Le Maroc rugit de nouveau

Depuis quelques temps et la prise de pouvoir d’Eric Gerets à la tête des Lions de l’Atlas, le Maroc revient sur le devant de la scène. Pourquoi? Comment ? Décryptage de ce retour au premier plan.


The Atlas Lions are back“. C'est ce que l'on pouvait lire en vert et rouge le 9 octobre, dans les tribunes du stade de Marrakech alors que le Maroc validait, face à la Tanzanie (3-1), son billet pour la CAN 2012. Après un début d'éliminatoires au diesel (match nul contre le Centrafrique puis défaite face à l'Algérie), les Lions de l'Atlas ont trouvé leur rythme de croisière, jusqu'à décrocher la première place de leur groupe significative de qualification. Les supporters ne s'y trompent pas, l'équipe nationale fait de nouveau rêver et va mieux. La recette ? Un coach et des joueurs de qualités. Mais pas que.

Traversée du désert et remise en question

Car, avant de décrocher le précieux sésame pour se rendre en Guinée équatoriale et au Gabon (qu'il rencontrera en compagnie du Niger et de la Tunisie) en janvier, le Maroc a longtemps connu le néant. Depuis 2004 et sa finale perdue lors de la Coupe d'Afrique face à la Tunisie (2-1), le royaume chérifien n'a plus rien eu à se mettre sous la dent et frôle le ridicule ; aucune qualification en Coupe du monde depuis 1998 et une élimination au premier tour lors de la CAN 2008 au Ghana. Pourtant cette équipe de 2004 comprenait une belle bande de joueurs emmenés par des Chamakh, Hadji et Zaïri entre autres avec un Badou Zaki aux commandes de la sélection qui avait su mettre en place une équipe digne de ce nom. Mais l'éviction de Zaki a tout chamboulé et remis le pays dans une longue traversée du désert qui a vu la succession de six sélectionneurs (Philippe Troussier, Mhamad Fakhir, Henri Michel, Fathi Jamal, Roger Lemerre et Hassan Moumen) avant l'arrivée de Gerets. Une instabilité qu'il a vite fallu régler avec la nomination du Belge.

Cependant, ce retour n'est pas propre qu'au carré vert. Si le royaume chérifien est l'un des seuls pays arabes à ne pas avoir connu de révolution, la FRMF (Fédération Royale Marocaine de Football) a donné un grand coup de balai en interne. Cette dernière était dirigée, de la bouche même de supporters, par “d'incompétents, ne préférant que s’empiffrer plutôt que de trouver de réels solutions au football marocain“.

Une grande lessive qui a vu pas mal de changements. Au pays, le Botola, championnat professionnel, a été mis en place. La formation est de plus en plus privilégiée. Le sélectionneur ne fait lui pas de détail en ce qui concerne l'origine du club et donne sa chance à tous. Son objectif : avoir une équipe compétitive. C'est ainsi que des Mehdi Carcela (né en Belgique de mère espagnole et père marocain) et autres ont rejoint les Lions de l'Atlas. Abdoulaye Konko (Lazio) ou encore Da Costa (Lokomotiv) pourraient être appelés à leur tour. Mais la Fédération ne compte pas que sur ces binationaux pour grandir. La formation a aussi son mot à dire. La sélection des Olympiques est dirigée par Pim Verbeek. Pour rappel, le sélectionneur hollandais fut l'entraîneur adjoint de l'équipe nationale de la Corée du Sud sous Guus Hiddink pendant la Coupe du monde de 2002 puis sous Dick Advocaat en 2006. Autrement dit, il a le bagage pour permettre aux Espoirs de perdurer. D'ailleurs, cette sélection accueille quelques “Français” comme Yacine Qasmi (PSG). A noter que les Espoirs marocains disputeront un tournoi de qualifications pour les JO de Londres en 2012.

Economie et organisation

L'autre élément important et qui marque une renaissance du football marocain, c'est l'organisation d'événements. Après des échecs répétitifs afin d'accueillir la phase finale de la Coupe du monde (2006 et 2010), le pays a décidé de procéder autrement. Les stades prévus pour 2010 ont finalement été conservés… et cela s'est avéré payant. Après avoir décroché la CAN 2013 le Maroc s'est aussi adjugé le Championnat du monde des clubs en 2013 et 2014. Et dernièrement, la LG Cup, qui a réuni le Cameroun, le Soudan et l'Ouganda, a été organisée à Marrakech. Enfin, l'un des éléments les plus importants reste l'arrivée de nouveaux sponsors et de soutiens d'entreprises. Le marketing sportif et le sponsoring sont très importants pou faire perdurer une équipe. Sans soutien, sans confiance et surtout sans argent, il n'y a rien.. C'est ainsi que Maroc Telecom est devenu le partenaire officiel des équipes nationales. La FRMF recevra 120 millions de dirhams (soit environ 11 M€) sur quatre ans.

Tout est réuni pour que le Maroc renoue avec son passé et même mieux. Le sélectionneur, les joueurs, la fédération et l'économie sont là. Seulement, pour perdurer, il convient de continuer toutes ses avancées sur et en dehors du terrain. Prochaines étapes pour Gerets et les siens : la CAN 2012 en janvier et les qualifications pour le Mondial 2014.

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Said El Abadi