait pris à l’époque toutes les dispositions dans ce sens.

Revenons à la belle surprise algérienne. Les résultats des Fennecs ont étonné les spécialistes. Pourquoi ?

La qualification de l’Algérie face au Burkina Faso, dans des conditions difficiles, ne laissait pas augurer d’un parcours aussi beau. Mais on aurait pu le pronostiquer grâce au « Coach Vahid ». Il était en poste depuis trois ans et il a monté une belle équipe où l’on retrouve des joueurs comme Djabou qui évolue en Tunisie. A l’instar de Keshi, il s’est entouré de footballeurs qui jouaient sur le continent et à l’international. Vahid Halilhodzic a aussi pris le risque de se mettre à dos la fédération algérienne. Une stratégie payante a posteriori. Il a mené l’Algérie là où on ne l’attendait pas et les Fennecs se sont illustrés de très belle manière face à l’Allemagne qui est aujourd’hui en finale. Sa démarche semble valider le fait qu’il faille peut-être dire non à l’establishment local pour pouvoir travailler et obtenir des résultats.

Le Cameroun ?

La sélection camerounaise a été plus que décevante et c’est pourtant l’équipe africaine qui le plus participé à une Coupe du monde. Le Cameroun a touché le fond. Ce n’est pas le fait d’avoir été battu qui est le plus embêtant, c’est tous les petits scandales à côté, notamment les bagarres entre joueurs. Cela prouve qu’au sein de la fédération, on est tellement pas sereins que les joueurs en viennent à prendre des responsabilités qui ne sont pas les leurs. Comme le disait Roger Milla, il faut tout changer, les hommes notamment afin de faire de cet organe ce qu’il doit être. L’objectif étant avant tout que les joueurs jouent au lieu de régler des problèmes qui ne les concernent pas, au risque de mettre en péril la cohérence du groupe. Aujourd’hui, il y a même des accusations de corruption. On a sous-estimé l’ampleur des problèmes quand on voit ce que les joueurs nous ont montré au Brésil. Conclusion : tout est à réformer. D’autant plus que le Cameroun est candidat à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2019. Avant la prochaine au Maroc, il reste au demeurant assez de temps pour donner une autre image du football camerounais.

Et la Côte d’Ivoire ?

Il semble que les huitièmes de finales constituent un seuil psychologique que les Eléphants n’arrivent pas franchir. Je n’arrive pas à comprendre la performance de cette équipe ivoirienne qui était largement favorisée par le niveau de sa poule composée du Japon, de la Grèce et de la Colombie. Elle s’impose face au Japon, perd face aux Colombiens mais surtout rate une qualification historique, à 30 secondes près, pour les huitièmes face à la Grèce. Les choix de l’entraîneur Sabri Lamouchi ont été critiqués notamment l’utilisation de Didier Drogba. Avec tout le potentiel qu’elle avait,  » la génération Drogba » n’aura au final rien gagné : pas de CAN, trois qualifications pour la Coupe du monde sans jamais passer les huitièmes… On a le sentiment d’un gâchis même si la nouvelle génération semble également prometteuse.

Qu’en est-il du parcours du Ghana ?

Comme le Cameroun, le Ghana a hérité d’une poule difficile lors de cette Coupe du monde. Elle en est à sa troisième participation à cette compétition et elle est toujours arrivée en huitièmes. En 2010, elle s’est même qualifiée pour les quarts de finale. Le Ghana, qui avait déjà battu à plusieurs reprises les Etats-Unis, n’a pas pu s’imposer lors de son premier match face aux Américains. Ensuite, il a été difficile de battre le Portugal. Mais à noter qu’elle a résisté aux Allemands (2-2) qui sont aujourd’hui en finale. C’est le problème de toutes ces équipes africaines : quand on en attend rien, elles vous livrent des résultats exceptionnels. Comme l’Algérie cette année et le Ghana en 2010. En revanche, quand on est optimiste, pas de résultat. Exemple avec la Côte d’Ivoire. Il faut que le football africain devienne plus professionnel d’autant plus que nous sommes à la conquête d’une sixième place en Coupe du monde. En 2010, nous l’avions obtenue d’office parce que l’Afrique du Sud était le pays organisateur. En Afrique, il faut redynamiser les championnats afin d’atteindre un stade plus professionnel. Je salue d’ailleurs l’initiative de la Confédération africaine de football (CAF) qui organise depuis 2009 le championnat d’Afrique des nations (CHAN) qui réunit les joueurs locaux.

Allemagne-Argentine : des finalistes logiques pour cette compétition 2014 ?

