Nice : ce fait méconnu sur Terem Moffi

Auteur d’un doublé dont un somptueux ciseau, jeudi face à Bâle en quart de finale aller de la Ligue Europa Conférence (2-2), Terem Moffi n’en finit plus de surprendre. Si le buteur de l’OGC Nice se retrouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs, cela n’a pas toujours été le cas. Retour sur son début de carrière atypique.

Si de l’ombre à la lumière il n’y a qu’un pas, Terem Moffi vous répondrait probablement qu’il y a surtout une bagatelle de buts. Et il aurait sans doute raison. Après avoir fait le bonheur de Lorient, l’attaquant international nigérian fait aujourd’hui chavirer les fans de l’OGC Nice. Sa trajectoire n’a pourtant rien de banale. À 17 ans, le natif de Calabar (Nigéria) décide de mettre les voiles sur l’Angleterre. Mais ce ne sera pas pour rejoindre Arsenal, Liverpool ou une autre cylindrée de Premier League. Ni même une formation des divisions inférieures. Non, le jeune Terem s’engage à la Buckswood Football Academy, une modeste académie pour jeunes footballeurs au sud-est du pays. En parallèle, il décroche un diplôme en business management.

Un premier contrat pro… en Lituanie !

Les portes du professionnalisme ne s'ouvriront pas chez les british. Seule offre sur la table ? La Lituanie. Pas la destination footballistique par excellence. Dans ce petit pays d’à peine 3 millions d’habitants, c’est davantage la balle orange qui a les faveurs du peuple. Le football n’attire guère les foules. Les stades sont quasiment vides, la médiatisation presque inexistante et les salaires sont, par conséquent, plafonnés vers le bas. Même si l'ancien international brésilien Paulinho (ex-Barça) y a débuté il y a de cela une quinzaine d'années, la Lituanie n'est a priori pas la terre la plus fertile pour lancer une carrière. Du moins, pas le tremplin idéal pour aller naviguer vers les hautes sphères du football européen. Mais qu’importe. De toute façon, il n’a pas trop le choix. “Quand mon agent m’a dit que j’avais une opportunité dans un pays nommé Lituanie, j’ai dû googliser pour savoir où c’était et quel genre de nation c’était. Mais je n’ai même pas hésité une seconde à aller là-bas, c’était une chance énorme pour devenir professionnel.” confiait Moffi à So Foot en octobre dernier.

Avec son club du FK Kauno Žalgiris, les débuts sont hésitants (8 matchs, 1 but lors de la première saison). Puis un problème de visa l’écarte des terrains pendant un an et demi. Terem rentre alors au pays. Ses espoirs de football européen envolés ? Que nenni. Le bougre n’en a pas fini avec la Lituanie. Passé au FK Riteriai (ex FK Trakai), il inscrit 20 pralines en 32 matchs pour sa deuxième saison dans la plus grande des trois républiques baltes. Sa carrière est lancée.

Moffi le globe-trotter

Mais le téméraire Moffi n’est pas au bout de ses pérégrinations. Après l’Angleterre et la Lituanie, direction la Belgique ! Dans le pays de la frite, le Nigérian aussi puissant que rapide effectue un passage court mais remarqué (11 matchs, 5 buts) avec son club du KV Courtrai. Lorient, séduit par son profil polyvalent, le recrute à la fin de l’été 2020 pour huit millions d’euros. Avec 14 buts inscrits en 32 parties pour sa première saison dans l’élite, le bilan est plus que positif pour un gamin de 21 ans qui n’avait finalement aucune référence dans un grand championnat européen. Si la saison suivante est moins prolifique (37 matchs, 8 buts), l’actuelle cuvée 2022-2023 est d’un tout autre standing. Inarrêtable avec les Merlus (12 pions en 18 matchs), il est prêté à mi-saison à l’OGC Nice avec une obligation d'achat pour un total de 30 millions d'euros.

Chez les Aiglons, le buteur répond pour l'instant aux attentes (4 buts en 8 matchs) et reste en lice pour le titre de meilleur buteur du championnat. Le Nigérian ne pointe en effet qu’à trois longueurs de la star Kylian Mbappé. Non sélectionné lors de la CAN 2021 alors qu’il traversait une période de disette offensive, il n’a pas non plus eu la joie de disputer la dernière Coupe du monde, les Super Eagles ne s’étant pas qualifiés suite à leur échec en barrage face au Ghana (0-0, 1-1). Malgré des débuts encourageants (10 sélections, 3 buts), tout reste donc à écrire en sélection, où la concurrence est aussi rude que le potentiel certain : Osimhen, Iheanacho, Onuachu, Dennis, Awoniyi, Dessers, Boniface…

De son académie anglaise aux terrains lituaniens en passant par la Belgique et la France, le Nigérian Terem Moffi navigue par monts et par vaux avec une seule constante : le travail et la persévérance. Et à seulement 23 ans, il n’en finit plus de monter en puissance. Pour le plus grand cauchemar des défenses adverses…

Nice : ce fait méconnu sur Terem Moffi
Anthony Olivier

Explorateur et gratte-plume du football africain, j'aime brosser le portrait des nouvelles pépites du continent.