Côte d’Ivoire : le miracle permanent

Mercredi la Côte d’Ivoire disputera une demi-finale inespérée de “sa” CAN 2023 contre la RD Congo. Rêvant d’une finale depuis 50 ans, les Congolais sont avertis contre des Éléphants à qui plus rien ne semble pouvoir arriver. Et ce, en raison de leur faculté à reproduire miracle sur miracle, même s’il s’agit pour cela de briser les rêves, les uns après les autres.

Quarante ans qu’elle n’avait pas accueilli l’Afrique. La CAN 2023, “la CAN de l’hospitalité”, justement, est une aubaine. Outre démontrer qu’elle a passé un cap depuis le premier tournoi tenu sur son sol en 1984, notamment du point de vue économique (infrastructures), la Côte d’Ivoire rêve d’inscrire son nom au palmarès des hôtes vainqueurs de la prestigieuse compétition.

Sauvés sur le gong par le Maroc

Si les organisateurs réalisent un quasi sans-faute, cela n’a pas toujours été le cas de l’équipe nationale. Écrasés par la pression, les Éléphants ont dominé la Guinée-Bissau en ouverture (2-0) avant la défaite contre le Nigeria (0-1) suivie du naufrage face à la Guinée équatoriale (4-0). Virtuellement éliminés après la claque des Emilio Nsue et compagnie, pris à partie par les supporters, lâchés par leur désormais ex-sélectionneur Jean-Louis Gasset, Seko Fofana et ses coéquipiers ont tremblé jusqu’à la dernière journée de la phase de groupes pour se qualifier miraculeusement en huitièmes de finale. En effet, il a fallu une addition de probabilités avec pour dénominateurs communs des scénarios incroyables, et une victoire du Maroc sur la Zambie (0-1) pour que la Séléfanto obtienne in extremis le dernier billet pour le tour à élimination directe. Le tout en étant le moins bon des quatre meilleurs troisièmes (3 points, -3).

Une élimination dès le premier tour aurait éminemment terni la CAN à domicile. D’autant plus que, selon Jeune Afrique, près de 900 milliards de Francs CFA (environ 1,3 milliard d’euros) ont été injectés pour ce qui est jusqu’alors considéré comme la plus belle CAN de l’histoire. Une qualification, même par un trou de souris, est donc bonne à prendre voire à célébrer. L’explosion de joie des spectateurs ivoiriens de Tanzanie-RDC (0-0) au Stade Amadou Gon Coulibaly de Korhogo, qui s’informaient scrupuleusement de l’évolution du score de Zambie-Maroc se jouant en simultané à San-Pédro, en est la parfaite illustration.

Le Lion est mort

Dès lors, il fallait affronter une montagne au tour suivant, le Sénégal, tenant du titre, immense favori à sa propre succession, et seule équipe de la phase de groupes à avoir glané 9 points sur 9. On n’en voudra pas, ou presque, à la Fédération ivoirienne de football (FIF) d’avoir paniqué et tenté l’impossible. À savoir faire revenir Hervé Renard, le meneur d’hommes, spécialiste de la CAN (deux titres à son palmarès), et grand artisan du deuxième et dernier titre en date des Oranges (2015), sous la forme d’un prêt le temps du tournoi, alors que celui-ci dirige actuellement l’équipe de France féminine. Suite au refus de la Fédération française de football (FFF), c’est avec le sélectionneur intérimaire Emerse Faé et son adjoint Guy Demel que les rachetés devront faire face à leur destin.

Faé apporte sa touche en introduisant Jean Michaël Seri dans son onze de départ. Le milieu de 1,68m de Championship (deuxième division anglaise), qui n’a joué aucune minute durant le premier tour, s’est avéré extrêmement bénéfique pour l’entrejeu. En effet, l’ancien de l’OGC Nice a apporté la garantie d’un équilibre ayant cruellement manqué sous Gasset. Menés dès la quatrième minute de jeu après le but d’Habib Diallo, les Ivoiriens ont tenu la dragée haute aux Lions pour égaliser à quatre minutes de la fin du temps réglementaire par Franck Kessié, entré en jeu un quart d’heure plus tôt (86e). Le joueur d’Al-Ahli arrachait les prolongations en transformant un penalty provoqué par un autre rentrant, Nicolas Pépé. Durant la séance des tirs aux buts, le pays du cacao réussit toutes ses tentatives et envoie au tapis le tenant du titre à la stupeur générale.

Le Mali KO debout

Une victoire au caractère que Faé et ses hommes, désormais sans peur et sans armure, vont rééditer en quarts devant le voisin malien qui restait invaincu dans le tournoi. Réduits à 10 avant la mi-temps suite à un deuxième carton jaune pour Odilon Kossounou (43e) après avoir vu Yahia Fofana détourner le penalty d'Adama Traoré et la VAR en annuler un autre, les Ivoiriens concèdent en plus l’ouverture du score du “local de l'étape” Dorgeles Néné, né à Abidjan, sur une frappe limpide épousant le petit filet de Yahia Fofana (71e). Au fond du gouffre, ils trouvaient pourtant les ressources de revenir dans une fin de match irrationnelle. Comme souvent, la solution vient du banc. Celle-ci se nommait Simon Adingra. Rétabli de sa blessure lui ayant fait manquer le début de la compétition, le jeune ailier de Brighton est à la l’origine et à la conclusion de l’égalisation signée… à la 90e minute dans un Stade Alassane Ouattara d’Ébimpé en folie. Le meilleur était à venir au bout du bout des arrêts de jeu. À la 122e minute, alors que l’arbitre égyptien portait son sifflet à la bouche pour signifier la fin du match devant départager les deux équipes aux tirs aux buts, Oumar Diakité, lui sorti du banc à la 73e, délivrait le chaudron de Bouaké en pleine fusion. Sonné, le sélectionneur malien Eric Chelle était à deux doigts d’en faire un malaise.

Les Léopards sont donc prévenus. Au vu du dénouement de ses matches dignes des plus belles adaptations Netflix, la Côte d’Ivoire se trace, l’air de rien, une trajectoire de formidable champion. Il faudra un Chancel Mbemba des grands soirs et un Yoane Wissa inspiré pour venir à bout des ressuscités ayant traversé trois fois la vallée de la mort.  

Côte d’Ivoire : le miracle permanent
Prudence Ahanogbe