C’est l’une des pages les plus sombres de l’histoire du football africain. Il y a dix ans jour pour jour, le 8 janvier 2010, le bus transportant la sélection du Togo pour la CAN 2010 en Angola était attaqué par des indépendantistes dans l’enclave de Cabinda, juste après avoir traversé la frontière angolaise.

Le bilan est lourd pour les Eperviers, pris sous le feu des rebelles du FLEC (Front de libération de l’enclave de Cabinda) durant une demi-heure. On déplore 2 morts : Stan Ocloo, le chargé de communication de la sélection, et Amélété Abalo, le sélectionneur adjoint. Plusieurs blessés graves sont également recensés dont le gardien Kodjovi Obilalé, qui a conservé des séquelles à vie et n’a jamais pu reprendre la pratique du sport professionnel, lui qui a été contraint de subir 8 opérations chirurgicales importantes.

Marqués à vie

«On a tous vu la mort en face. Ça aurait pu être moi, comme ça aurait pu être les autres. Chaque année, le 8 janvier, on a tout ça dans un coin de la tête», confiait récemment à RFI l’ancien gardien Kossi Agassa. Suite au drame, Emmanuel Adebayor et ses coéquipiers rentrent au pays le 10 janvier, où un deuil national de trois jours avait été décrété.

Alors que les Eperviers souhaitaient tout de même prendre part à la CAN qui débutait le 19 janvier, les autorités politiques togolaises refusèrent, exigeant que les joueurs ne remettent plus les pieds en Angola par sécurité. Le groupe B se joua donc avec seulement trois équipes (Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Ghana) tandis que la Confédération africaine de football (CAF) exprimera sa colère en disqualifiant les Eperviers des CAN 2012 et 2013 avant de revenir sur sa décision, qualifiée par beaucoup d’inhumaine.

Un dossier toujours ouvert…

Depuis ce drame, les responsabilités n’ont jamais vraiment été établies, la CAF s’étant toujours défendue en affirmant qu’elle avait demandé aux sélections de venir en avion. Parmi les victimes, seul Kodjovi Obilalé a été indemnisé à hauteur de 72 000 euros par la FIFA. Les autorités togolaises sont quant à elles accusées de faire la sourde oreille. En marge d’une messe solennelle prononcée ce mercredi à l’église catholique Sainte Fatime d’Avédji à Lomé, les familles des victimes ont lancé un appel au secours.

«Du fond du cœur, nous lançons ici un SOS à toutes les bonnes volontés qui voudraient nous apporter une quelconque assistance afin de dépoussiérer ce dramatique dossier Cabinda. (…) Dans la fièvre de l’événement, le monde entier aura versé des larmes de crocodile et crié leur indignation. Puis après, plus rien», déplore un communiqué exhortant ce dossier à connaître «une certaine évolution sur le plan juridique et des réparations.» De son côté, la CAF a franchi un premier pas symbolique mardi en honorant Obilalé de son trophée spécial lors des CAF Awards. Une avancée qui, espérons-le, en appelle d’autres…

Un reportage de Téléfoot sur l’attaque de Cabinda

Kodjovi Obilalé honoré lors des CAF Awards 2019