Fraîchement nommé sélectionneur du Congo, après avoir entraîné bon nombre de formations africaines, Claude Le Roy est intervenu lors du salon Foot Expo 2013, qui se tient actuellement à Marrakech, pour évoquer le rôle de sélectionneur, avec tout ce qu’il peut comprendre. L’occasion pour le technicien français d’évoquer l’échec des contacts avec la Fédération marocaine.


Au salon Foot Expo à Marrakech

 Les difficultés du métier et le contraste Europe-Afrique

« En Europe, tout est calibré et fait en amont pour ne rien laisser au hasard. C’est dans la continuité de ce que font les clubs. Quand on arrive en Afrique, tout se fait au quotidien et c’est là que les problèmes apparaissent. Il faut sans arrêt remettre l’ouvrage sur le métier. Mais pour réussir, ou du moins avoir quelques résultats avec une sélection africaine, il faut que les techniciens ne se croient pas au ‘Club Med’ et laissent aller les choses.

Il faut donc rester en alerte au quotidien et faire face aux difficultés et pressions, d’autant plus qu’en Afrique on a encore besoin des politiques pour tout ce qui est du soutien financier, même si la FIFA y est réfractaire. Ça facilite les affaires quotidiennes lors des préparations ou des déplacements. Mais, il faut éviter à tout prix la main-mise qui peut arriver par la suite car là il y aura ingérence. Il faut que les joueurs gardent en tête que le patron reste le sélectionneur et son staff technique. Il faut donc être très clair et ferme avec les politiques…. au risque d’être mis dans un avion le jour même.

Sélectionneur, c’est un métier plus dur avec les joueurs qui ne jouent pas. Il faut être encore plus vigilent avec eux et leur expliquer que c’est pour le bien de l’équipe, même s’ils ont fait des kilomètres, laissé leur club pour venir sur le banc. Il faut également faire comprendre lors des changements que ce n’est pas un joueur qu’on sort, mais un plus qui va entrer et apporter à l’équipe.

La pression est plus forte en Afrique car l’équipe nationale est souvent symbole du patrimoine national. Donc quand on touche au patrimoine, ça crée toujours des remouds. »

 Les sélectionneurs locaux

« C’est à eux de montrer leur personnalité pour par exemple empêcher les interférences dans leur travail. Une personnalité qui doit aussi apparaître au moment de négocier tout ce qui est salaire, primes et conditions de voyages etc. On assiste à l’arrivée de sélectionneurs locaux au niveau continental et c’est à eux de montrer leur caractère. Après, il y a une certitude : c’est qu’ils sont de plus en plus compétents et on va en voir émerger de plus en plus. »

 Les talents sur le continent

« La Plupart des talents africains au niveau mondial a émergé avant d’arriver en Europe. Il y a eu une formation en amont sur le continent africain. De Roger Milla à Samuel Eto’o, en passant par Michael Essien et Alex Song, ils sont tous débuté dans un club en Afrique. Il y a donc une certaine base. Mais, l’un des problèmes reste les ‘marchands d’esclaves’, ces faux agents prêts à tout pour faire partir de jeunes joueurs avec la complicité d’employés d’Ambassade peu scrupuleux par exemple. Et ce sont des jeunes dont on perd la trace dès leur départ du continent africain. Le tout pour des sommes qui sont des fois dérisoires. »

 Les facteurs d’intégration dans un groupe

« La langue est un outil essentiel d’intégration dans le groupe. En RD Congo, si tout le monde parle français en sélection, c’est le lingala qui a permis de former un noyau au sein de l’équipe. L’intégration a été plus compliquée pour les joueurs binationaux, qui n’ont pas grandi en RDC et qui ont eu la barrière de la langue en revenant sur le sol africain. Ce langage nous a permis de souder les joueurs entre eux. »

 Les contacts infructueux avec le Maroc

« Visiblement je ne devais pas être assez cher pour qu’ils décident de prendre Gerets (sourire). J’ai été en contact récemment avec le Maroc, mais la Fédération marocaine n’a pas pris de décision à cause de ses soucis administratifs avec l’élection du nouveau président. La Hongrie s’est manifestée, mais le Congo est arrivé avec un beau projet sportif, mais aussi éducatif.

J’aurais pu aller dans le Golfe, où on me proposait des sommes trois fois supérieures à mon salaire à Brazzaville. Mais ce n’était pas mon projet. J’ai accepté de prendre les rênes du Congo en leur ramenant un sponsor majeur qui est Orange. Je me bats désormais pour ma Fédération et mon prochain objectif est de trouver un équipementier officiel. Ça fait aussi partie du rôle du sélectionneur.

Je regretterais toute ma carrière ces rendez-vous manqués avec la sélection du Maroc. J’ai souvent été tenté pour diriger l’équipe lorsque c’était possible pour moi, mais de son côté la Fédération marocaine a toujours voulu faire appel à moi alors que j’avais déjà d’autres engagements… »

 Pour plus d’informations sur le programme et les speakers de Foot Expo Forum Marrakech 2013, rendez-vous sur : www.footexpo.ma