Walid Regragui, Maroc

Le style de jeu défensif du Maroc version Walid Regragui, qui affronte la France ce mercredi en demi-finales, fait beaucoup parler depuis le coup d’envoi de la Coupe du monde 2022.

23 septembre 2022. Pour la première de son nouveau sélectionneur, Walid Regragui, le Maroc régale et dispose 2-0 du Chili en amical en pratiquant un jeu séduisant sous la houlette du grand revenant Hakim Ziyech. Après des mois de prestations sans saveur sous l’ère Vahid Halilhodzic, les supporters des Lions de l’Atlas savourent. Moins de trois mois plus tard, changement de décor radical : le Maroc s’apprête à affronter l’équipe de France ce mercredi en demi-finales de la Coupe du monde 2022 (20h) et c’est avant tout sa solidité défensive (seulement un but encaissé), qui lui a permis de réaliser ce parcours inédit pour une sélection africaine.

«On prendra des risques en Coupe du monde, on n’a pas le choix. Si on y va juste pour y aller ça ne sert à rien. On va y aller avec le style de jeu que l’on a montré pendant le rassemblement mais avec moins de risques que face au Chili, il faut plus d’équilibre», précisait ainsi Regragui en octobre sur les ondes de Radiomars, avant de lâcher des mots qui prennent désormais tous leur sens. «Contre le Chili, c’est eux qui avaient la possession. La vision d’un match peut être différente des stats. Ils avaient le ballon mais dans le vide. Contre la Croatie (premier match du Mondial, ndlr) peut-être qu'ils auront la possession mais il faudra la rendre stérile.»

Gagner, avec le minimum”

35% de possession contre les Vatreni (0-0), 33% face à la Belgique (2-0), 41% contre le Canada (2-1), 23% face à l’Espagne (0-0, 3-0 tab) puis 27% face au Portugal (1-0) : on peut dire que les Lions de l’Atlas ont parfaitement assimilé les principes de leur nouveau coach, même si ce style n’est pas du goût de tout le monde. «Sans leur manquer de respect, le Maroc n’a absolument rien proposé ! (…) Dans le jeu ils n’ont rien fait. Ils ont simplement attendu les contres», pestait ainsi l’Espagnol Rodri après l’élimination de la Roja en huitièmes de finale.

S’il est vrai que le Maroc laisse clairement la possession du ballon à l’adversaire pour mieux le contrer, il faut pourtant admettre qu’on ne s’ennuie pas durant ses matchs, au contraire ! Oui, les Lions de l’Atlas défendent à onze, mais leur solidarité et générosité défensive est belle à voir. Et puis, comme le résume si bien Raphaël Cosmidis, journaliste à L’Equipe, «le Maroc a peu le ballon, mais il sait bien l'utiliser». Entre les sorties de balle d’Ounahi et les transversales de Ziyech et Boufal, tous d’excellents manieurs de ballons, les contres du Maroc sont souvent très plaisants et cette équipe a clairement trouvé le style qui lui permet de tirer le plein potentiel des armes à sa disposition. Le mérite en revient évidemment à Regragui, en guerre contre le dogme du jeu de possession.

«Cette possession de balle, mais c'est extraordinaire comment ça vous fait rêver. 70% de possession et tu tires que deux fois», a ironisé le technicien mardi en conférence de presse en réponse à ses détracteurs, avant de faire référence à un modèle clair, net et précis. «On peut gagner, avec le minimum. Ce qu'on veut : concéder le moins d’expected goals possible. La France avait tout compris en 2018, elle a explosé tout le monde comme ça, il faut prendre exemple sur eux.» L’éloge du pragmatisme en quelque sorte puisque, 4 fois sur 5 au Qatar, le Maroc a été contraint d’affronter des sélections qui lui étaient supérieures sur le papier et Regragui était bien conscient que leur disputer la possession du ballon était voué à l’échec. Il a donc construit un plan qui marche à merveille à tel point que celui-ci n’est qu’à 180 minutes (ou un peu plus) de conduire le Maroc jusque sur le toit du monde !