Sénégal : Jules Koundé – « envie d’apporter ma contribution à l’Afrique »

Ambassadeur du projet Siboo en faveur de l’éducation et de la formation des jeunes footballeurs, Jules Koundé était de passage au Sénégal le 24 décembre. Le défenseur international français du FC Barcelone s’est exprimé au micro d’Afrik-Foot.com et de la presse sénégalaise sur plusieurs sujets. D’un père d’origine béninoise, il a notamment évoqué son attachement pour l’Afrique. Verbatim.

De nôtre correspondant à Dakar,

Ses liens avec l’Afrique

« C’est un grand honneur de découvrir le Sénégal, un pays avec lequel j’ai toujours eu des liens. J’ai beaucoup de gens avec qui j’ai grandi qui sont d’origine sénégalaise. Le Sénégal est un pays que j’ai toujours voulu visiter, malheureusement c’est assez court parce que j’ai peu de temps. Mais je vais essayer d’en profiter au maximum. Ensuite, j’irai au Bénin. La formation des jeunes footballeurs africains est la raison de ma présence ici. Je suis également passé par là. C’est quelque chose de très important. Il y a plusieurs paramètres qui permettent d’atteindre le très haut niveau. Cela passe bien sûr par le travail, faire attention aux petits détails, les choses invisibles : le sommeil, la nutrition… Quand on m’a parlé de Siboo, j’ai tout de suite eu envie de faire partie de ce projet. (…) À travers Siboo ou d’autres projets, j’ai envie d’apporter ma contribution sur le continent. Mon père est d’origine béninoise. Ma famille y vit aussi. Forcément, j’ai un lien avec l’Afrique et en grandissant je n’ai pas eu la chance de l’explorer. Mais aujourd’hui je compte le faire de plus en plus. »

Sur le projet Siboo

« Je connais Oumy (Oumy Salomon, fondatrice de l’agence Siboo) depuis très longtemps. C’est la grande sœur d’un de mes meilleurs amis. Quand elle m’a parlé du projet, c’est quelque chose qui m’a paru important. Le football d’aujourd’hui a évolué et laisse peu de place au hasard. Il faut être formé. Cela commence par s’occuper des jeunes. Je suis aussi passé par là. J’ai eu la chance d’être bien formé et bien accompagné par des gens qualifiés, qui ont su me donner les bons conseils. Les petits détails font de grandes différences. L’école a joué un grand rôle dans ma carrière. Elle m’a permis de savoir m’entourer, de pouvoir prendre les bonnes décisions et d’être bien accompagné. Ce programme va dans le sens de l’accompagnement des jeunes footballeurs, des jeunes sportifs de demain. Ce programme peut faire la différence, c’est pour cela que j’ai accepté d’en être l’ambassadeur. »

L’importance d’avoir un plan de secours au football

« Évidemment, le football n’est pas une fin en soi mais il ne faut surtout pas se fixer des limites. Je suis passé par là et je sais ce que c’est d’être obsédé par le foot. Je le suis toujours mais j’ai aussi la chance d’avoir un entourage qui m’a fait comprendre que si c’est vraiment ce que je veux faire, il faut que je m’en donne les moyens à 100%. Mais ma mère m’a toujours dit que c’était aussi important d’avoir un plan B. Avoir un plan B ou juste quelque chose d’autre en tête ne veut pas dire mettre le plan A au second plan ou y aller moins fort en me disant que je pouvais faire autre chose en cas d’échec. Ce sont des choses difficiles lorsqu’on a 13, 14, 15 ans. Il y a même des gens, qui, à 25 ou 30 ans, ne savent pas réellement ce qu’ils ont envie de faire. Mais l’important est de se poser la question. Savoir qu’il y a d’autres portes qui peuvent nous être ouvertes. De toucher un peu à tout, d’être ouvert. L’école m’a appris à être curieux. Je ne me mets pas de limites sur ce que je peux ou pas faire. On nous renvoie souvent à cette case de : « tu es footballeur »,  dès qu’on essaye de s’exprimer ou qu’on touche à autre chose. On est avant tout des personnes et pouvoir faire autre chose même quand on est footballeur, c’est important, surtout quand on est jeune. »

