Algérie : Beaumelle – « Belaïli est un génie, comme Ziyech et Yaya Touré »

Dans cette seconde partie de l'entretien qu'il a accordé en exclusivité à Afrik-Foot.com, l'entraîneur du MC Alger, Patrice Beaumelle, s'est penché plus spécifiquement sur l'ailier Youcef Belaïli, dont il est le coach depuis l'été dernier. En grande forme, l'international algérien sera l'une des attractions du derby opposant l'USM Alger au Mouloudia ce vendredi, mais aussi probablement l'un des appelés de Djamel Belmadi pour la CAN 2023.

Par Nacym Djender,

Vous avez croisé de très grands joueurs durant vos pérégrinations en Afrique. Dans quelle catégorie de footballeurs, classeriez-vous Youcef Belaïli ?

Dans les top-joueurs, les génies même ! J'ai eu la chance d'entraîner des joueurs de génie, que ce soit en Zambie, en Côte d'Ivoire, ou au Maroc, et Youcef, je le classe parmi les joueurs de génie qui aiment le football, qui sont passionnés de football, et qui connaissent le football parce que, quand je parle tactique avec Belaïli, il sait de quoi je parle, il est très réceptif et comprend vite. C'est un compétiteur qui aime faire plaisir aux supporters et c'est aussi un joueur qui fait la différence. Il voit les choses différemment par rapport à d'autres.

Vous le comparez à quel joueur au sein de la sélection du Maroc par exemple ? A quel profil ?

Ce sont des postes un peu différents, mais je dirais Hakim Ziyech, mais qui est plus passeur. Ce sont des joueurs de génie, et avant Hakim Ziyech, il y avait des joueurs comme Younès Belhanda ou Yaya Touré en Côte d’Ivoire, qui était aussi un joueur de génie mais dans un autre registre. Ce sont des joueurs qui voient le jeu bien avant les autres.

“Belaïli n'a jamais été aussi assidu que depuis qu'il est avec moi”

Donc vous classez Belaïli au niveau de Ziyech, Belhanda et Yaya Touré ?

Ah oui ! Sincèrement, c'est un joueur de génie ! Je le dis très sincèrement ! Je pense qu'il a fait une carrière exceptionnelle, il a quand même gagné deux Champions League avec l'Espérance Tunis, il a gagné une CAN avec son pays, il a joué des finales dans le passé. Après, son passage en Europe aurait peut-être mérité un autre dénouement…

Avec un peu plus de discipline ?

Oui, mais c'est un joueur à part parce que, quand vous parlez de discipline, il faut bien expliquer. Le joueur, certes, doit savoir s'adapter aux conditions des clubs et des coachs mais je dirais que parfois les coachs doivent aussi savoir s'adapter à des joueurs comme ça. On en parlait justement récemment, Belaïli n'a jamais été aussi assidu de sa carrière aux entraînements que depuis qu'il est avec moi. Il est là, on s'appelle au quotidien, il assiste à tous les entraînements, sauf dernièrement, comme je vous l’ai dit, parce qu'il était grippé et alité, il voyait le médecin au quotidien.

Mais vraiment, Youcef est un joueur de génie, de grand talent que tout le monde reconnaît. On sait très bien comment il est. Pourquoi vouloir changer un homme qui fonctionne comme ça ? Parfois, c’est au coach de savoir faire un pas vers lui pour l'aider à s'adapter et chacun, main dans la main, doit faire des efforts pour qu’au final on ait les meilleurs résultats possibles, et inchallah on aura les meilleurs résultats avec le Mouloudia parce que, jusqu’à présent, il nous apporte beaucoup de bonheur et de satisfaction.

« Bellaïli a plus de vécu qu'Amoura, il a l’avantage de l’expérience »

Avec la forme éblouissante d'Amoura, est-ce que Youcef Belaïli peut espérer regagner une place titulaire au sein des Verts ?

C’est le sélectionneur Djamel Belmadi qui donnera son avis puisqu'il va les avoir au quotidien. De ce que je peux vous dire moi, pour l'avoir au quotidien, c'est que c'est un joueur qui connaît l'Afrique, qui a joué de multiples années en Afrique des compétitions comme des Champions League, des CAN, donc il connaît l’exigence du très haut niveau.

Il part avec cet avantage par rapport à Amoura, selon vous ?

Ça c'est une évidence parce que, jouer parfois avec 95% d’humidité, avec des températures chaudes, avec beaucoup de pression, ce n’est jamais évident. Donc il a un avantage conséquent, c’est un joueur qui a besoin de cette pression, qui se nourrit de cette pression. Donc ça c’est un avantage, et croyez-moi que, pour en avoir discuté avec lui, aller à la CAN c’est pour jouer, pour aider son pays, il a dit dernièrement qu’il souhaitait ramener la troisième étoile, donc il va tout faire pour être à son top niveau pour faire plaisir au peuple.

En tant que technicien, comment vous définissez la manière de jouer de la sélection d’Algérie ainsi que la manière de faire de Djamel Belmadi ?

Je suis extérieur… Je trouve que c’est un passionné, c’est quelqu’un qui veut mettre ses joueurs dans les meilleures conditions, qui aime ses joueurs. Il est très sensible à l'équilibre de son effectif, à la philosophie de travail, il y a de la rigueur. Il est autant père paternel que quelqu’un de rigoureux qui amène un cadre et ce n’est pas pour rien qu’ils ont gagné en 2019, parce qu’il avait établi un cadre à Sidi Moussa et au Qatar, où les joueurs vivaient bien entre eux, ils restaient longuement à discuter, à prendre du plaisir.

Dans les matchs difficiles, c’est l’état d’esprit de cette équipe qui avait fait la différence en 2019. Pour avoir gagné deux coupes d’Afrique, je peux vous dire que, quand je gagne avec la Zambie et la Côte d’Ivoire, le talent était certes là, mais c’est surtout l’état d’esprit des joueurs qui a fait la différence. Et j’ai l’impression qu’en 2019, lorsque les Fennecs gagnent, ils avaient une équipe avec un état d’esprit très similaire à celui affiché par la Côte d'Ivoire de 2015 et la Zambie de 2012.

Nacym Djender

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Lantheaume Romain

Je suis tombé amoureux du foot africain avec Didier Drogba, puis j’ai découvert Afrik-Foot en 2013. Depuis, nous ne nous sommes plus lâchés !