OM : Marc Libbra – « ça fait bizarre de voir Aubameyang sur le banc » [Exclu]

Ancienne gloire de l’Olympique de Marseille devenu consultant, Marc Libbra a accordé un entretien exclusif à Afrik-Foot.com. Dans celui-ci, il commente la saison des Africains de l’OM. Nostalgique, il a aussi évoqué le plus grand joueur africain passés par le club phocéen. Cette partie de questions-réponses est rythmée par le franc-parler du natif de Toulon, avec quelques anecdotes croustillantes.

Entretien réalisé par Yoro Mangara

Comment expliquer qu’un grand buteur comme Pierre-Emerick Aubameyang n’y arrive pas à l’OM ?

De toute façon, pour marquer des buts, il faut déjà avoir le ballon, savoir se mettre en situation, il faut avoir un groupe qui sait évoluer ensemble. Tout ce que je viens d’énumérer, je crois que cela ne fonctionne pas. Quand on voit l’importance d’Alexis Sanchez la saison passée, ce qu’il a été capable de faire sur le front de l’attaque… Aujourd’hui, Aubameyang n’est pas capable de le faire. On parle toujours d’Aubameyang, de sa vitesse mais c’est une toute autre époque. C’était en 2016 à Dortmund. Malheureusement, tout le monde est déçu. Aubameyang a le talent mais il faut que l’équipe joue pour lui. Je ne pense pas que cette équipe marseillaise joue pour lui. Pour lui, c’est très compliqué. En plus de cela, changement d’entraîneur, nouvelle préparation avec Gattuso et surtout, au dernier match à Lens (défaite 1-0), il débute sur le banc. Je ne parle même pas de respect, s’il ne mérite pas d’être là, il ne joue pas. Mais ça fait bizarre. Aubameyang est là pour être le patron de l’attaque marseillaise et là il ne joue pas. C’est très compliqué pour lui, pour Vitinha et les autres attaquants. Aubame sait marquer des buts mais là, il faut l’aider.

Que pensez-vous globalement des performances des Africains de l’OM cette saison, notamment Chancel Mbemba, vainqueur l’an passé du Prix Marc-Vivien Foé du meilleur Africain de Ligue 1 ?

Si on prend l’exemple de Chancel Mbemba, on a du mal à le retrouver. Il a fait une saison réussie avec le prix du meilleur joueur africain, qui était assez logique pour moi. Je pense que ces joueurs-là, on besoin de confiance quoi qu’il arrive, et surtout de plénitude, d’être un petit peu zen. Et ça ne fonctionne pas forcément avec Marseille. (…) Il faut pouvoir entrer dans le moule de Marseille, c’est toujours très particulier, ça ne s’explique pas, il faut le vivre du matin au soir pour comprendre exactement comment ça se passe. Les joueurs ont envie de performer, de faire la différence, et je leur souhaite à tous de réussir, mais c’est très difficile. Parce qu’il faut trouver l’accord parfait avec le nouveau système, le nouvel entraîneur. Marseille, c’est quelque chose d’extraordinaire pour tous les joueurs, pas seulement les Africains. Par contre, si ça ne marche pas, ça peut devenir très compliqué.

« Iliman Ndiaye, ce n’est pas possible de recevoir un tel accueil »

Les débuts d'Iliman Ndiaye et d'Ismaïla Sarr ?

C’est pareil, ce sont des gamins, ce sont de jeunes joueurs. Ndiaye qui arrive d’Angleterre et qu’on ne connaissait pas forcément. C’est un pari, on le sait. Sarr c’est pareil, on va tenter un pari. On peut se permettre quand on évolue dans un autre club de dire « oui, ça va se passer, ça va le faire », mais à Marseille on ne fait pas de cadeau. Ndiaye, quand il est arrivé, je suis désolé pour lui mais ce n’est pas possible de recevoir un tel accueil. A un moment donné, il faut arrêter les bêtises et ce qu’on a fait autour de lui. Les gens, ils rêvent…

Ça me rappelle une chose : quand Drogba s’en va, c’est Peguy Luyindula qui arrive si mes souvenirs sont bons et on compare de suite. Mais ce n’est pas comparable ! Je me suis dit, « mais ils sont complètement fous ! » Je dis ça parce que je connais l’ambiance de Marseille, ce sont des mecs qui vont rêver et on se dit « ouais, ouais ça va être pareil que Drogba. » Mais Alexis Sanchez ne pourra jamais être remplacé, et Aubameyang ce n'est pas le profil d’Alexis Sanchez. Et Ndiaye, qui est un joueur qui a évolué en Championship, il doit faire ses preuves en France. Qu’on le veuille ou non, la Ligue 1 est plus difficile. (…) On prend les joueurs africains qui sont arrivés cette année, si on les met dans le moule de la saison passée, ça peut fonctionner. Cette année, ils sont tous dans le dur. Il va falloir s’arracher, se battre chaque matin et chaque soir pour s’en sortir.

« Le meilleur Africain de l’OM ? On cite souvent Drogba, mais… »

Qui est l’Africain le plus fort avec lequel vous avez évolué à l’Olympique de Marseille ?

J’ai connu Abedi Pelé, qui était pour moi exceptionnel. Mais je ne parlerai pas de mon époque parce que pour moi c’est Mamadou Niang. Je n’ai pas joué avec lui, parce qu’il débutait quand moi j’arrêtais ma carrière. Mamad a été selon moi le plus grand joueur africain de l’histoire de l’OM. Il est pour moi le dernier grand attaquant de l’Olympique de Marseille à ce jour. On cite souvent Drogba mais il n’a fait qu’une saison et il est parti. Mamad a tout connu. Il reste une référence absolue. J’en ai côtoyé beaucoup mais pour moi Mamad a été le plus grand de tous.

Quels étaient vos rapports avec Abdoulaye Diallo, le Sénégalais qui évoluait à l’OM à l’époque ?

(Éclats de rires) Je n’ai pas voulu le citer parce que c’est un mec exceptionnel qui était aussi attaquant à l’époque. Il s’occupait des jeunes du centre, de nous. Le centre de formation était dans un quartier de Marseille. On n’avait pas de véhicule pour rentrer. On prenait le bus. Et lui à plusieurs reprises nous a mis dans sa voiture pour nous ramener chacun chez lui. Abedi Pelé nous avait ramené aussi et s’occupait de nous. C’était top pour nous. Au moment où certains joueurs ne nous calculaient pas, eux avaient une attention pour nous. Avec certains c’était plus difficile d’échanger. Abdoulaye et Abedi étaient toujours ouverts et disponibles pour nous parler. Mais déjà ils s’attelaient à nous prendre avec eux alors qu’il fallait attendre des fois une heure le bus dans la rue. On a des souvenirs où on montait à 7 ou 8 dans leurs voitures, de superbes voitures. On était tous content parce que c’était un pro qui nous ramenait.

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Yoro Mangara