Les possibilités offertes par le football

« Pouvoir rendre mon entourage fier et être capable d’améliorer les conditions de vie de ceux qui sont autour de moi. C’est une chose que le football nous permet de faire. D’essayer d’inspirer les gens, les plus jeunes et les moins jeunes. C’est aussi partager, redonner. C’est la raison de ma présence au Sénégal. Les actions que j’essaie de mener en Europe ou en France, c’est toujours d’inspirer, d’aider les gens, de donner des conseils aux plus jeunes, de partager. C’est important. C’est la chose dont je suis le plus fier. C’est aussi dans ce sens que j’ai envie d’aller. Je pense qu’au final le football s’arrête un jour ou l’autre. Derrière, il y a une vie à mener. C’est avant tout en tant que personne qu’on te retient. J’ai évidemment envie d’avoir une grande carrière, gagner beaucoup de titres mais j’ai aussi envie qu’on se souvienne de la personne que j’étais. »

Sur l’exigence du monde impitoyable du football professionnel

« On est très tôt face à la critique. Dès qu’on intègre, le centre de formation, on est programmé pour gagner et donc quand il y a des accrocs, il y a derrière des critiques qui viennent. C’est aussi en ce sens que le projet Siboo est important. C’est apprendre aux jeunes à faire face à la critique. C’est quelque chose qui n’est pas facile parce que cela affecte notre personne mais aussi ceux qui sont autour de nous. Notamment les familles. C’est en ce sens que c’est plus dur à vivre, quand on n’a pas les clés ou l’entourage pour nous aider. C’est quelque chose que j’ai appréhendé très tôt. Je ne dis pas que je suis complètement imperméable aux critiques mais j’arrive à en tirer le positif et me concentrer sur ce que j’ai à faire, moi, avant de donner de l’importance à ce que les gens peuvent dire. Quand on commence à donner un peu trop d’importance à ce que les gens peuvent dire autour, on se perd en oubliant qu’on fait cela avant tout pour soi. Je sais à quel point je suis investi dans le football, le temps que je consacre à mon sport. Il faut donner la clé aux plus jeunes pour les préparer à dealer avec ça. »

Les préjugés sur sa petite taille et le poste de défenseur central

« C’est une chose que j’ai longtemps subi. La taille peut être compensée par d’autres aspects du jeu, notamment le jump. J’ai toujours eu une bonne détente et je ne me suis jamais senti en difficulté par rapport à cela, que ce soit en jeune ou même en professionnel. C’est quelque chose qui m’a motivé. Se baser sur ce genre de critères qui ne dépendent de la volonté de qui que ce soit, je trouve cela réducteur. Ça en a fait une motivation supplémentaire de prouver que même si je ne faisais pas 1m90, je pouvais jouer défenseur central. C’est un combat quotidien que j’accepte de mener avec plaisir. C’est toujours cool de prouver aux gens que parfois ils se trompent. C’est une force, et je continue à travailler dur pour compenser cela, être à l’aise et montrer que ce n’est pas une question de taille. »

Sa passion pour la mode

« Je vois cela comme une manière de m’exprimer en tant que personne avant d’être footballeur. S’habiller a toujours été quelque chose que j’apprécie depuis petit. La seule chose qui change aujourd’hui c’est qu’aujourd’hui j’ai une plateforme beaucoup plus importante qu’avant. C’est plus mis en avant mais ça a toujours été quelque chose que j’aime faire. Bien évidemment, c’est sujet à des critiques parce que je vois certains commentaires (rires). Des gens qui pensent que je me concentre plus sur comment m’habiller que comment jouer. Ça me fait sourire quand je vois ça dans le sens où, ça n’a rien à voir. On peut faire les deux. S’habiller, tout le monde le fait. C’est une autre passion. Le football en est une, mais la mode en est une autre. Je pense que les deux sont tout à fait conciliables. C’est quelque chose que j’encourage. Ne pas se laisser happer par la critique. Ça fait partie du métier et de la vie en général. Il y aura toujours des gens qui, peu importe ce que l’on dit ou ce que l’on fait, trouveront toujours à redire. Mais le plus important c’est d’être à l’aise avec soi-même et s’exprimer comme on le sent.  »

Yoro Mangara

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Lantheaume Romain

Je suis tombé amoureux du foot africain avec Didier Drogba, puis j’ai découvert Afrik-Foot en 2013. Depuis, nous ne nous sommes plus lâchés !