Côte d’Ivoire-Bernard Kouakou : “Je mérite la sélection”

Sociétaire de Samutsongkhram FC, Bernard Kouakou (35 ans) est désigné meilleur gardien du championnat thaïlandais chaque week-end. Surnommé “Superman” en Thaïlande, l’ancien portier titulaire des sélections jeunes de Côte d’Ivoire a gagné en maturité et attend impatiemment d’être appelé en équipe nationale par Michel Dussuyer, le sélectionneur des Eléphants. Entretien exclusif avec la rédaction.


De notre correspondant à Abidjan

Cela fait plusieurs années que vous évoluez dans le championnat thaïlandais. Comment jugez-vous le niveau ?

C’est un championnat très compétitif. Le niveau est très élevé et meilleur que les championnats de la plupart des pays africains dont celui de la Côte d’Ivoire.

En Côte d'Ivoire justement vous aviez la notoriété d'un gardien spectaculaire qui aime prendre des risques. D'où votre surnom “Risquita”. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Ah mon Dieu ! Ça c’était durant ma période de jeunesse. Maintenant je n’ai plus 18 ans pour marcher de la même manière. J’ai grandi ! Je ne suis plus le même Bernard Kouakou du Stade d Abidjan (Ligue 1 ivoirienne, ndlr). Depuis 2002 j’ai quitté le Stade d Abidjan. Là nous sommes en 2015. J’ai évolué à l’Africa Sport, à l’Asec Mimosas et en Egypte avant d’atterrir ici en Asie. Ça fait beaucoup de chemin parcouru. C’est donc normal que je ne sois plus le même Bernard Kouakou que vous avez connu au Stade.

Aujourd'hui vous vous épanouissez en Thaïlande et vous êtes même l'un des meilleurs gardiens de ce championnat. Comment faites-vous pour rester si performant ?

Je remercie le seigneur de m’avoir permis de m’imposer ici dans ce championnat et d’être adoré par tous les supporters. C’est juste le travail et tous les Ivoiriens savent aussi de quoi je suis capable sur le terrain. Chaque week-end les gens ici me voient et se demandent pourquoi je ne joue pas avec la sélection nationale de la Côte d’Ivoire en ce moment. Quand la presse ici me pose des questions par rapport à ma situation avec la sélection de mon pays, je préfère ne pas répondre.

A votre avis pourquoi n'êtes-vous pas appelé en sélection nationale alors que la Côte d'Ivoire n'est pas très bien fournie dans ce secteur de jeu ?

Je ne sais pas ce que me reprochent les responsables de l’équipe nationale. Depuis, au pays je donne le meilleur de moi-même afin qu’on me donne ma chance de m'exprimer en sélection A. Mais jamais je n’ai eu cette chance comme les autres. Je rends gloire à Dieu malgré tout parce qu’il ne m’a jamais oublié. Il a toujours permis que les gens à l’extérieur de la Côte d'Ivoire reconnaissent le talent qu’il m’a donné et me fassent confiance. C’est le plus important pour moi.

Nul n'est prophète chez soi

Pensez-vous qu'il y a une certaine injustice à votre égard ?

Trop d’injustice à mon égard je pense bien. Jai eu 47 sélections en équipe nationale de Côte d Ivoire toutes catégories confondues. Mais on ne m’a jamais donné l’occasion de disputer un match avec l’équipe A. J’ai été souvent remplaçant c’est tout. Après la CAN 2002 au Mali, on ne m’a plus appelé en sélection. Alors que je finissais à chaque fois meilleur gardien du championnat national de Côte d’Ivoire. Il est même arrivé que mon remplaçant en club soit sélectionné et non moi. Toutes ces choses m’ont donné le moral et la force de me battre pour arriver là où Dieu m’a amené. Je remercie le Seigneur pour tous ses bienfaits dans ma vie. Il y a des pays qui m’ont proposé leurs nationalités afin de bénéficier de mes services. Mais je ne pouvais pas accepter puisque j’avais déjà été sélectionné en équipe nationale de Côte d’Ivoire, notamment pour la CAN 2002. Comme le dit un proverbe, nul n’est prophète chez soi.

Au lendemain du sacre des Eléphants à la CAN 2015, l'équipe a été secouée par le scandale des primes et des langues se sont déliées pour révéler que les places en équipe A étaient marchandées. Avez-vous été victime de cette pratique ?

Je félicite mes amis qui ont mouillé le maillot pour remporter cette coupe pour la Côte d’Ivoire. Je suis vraiment fier de tous ces joueurs et même de ceux comme Didier Drogba et Didier Zokora pour le bonheur qu’ils ont apporté au football ivoirien ces dix dernières années. Que Dieu les bénissent tous. Pour les questions d'argent, je ne veux pas m’en mêler. En ce qui me concerne, c’est que les responsables de la sélection ne m’ont jamais donné ma chance. Alors que j’étais le meilleur de ma génération avec mon ami Copa Barry que je félicite beaucoup pour son moral et le bonheur qu’il a apporté aux Ivoiriens, malgré tout ce qu’il a subi dans cette sélection.

Vous ne partagez donc pas l'avis de ceux qui affirment que des personnes à la fédération favorisent la sélection de certains joueurs en échange de leurs primes ?

Je n’ai jamais été victime de cette pratique. Je ne peux donc pas parler à la place des autres. Toutefois me concernant, je suis très frustré. Je mérite la sélection et on ne me donne pas cette chance de m’exprimer pour que tous les Ivoiriens voient ce que je suis capable d’apporter aux Eléphants.

Aujourd'hui vous rêvez toujours de jouer en sélection ?

Oui bien sûr ! Buffon (gardien italien de 37 ans, ndlr) joue encore. Pour le poste de gardien de but c’est quand on prend de l’âge qu’on devient très fort.

Ne pensez-vous pas que c'est le fait d'évoluer dans un championnat moins médiatisé comme celui de Thaïlande qui vous dessert un tant soit peu ?

Non, je ne pense pas. Les Ivoiriens connaissent mes qualités et le championnat ici est plus relevé que celui des championnats en Afrique. Je suis régulièrement aligné et je suis au mieux de ma forme. La question de la médiatisation du championnat thaïlandais n’est donc pas une raison valable puisque les Ivoiriens me connaissent tous.

La Thaïlande devrait être un tremplin pour vous vers d'autres championnats plus prestigieux. Mais cela fait 7 ans que vous y êtes. Comment entrevoyez-vous votre avenir ?

J’aime l’Asie et je veux finir ma carrière ici. Je voudrais rassurer mes fans au pays et leur dire que je suis toujours le même Bernard Kouakou avec plus de maturité, d’expérience et en pleine forme. J’espère les retrouver un jour au “Félicia” (stade Félix Houphouët-Boigny, ndlr) à l’occasion d’un match avec les Eléphants.

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Pierre Kouamé