Ghana : que devient Dominic Adiyiah, le presque héros de 2010 ?

La carrière d’un joueur ne tient parfois pas à grand-chose. Celle de Dominic Adiyiah aurait pu complètement basculer un soir de juillet 2010, mais le destin en a décidé autrement. Portrait d’un homme qui était à deux doigts (ou plutôt à une main) d’offrir à son pays une place historique en demi-finale de Coupe du monde.

Ce serait sans doute une lapalissade de dire que cette soirée du 2 juillet 2010 a marqué un tournant dans la carrière et la vie de Dominic Adiyiah. Dans l’antre du FNB Stadium à Johannesburg, il dispute avec la sélection ghanéenne les quarts de finale de la Coupe du monde face à l’Uruguay. Ballon d'or et meilleur scoreur (8 pions) du Mondial U20 remporté l’année précédente, l'ancien pensionnaire des Heart of Lions (Ghana) n’a alors joué jusqu’à présent qu’un rôle de figurant dans le tournoi. Une seule minute de jeu, lors du troisième match de poule face à l'Allemagne (0-1).

Pour le natif d’Accra, les choses sérieuses commencent donc lors de ce tragico-mémorable quart de finale face à l’Uruguay (1-1, 2 tab à 4). Rentré tardivement (88ème), il s’illustre avec une tête parfaitement exécutée au bout de la prolongation (120ème) qui aurait dû finir au fond des filets de Fernando Muslera et envoyer pour la première fois de l’histoire une équipe africaine en demi-finale d’un Mondial. De quoi devenir un héros national, le tout en n’ayant passé en cumulé dans le tournoi à peine plus d’une trentaine de minutes sur le pré. Et tout ça à 20 ans, avec six sélections dans les guêtres. Mais le scénario était sans doute trop hollywoodien pour Luis Suárez qui, sur sa ligne de but, empêche le ballon de rentrer au fond des filets d’une main parfaitement volontaire.

Asomah Gyan loupe le penalty qui suit et, en guise de point d’orgue d’une soirée pas comme les autres, Adiyiah rate également le sien lors de la séance de tirs aux buts, fatale aux Black Stars. L’aventure s’arrête là. Avec les honneurs certes, mais aussi des regrets. Beaucoup de regrets et encore plus pour l'attaquant au gabarit de poche (1m 72), qui a sans doute rejoué le scénario de ce match plus d’une fois dans sa tête.

Une carrière exotique, loin des sommets attendus

Passé le faste médiatique du mondial, Dominic Adiyiah doit vite oublier le kaléidoscope émotionnel qu’il vient de vivre lors de ce quart de finale pour se concentrer sur un autre défi de taille : se faire une place au Milan AC, qu'il a rejoint l'hiver précédent. Il n’en aura pas l’occasion. Ballotté en prêt à la Reggina en Série B, au Partizan Belgrade (Serbie) puis au Karşıyaka SK (Turquie), il ne s’imposera nulle part. Ses pérégrinations continueront en Ukraine, où il effectuera un passage correct sans plus du côté de l’Arsenal Kiev. À seulement 23 ans, l’ex-pépite est, sans le savoir, déjà au crépuscule de sa carrière. Plus appelé en sélection où il gardera son compteur bloqué à 20 capes (4 buts), il effectue ensuite un bref passage infructueux par le Kazakhstan avant de rejoindre la Thaïlande, où il enfilera tout de même quelques pions (26 en 130 matchs) dans ses trois clubs en six ans sur place.

Mais le bilan est sans appel : Dominic Adiyiah n’a pas confirmé les attentes placées en lui. Il n’est pas devenu le nouveau Asamoah Gyan. Sans contrat depuis sa dernière expérience du côté de Chiangmai United (D2 Thaïlande) en 2020-2021, il semble avoir tiré un trait sur le football. Aujourd’hui âgé de 33 ans, il n’a toutefois pas communiqué à ce sujet sur les réseaux sociaux, où il se montre discret – son compte Instagram ne comptant en effet qu’une poignée de publications (4). On remarquera tout de même sa photo de profil, qui n’est autre que l’aussi iconique que tragique arrêt de la main de Suárez. Tout un symbole…

Ghana : que devient Dominic Adiyiah, le presque héros de 2010 ?
Anthony Olivier

Explorateur et gratte-plume du football africain, j'aime brosser le portrait des nouvelles pépites du continent.