Beaucoup en parlent, mais très peu ont osé le faire. Excédé par les cris racistes dont il était victime dimanche sur la pelouse de son ancien club, le Vitoria Guimaraes (2-1), l’attaquant du FC Porto, Moussa Marega, a décidé de quitter définitivement le terrain à la 71e minute, remplacé par Wilson Manafa. Il s’agit d’un geste très fort de la part de l’international malien et celui-ci fait, heureusement, beaucoup de bruit ces dernières heures.

Malheureusement, les joueurs, entraîneurs et officiels présents dimanche au stade D. Afonso Henriques ont manqué l’occasion de faire de ce match un exemple encore plus marquant. Tout a commencé avec l’arbitre qui, plutôt que d’interrompre la partie, a jugé plus opportun de sanctionner le natif des Ulis d’un carton jaune pour son comportement après ses premières prises de bec avec les «supporters» adverses. Ensuite, là où on aurait pu espérer que des joueurs soutiennent l’Aigle dans sa démarche, tous, blancs comme noirs, ont au contraire essayé de le dissuader de quitter le terrain.

Falaye Sacko entre le marteau et l’enclume

Sans leur jeter la pierre, on pense en particulier aux Africains Vincent Aboubakar et Chancel Mbemba du côté de Porto et à Falaye Sacko dans le camp adverse, qu’on voit tous en train de tenter de raisonner Marega sur les images. Coéquipier du Malien en sélection mais adversaire d’un soir, le latéral droit du Vitoria se trouvait certes dans une position inconfortable… Plus tard dans la soirée, les joueurs des deux équipes ont ensuite évidemment apporté leur soutien à Marega sur les réseaux sociaux et condamné les insultes racistes. C’est bien beau, mais on aurait surtout aimé voir une attitude radicalement différente de leur part sur le terrain à cette fameuse 71e minute…

Le sportif avant l’humain…

Même constat pour l’entraîneur de Porto, Sergio Conceiçao, qui a fait preuve d’une forme de courage en lançant «c’est une honte !» en direction des tribunes puis en apportant ensuite un soutien fort et entier à Marega sur les réseaux sociaux, mais c’était après avoir longuement empêché le Malien de regagner les vestiaires… Réputé pour son fort caractère, pourquoi l’ancien Nantais n’a-t-il pas tout simplement proposé à ses joueurs de quitter le terrain à ce moment-là ? Peut-être même que les joueurs du Vitoria auraient suivi cette démarche et regagné les vestiaires à leur tour, qui sait ?

Alors, bien sûr, on peut comprendre que tous ces acteurs, et Conceiçao en tête, aient paniqué à l’idée des sanctions sportives qui pourraient s’abattre sur leur club en cas de forfait, le championnat portugais est serré et Porto tenait un succès qui lui permet de revenir à un point du leader, Benfica. Mais le respect de la dignité humaine et la lutte contre le racisme ne valent-ils pas plus que 3 points ? Et, puis, les grands hommes qui ont marqué l’histoire n’ont-ils pas tous en commun d’avoir pris des risques pour faire bouger les lignes ? A cet égard, tous les acteurs du match de dimanche ont laissé passer une magnifique occasion. Tous sauf un, à qui la rédaction d’Afrik-Foot.com apporte évidemment tout son soutien…