A l’occasion de son assemblée générale élective organisée ce vendredi à Rabat au Maroc, la Confédération africaine de football (CAF) a officiellement porté à sa tête, par acclamation, comme au «bon vieux temps», le Sud-Africain Patrice Motsepe, unique candidat en lice pour le poste de président suite au coup de force de la FIFA et de Gianni Infantino. Focus sur le nouveau boss du football africain.

Une réussite sud-africaine

Né à Soweto il y a 59 ans et fils de commerçants, Patrice Motsepe a fait fortune après l’apartheid dans l’industrie minière et la finance au point d’amasser un patrimoine estimé à 2,6 milliards de dollars qui en fait l’un des trois hommes les plus riches d’Afrique du Sud et la dixième plus grosse fortune du continent. Sa sœur aînée, Tshepo Motsepe, est l’épouse du président de la république sud-africain, Cyril Ramaphosa.

Président de club depuis 2004

Sans être très impliqué dans le foot, Motsepe est tout de même président du club des Mamelodi Sundows depuis 2004. Un véritable succès puisque les «Brazilians» ont décroché sept titres de champion d’Afrique du Sud sous sa présidence et surtout remporté la Ligue des champions africaine en 2016, s’imposant comme l’un des meilleurs clubs du continent ces dernières années.

Un candidat discret voire lointain

Avant de présenter une ébauche de programme, Motsepe a attendu le dernier moment, fin février. En raison de soupçons de contamination au Covid-19, ce n’est d’ailleurs même pas lui en personne mais le président de la Fédération sud-africaine de football, Danny Jordaan, qui avait annoncé sa candidature en novembre. Sa manière de décrire ses motivations («J’aime le football. Un amour stupide et irresponsable») ne sera pas forcément du goût de tous les passionnés. Plus inquiétant encore : certains dirigeants se sont émus de la faible connaissance que le Sud-Africain aurait des enjeux propres à la CAF…

Le coup de force d’Infantino

Disons-le clairement, Motsepe partait de très loin dans ce scrutin, mais le travail de fond du président de la Fédération nigériane, Amaju Pinnick, qui l’a introduit dans le milieu ces derniers mois, et surtout les efforts du président de la FIFA, Gianni Infantino, ont porté leurs fruits. Profitant de sa tournée africaine, le boss du football mondial est en effet directement passé par les chefs d’Etat qui ont ensuite convaincu les rivaux les plus coriaces du Sud-Africain, le Sénégalais Augustin Senhor et l’Ivoirien Jacques Anouma, de renoncer pour laisser le champ libre à Motsepe, unique candidat.

Une marionnette à la solde de la FIFA ?

En portant à la tête de la CAF un homme à l’emploi du temps surchargé, qui a déjà peu de temps à consacrer à son club et qui ne possède pas d’expérience à la tête d’une Ligue ou d’une Fédération, la FIFA espère pouvoir compter sur un dirigeant malléable qui lui permettra d’imposer ses vues sur le foot africain. D’où les craintes de «néocolonialisme» générées par cette élection. Le débat sur l’éventuel passage à la CAN tous les 4 ans (contre 2 actuellement), une idée portée par Infantino et à laquelle Motsepe n’est pas forcément hostile, sera un vrai test.

Une bouffée d’oxygène pour les finances du foot africain ?

Malgré les réserves logiques que suscite son élection (d’aucuns diront sa «nomination»), Motsepe a aussi de potentiels bons atouts à offrir. Son solide réseau dans le milieu des affaires pourrait ainsi permettre de débloquer des fonds qui permettraient à la CAF, dont les finances ont été rendues exsangues par la crise du Covid-19, de respirer. Le fait qu’il soit un homme neuf à l’échelle du football africain assure aussi qu’il ne traînera pas de casseroles contrairement à plusieurs dirigeants actuellement en poste. Enfin, les plus optimistes font remarquer que son prédécesseur, Ahmad Ahmad, avait aussi bénéficié du soutien de la FIFA pour se faire élire, ce qui ne l’avait pas empêché ensuite de parvenir à se libérer des mains d’Infantino. De là à imaginer que l’histoire se répète…