L’Allemagne ne me surprend pas. Depuis le début de la compétition, elle a montré qu’elle avait le niveau pour aller loin. Je suis beaucoup plus surprise par l’Argentine qui jusque-là n’avait rien montré. C’est la « Messi-dépendance » au sein de cette sélection. Les Argentins ne m’ont pas enchantée durant cette Coupe du monde. Je ne voyais pas le Brésil en finale parce que leur jeu a été poussif et surtout qu’ils terminaient la compétition privée de deux joueurs cadres : Neymar et Thiago Silva. Je suis plus déçue pour les Pays-Bas dont la constance aurait pu être récompensée par une Coupe du monde. Ils avaient les ressources : Van Persie, Schneider, Robben… Leur troisième place face au Brésil, qui confirme sa déconfiture, est bien méritée.

Votre ultime pronostic ?

Une victoire de l’Allemagne.

Vous avez suivi cette Coupe du monde de près avec les spéciales sur les antennes de TV5. Mais c’est avec une double casquette : celle d’amatrice et de commentatrice ?

J’ai toujours suivi ces compétitions, récemment pour le travail. Mais j’aime le foot, le jeu en général.

Comment le foot a débarqué dans la vie de la petite Lise-Laure parce que c’est une vieille passion semble-t-il ?

Ma passion du foot est vraiment née au Cameroun. Quand j’étais ici, je ne jouais pas du tout au foot (Lise-Laure est née à Poitiers et ses parents retourneront vivre au Cameroun quand elle a 9 ans). Quand nous sommes rentrés, nous habitions à Akwa (quartier de la capitale économique Douala), à côté d’un terrain de foot. Il faut dire qu’au Cameroun, tout le monde baigne dans une ambiance footballistique. J’ai commencé à jouer avec mes petits frères, puis les voisins du quartier quand papa et maman étaient au travail. Je pouvais jouer toute la journée parce que j’avais un physique qui me le permettait. Jongles, dribbles, coups de la tête sont venus tout naturellement sans qu’on m’ait appris. Dans le regard des autres, je me rendais compte qu’ils trouvaient que je ne me débrouillais pas trop mal. Ensuite, j’ai participé à des petites compétitions. En terminale, au collège Sacré-Coeur de Makaak, j’ai même intégré l’équipe masculine de foot. C’est mon père qui mettra le holà à tout ça bien qu’il ait lui même joué.

Vous seriez devenue footballeuse au lieu de journaliste autrement ?

Si c’était possible et si j’avais été encouragée dans ce sens. J’ai finalement fait du volley parce que papa a dit stop au foot mais pas au sport. Je n’étais pas particulièrement douée dans mon nouveau sport mais j’avais de l’énergie à revendre. La passion du ballon rond a dû alors attendre que je revienne en France et que je commence à travailler à TV5. Au début, j’ai alors cherché un endroit où je pouvais jouer au volley mais j’ai rencontré des joueurs tellement mauvais que j’ai décidé de retrouver plutôt une équipe féminine de football. J’ai fini par en trouver une à Issy-les-Moulineaux (région parisienne) au moment de sa création. J’y ai joué pendant cinq ans. Je ne ratais aucun des trois entraînements hebdomadaires et les matchs du week-end. Notre équipe était en division d’honneur. J’avais beaucoup de travail à cette époque mais le sport me permettait de me détendre. En 2003, tout va s’arrêter avec la rupture de mon ligament croisé antérieur (qui se trouve au centre du genou) lors d’un match. J’ai dû faire 200 séances de kiné pour éviter l’opération. Ma passion pour le foot a donc de nouveau pris un coup. J’ai tenté de rejouer mais je ne pouvais plus. Arrêter n’a pas été facile parce que j’aime vraiment le jeu. Je suis devenue par conséquent spectatrice en allant au stade, au Parc des Princes (situé en région parisienne) notamment. J’aime tous les foots : celui des enfants, des minimes, le foot féminin, les grands joueurs… Tout me passionne. Pendant toutes ces années, j’ai fait des sujets sur le foot dans « Continent noir » (le magazine qu’elle a animé et assuré la rédaction en chef pendant plus d’une décennie) et je continue encore à en faire dans ma chronique sport.

Un dernier mot sur « Africanités », présenté par Amobé Mévégué, le dernier né de la grille de TV5 Monde dont le premier numéro était consacré au football africain ?

« Africanités » est un magazine mensuel qui permet de décrypter l’Afrique d’aujourd’hui. Dans la version news, on évoque l’actualité chaude qui est souvent triste et largement politique. « Africanités » a la singularité de se pencher sur les faits de société. C’est à travers eux qu’on peut mieux comprendre le continent et ses évolutions. Après deux premiers numéros consacrés au football et à l’islam, l’émission reviendra à la rentrée, en septembre.